Démocratie écologique, tout le pouvoir aux mandarins ?

Après les Grands Textes fondateurs de l’écologie présentés par Ariane Debourdeau, vient d’être éditée une anthologie sur « La pensée écologique » coordonnée par Dominique Bourg et Augustin Fragnière. Cet énorme récapitulatif sur la naissance de la conscience écologique est une recension de tout ce qui a pu s’exprimer sur les enjeux économiques, techniques, religieux, juridiques ou politiques. Nous ne ferons qu’un aperçu de ce dernier aspect, la recherche d’une « Démocratie écologique ». La démocratie, même dans les pays dits démocratiques, démontre chaque jour ses insuffisances en matière de gestion de l’urgence environnementale. Voici un résumé d’un des textes de cette anthologie qui pose débat :

                « Nous devons nous préoccuper de la pollution et d’autres limites à la tolérance des systèmes naturels, de contraintes physiques telles que les lois de la thermodynamique, des problèmes de planification et d’une foule d’autres facteurs auxquels Malthus n’avait jamais songé. C’est la raison pour laquelle une société écologiquement complexe à l’état stationnaire pourrait requérir une classe de mandarins écologiques qui possèdent le savoir ésotérique nécessaire à son bon fonctionnement. Comme la communauté et ses droits font l’objet d’une priorité sociale croissante, nous passerons nécessairement de la liberté à l’autorité, car la communauté devra recevoir suffisamment de moyens pour imposer ses exigences aux individus. Il ne serait pas nécessaire de supprimer le droit de posséder et de jouir d’une propriété personnelle ; seul le droit d’utiliser la propriété privée d’une façon écologiquement destructrice devrait être contrôlé. Donc l’autorité n’a pas besoin d’être éloignée, arbitraire et capricieuse, l’autorité pourrait être constitutionnelle et limitée.

                Nous devons apprendre la retenue écologique volontaire avant d’y être contraints par un régime potentiellement monolithique et totalitaire ou par les forces brutales de la nature. Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins. Cela semble mener à une politique jeffersionnienne décentralisée de communautés enracinées dans la terre, relativement petites et localement autonomes, se gouvernant elles-mêmes et affilées au niveau fédéral seulement pour quelques objectifs clairement définis. Une telle politique a aussi ses dangers spécifiques, en particulier la tyrannie locale. Mais les tyrans locaux sont très visibles et peu nombreux, de telle sorte que l’on saurait au moins contre qui se révolter. »*

Pour nous il est d’abord nécessaire que la démocratie devienne écologique en élargissant le point de vue des citoyens et des décideurs dans l’espace et dans le temps. C’est la problématique des acteurs absents

William Ophuls, Ecology and the Politics of Scarcity (1977)

In La pensée écologique, une anthologie (Dominique Bourg et Augustin Fragnière)

Puf 2014, 880 pages, 30 euros

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