des économistes inconséquents

La pensée économique dominante avait complètement oublié l’analyse des interactions entre le capital naturel et la création de richesses par l’homme ; on ne considérait que les deux facteurs de production, capital physique et travail. Kirk Hamilton propose de prendre en compte trois dimensions : le capital naturel, calculé comme la valeur actualisée des rentes issues de l’exploitation des ressources naturelles, évaluée aux prix internationaux et aux coûts locaux ; le capital produit, qui inclut les machines, les infrastructures, le patrimoine urbain ; enfin, le capital dit « intangible », qui comprend le capital humain à travers l’éducation, mais aussi la qualité des institutions et de la gouvernance. Il ne s’agit là que d’une méthode anthropocentrique qui veut ignorer l’importance fondamentale de la nature, extérieure à l’homme mais exploitée par l’homme.

            A de rares exceptions près comme l’agriculture (« Le capital humain d’un agriculteur, son savoir-faire pour cultiver la terre, ne peut s’exprimer qu’avec de la terre à sa disposition »), Hamilton considère que les facteurs ne sont pas complémentaires, mais substituables : « Les recettes de l’exploitation d’une ressource épuisable peuvent être utilisées pour accumuler d’autres formes de capital, par exemple à travers l’investissement physique ou le soutien à l’éducation. On peut transformer des ressources non durables en développement durable. La « malédiction des ressources naturelles » provient en partie de l’incapacité à opérer cette substitution et à la tentation permanente de consommer le revenu au lieu de l’investir. » Cette hypothèse de substitution entre facteurs (capital humain, capital manufacturier et capital naturel), dite « soutenabilité faible » est une approche défendue traditionnellement par la Banque mondiale, donc par le rapport d’Hamilton. Elle repose sur une confiance aveugle dans un progrès technique qui pourrait toujours compenser la déperdition irréversible des ressources naturelles non renouvelables. C’est donc une croyance religieuse parmi d’autres.

            Yves Cochet à une analyse complètement différente : « Il faut environ 100 millions d’années pour « produire » du pétrole ; si la nature était une marchande capitaliste, à combien nous offrirait-elle le litre de super ? Contrairement à l’économie « écologique » (ndlr : rectification, économie « environnementaliste »), l’économie biophysique ne cherche pas à quantifier en euros le coût des services fournis par les écosystèmes, elle ne  cherche pas à faire entrer la nature à l’intérieur du cadre de l’économie néoclassique, elle s’efforce de créer un nouveau paradigme. Le travail de la nature possède en effet une valeur si incommensurable avec tout ce que l’on peut chiffrer en euros qu’il paraît absurde de tenter même de le faire. Les économistes officiels répètent à satiété que le coût de l’énergie dans le PIB est d’environ 5 %, et que de cette façon nous n’avons pas à nous inquiéter. A quoi nous rétorquons que si l’on soustrayait ces 5 % de l’économie, les 95 % restants n’existeraient plus. »

 

 

Source documentaire : LeMonde du 15 décembre, Kirk Hamilton calcule « l’autre » richesse des nations

Yves Cochet, Antimanuel d’écologie (Bréal, 2009)

rapport de Kirk Hamilton publié par la Banque mondiale en 2006 (« Where Is the Wealth of Nations »).

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8 réflexions sur “des économistes inconséquents”

  1. Petite erreur de la part d’Yves Cochet il me semble : c’est l’économie de l’environnement (et non ‘écologique’) qui tente de faire entrer la nature dans le cadre de l’économie néoclassique. Les tenants de l »économie écologique’ prônent une soutenabilité forte et sont très critiques envers toute tentative de mettre un prix sur les ‘actifs’ naturels.

  2. Petite erreur de la part d’Yves Cochet il me semble : c’est l’économie de l’environnement (et non ‘écologique’) qui tente de faire entrer la nature dans le cadre de l’économie néoclassique. Les tenants de l »économie écologique’ prônent une soutenabilité forte et sont très critiques envers toute tentative de mettre un prix sur les ‘actifs’ naturels.

  3. Merci pour votre apport, Yves.

    Mais l’hydrogénation du carbone, si elle a pour base le carbone, n’est pas forcément dépendante du charbon pour s’en fournir. Il existe d’autre sources de carbone, par exemple…. (roulement de tambour !) le CO2 !

    En effet, sous certaines conditions FT, on peut obtenir la réaction suivante :
    CO2 + 4H2 = CH4 + 2H2O
    Il faut bien sur produire le dihydrogène avant, par catalyse par exemple.

    Le procédé Fischer-Tropsch peut donc être considéré comme une technologie « puit de carbone », non ?

    Cependant, il n’a d’intérêt économique (en termes physique) que s’il est alimenté par l’énergie nucléaire, ou éventuellement hydro-électrique.

    Je ne crois donc pas rêver, Yves.

    Salutations,
    Jean-Gabriel Mahéo

  4. Merci pour votre apport, Yves.

    Mais l’hydrogénation du carbone, si elle a pour base le carbone, n’est pas forcément dépendante du charbon pour s’en fournir. Il existe d’autre sources de carbone, par exemple…. (roulement de tambour !) le CO2 !

    En effet, sous certaines conditions FT, on peut obtenir la réaction suivante :
    CO2 + 4H2 = CH4 + 2H2O
    Il faut bien sur produire le dihydrogène avant, par catalyse par exemple.

    Le procédé Fischer-Tropsch peut donc être considéré comme une technologie « puit de carbone », non ?

