Démondialisation féroce

Le libre-échange n’était qu’un leurre. Les économistes libéraux ont voulu nous faire croire au doux commerce, à l’avantage comparatif, à la prospérité pour tous. Le bilan de la mondialisation, c’est un désastre : délocalisation en série, destruction d’emplois et d’outils de travail, pression à la baisse sur les revenus du travail. Cette course au moins-disant pour plus de compétitivité internationale, c’est un suicide collectif. Si l’on voulait résumer, la mondialisation a fabriqué des chômeurs au Nord et augmenté le nombre de quasi-esclaves au Sud. Pour Arnaud Montebourg*, la mondialisation s’est en fait résumée à une mise en concurrence mondiale, sans limites, sans scrupule, sans filet…

Alors que Montebourg prône la démondialisation, la Chine pratique déjà le protectionnisme**. Elle a décidé de réduire de plus de 10 % les quotas de ses exportations de terres rares pour l’année prochaine. Or la Chine en produit environ 97 %, soit 17 métaux aux propriétés électromagnétiques très recherchées dans les technologies de pointe utilisées dans le monde entier. Les guerres commerciales ne font que commencer à s’envenimer, sur les matières premières, sur les produits agricoles, sur l’énergie. Dès que le monde reconnaîtra la réalité du fait que nous avons franchi le pic de la production pétrolière, la mondialisation sera morte à la fois en théorie et en pratique. Les pays exportateurs de l’or noir mettront sur le marché des quantités décroissantes bien avant que le débit maximal possible de la production mondiale soit atteint. Ces pays se réserveront en effet une part de plus en plus grande de leur production pour leur propre développement, et ménageront leurs réserves en prévision de l’avenir ! Les Etats-Unis ont déjà prouvé qu’ils étaient prêts à envahir les nations souveraines du Moyen-Orient ; ils appliqueront la doctrine Carter, selon laquelle le ravitaillement en pétrole est un intérêt vital qu’il faut défendre par la force militaire si nécessaire. Un affrontement militaire à propos du pétrole pourrait alors mettre la planète à feu et à sang depuis le Moyen Orient jusqu’à l’Asie, en détruisant l’infrastructure pétrolière de nombreux pays. Un tel conflit pourrait être la Dernière Guerre mondiale***.

Rien n’est plus fondamental dans l’histoire que les guerres pour les ressources. Avec la raréfaction des ressources, le futur proche connaîtra une période de contraction généralisée et chronique du commerce international. La fête est finie. Mais comme c’est bizarre, personne n’envisage que l’avenir puisse être très désagréable. Bonne année 2011…

* Des idées et des rêve, chapitre 13 sur la démondialisation (édition Flammarion, 2010)

** LeMonde.fr du 28 janvier, La Chine réduit ses exportations de terres rares pour début 2011

*** La fin du pétrole (le vrai défi du XXIe siècle) de James Howard Kunstler

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3 réflexions sur “Démondialisation féroce”

  1. Le terme démondialisation est à la mode. Jacques Sapir s’apprête à publier un livre en avril 2011 intitulé « La démondialisation ». LeMonde du 5 janvier 2011 titre « pour une dé-mondialisation » à propos du livre de Georges Corm, « Le nouveau gouvernement du monde ».

    Georges Corm prône une démondialisation progressive qui permettrait de défaire les mécanismes les plus nocifs : des sociétés déstructurées, des familles éclatée par des mouvements migratoires, des crispations identitaires mortifères, des Etats dépossédés de leurs compétences… Georges Corm condamne les défenseurs acharnés de la globalisation qui ne font que déclamer des stéréotypes éculés…

  2. Hervé Kempf* constate : « Avec le pic pétrolier, notre société fondée sur l’abondance énergétique va rapidement découvrir la restriction ». Il fait l’éloge du Manuel de transition, écrit par Rob Hopkins. De son côté le pôle écologique du PS organise un colloque sur la question. Pour s’inscrire :

    http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=article&id=1247:20101224-pic-petrolier-et-politique&catid=41:action&Itemid=93

    * Transition optimiste (LeMonde du 29 décembre 2010)

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