    Cependant, il n’a d’intérêt économique (en termes physique) que s’il est alimenté par l’énergie nucléaire, ou éventuellement hydro-électrique.

    Je ne crois donc pas rêver, Yves.

    Salutations,
    Jean-Gabriel Mahéo

  5. Les avions, qu’ils soient civils ou militaires, brûlent tous du kérosène : standard pour les premiers et fortement dopé pour les seconds en raison des conditions particulières qu’imposent les missions de défense. L’armée américaine utilise donc le JT-8, mais le renchérissement des produits pétroliers impose d’envisager des alternatives. C’est pourquoi, sur deux des huit réacteurs d’un B-52, l’US Air Force avait testé l’alimentation avec un mélange 50/50 de kérosène JT-8 et de F-T (Fisher-Tropsch).

    L’essai fut très concluant pour un vieux procédé développé dans les années 1920 par deux chercheurs allemands, F.Fischer et H.Tropsch. Cette technique a déjà été massivement utilisé par l’armée allemande : en 1944, 90 millions de tonnes de carburant de synthèse avaient remplacés les produits pétroliers. Mais le procédé F-T ne crée pas de l’énergie à partir de rien, il s’agit d’une simple transformation du charbon en pétrole, donc toujours d’une utilisation des ressources fossiles qui émet des gaz à effet de serre.

    La technologie ne peut donc pas trouver un substitut à l’origine matérielle de nos sources d’énergie ; remplacer le pétrole par le charbon n’est pas un processus de substitution, mais de complémentarité. Arrêtons de rêver…

  6. Les avions, qu’ils soient civils ou militaires, brûlent tous du kérosène : standard pour les premiers et fortement dopé pour les seconds en raison des conditions particulières qu’imposent les missions de défense. L’armée américaine utilise donc le JT-8, mais le renchérissement des produits pétroliers impose d’envisager des alternatives. C’est pourquoi, sur deux des huit réacteurs d’un B-52, l’US Air Force avait testé l’alimentation avec un mélange 50/50 de kérosène JT-8 et de F-T (Fisher-Tropsch).

    L’essai fut très concluant pour un vieux procédé développé dans les années 1920 par deux chercheurs allemands, F.Fischer et H.Tropsch. Cette technique a déjà été massivement utilisé par l’armée allemande : en 1944, 90 millions de tonnes de carburant de synthèse avaient remplacés les produits pétroliers. Mais le procédé F-T ne crée pas de l’énergie à partir de rien, il s’agit d’une simple transformation du charbon en pétrole, donc toujours d’une utilisation des ressources fossiles qui émet des gaz à effet de serre.

    La technologie ne peut donc pas trouver un substitut à l’origine matérielle de nos sources d’énergie ; remplacer le pétrole par le charbon n’est pas un processus de substitution, mais de complémentarité. Arrêtons de rêver…

  7. Monsieur,

    veuillez signaler à Yves Cochet, avant qu’il ne se rende plus ridicule qu’il ne l’est déjà, que le pétrole que nous consommons a deux origines, l’une principale et l’autre marginale, dont la seconde est appelée à remplacer bientôt la première :
    – l’origine naturelle, avec l’extraction par forage, dont peu de nations disposent.
    – l’origine technologique, avec le procédé d’hydrogénation du carbone – permettant de fabriquer des hydrocarbures – appelé généralement procédé « Fischer-Tropsch », qui peut être appliqué par toutes les nations disposant d’électricité hydro-électrique ou nucléaire (car brûler du pétrole pour produire du pétrole est une perte sèche).
    Ainsi, nous (les hommes) sommes capables de produire en quelques heures, quelques jours, ce que la nature a mis cent millions d’années à fabriquer, tout cela pour un prix très raisonnable.

    La « soutenabilité faible », comme vous dites « […] repose sur une confiance aveugle dans un progrès technique qui pourrait toujours compenser la déperdition irréversible des ressources naturelles non renouvelables. » Je vous prie de bien vouloir m’excuser, mais dans ce cas, elle a parfaitement raison.

    Si cette réflexion d’Yves Cochet est un des fondements de la réflexion sur le calcul du capital naturel, l’argument tombe à l’eau.

    Salutations,
    Jean-Gabriel Mahéo

  8. Monsieur,

    veuillez signaler à Yves Cochet, avant qu’il ne se rende plus ridicule qu’il ne l’est déjà, que le pétrole que nous consommons a deux origines, l’une principale et l’autre marginale, dont la seconde est appelée à remplacer bientôt la première :
    – l’origine naturelle, avec l’extraction par forage, dont peu de nations disposent.
    – l’origine technologique, avec le procédé d’hydrogénation du carbone – permettant de fabriquer des hydrocarbures – appelé généralement procédé « Fischer-Tropsch », qui peut être appliqué par toutes les nations disposant d’électricité hydro-électrique ou nucléaire (car brûler du pétrole pour produire du pétrole est une perte sèche).
    Ainsi, nous (les hommes) sommes capables de produire en quelques heures, quelques jours, ce que la nature a mis cent millions d’années à fabriquer, tout cela pour un prix très raisonnable.

    La « soutenabilité faible », comme vous dites « […] repose sur une confiance aveugle dans un progrès technique qui pourrait toujours compenser la déperdition irréversible des ressources naturelles non renouvelables. » Je vous prie de bien vouloir m’excuser, mais dans ce cas, elle a parfaitement raison.

    Si cette réflexion d’Yves Cochet est un des fondements de la réflexion sur le calcul du capital naturel, l’argument tombe à l’eau.

    Salutations,
    Jean-Gabriel Mahéo

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