Des européennes sans Dany Cohn-Bendit, EELV à la peine

Comme l’anticipaient les sondages pour les élections européennes, les écologistes ne sont pas parvenus à rééditer leur performance de 2009, où ils avaient obtenu 16,28 % des voix ; Europe Ecologie-Les Verts arrive à peine à 9 %. Quelle analyse ? Examinons le cas emblématique de Daniel Cohn-Bendit. D’écologie, on ne l’entendait pas beaucoup parler. Mais les gens aiment les grandes gueules : la figure de Marine remplace maintenant celle de Dany.

 Depuis mai-68, l’ancien leader gauchiste est toujours à la mode. Né le 4 avril 1945, Dany le Rouge s’éloigne en douceur de ses idéaux révolutionnaires et se sensibilise à la cause environnementale. A la fin des années 70, il se rapproche des Grünen allemands et de Joschka Fischer. En 1989, il est élu sous l’étiquette écolo au conseil municipal de Francfort, puis c’est l’aventure européenne à partir de 1994. Les Verts viennent le chercher en 2009 pour conduire la liste Europe Ecologie en Ile de France. Avec Eva Joly en numéro 2, il fait un carton en parlant quasi exclusivement d’Europe. Son but affiché : transformer l’essai des européennes, et inscrire Europe Ecologie comme la 3ème force politique française. Ce n’était donc que feu de paille. Après la découverte de son nodule cancéreux à la thyroïde, il ne se sentait plus capable de mener campagne. Maintenant qu’il a pris sa retraite politique, les Verts européens n’ont plus de porte-parole audible.

 La dernière recension de ses faits et gestes dans M le magazine du MONDE (24 mai 2014) juste avant les élections : sur 7 pages, les références à l’écologie sont imperceptibles. Il serait un libertaire converti au capitalisme et à l’économie de marché « régulée par l’écologie ». Il a voulu convaincre des Verts allemands résolument pacifistes de pencher pour l’intervention militaire en Bosnie « au nom de l’impératif des droits de l’homme ». Il s’est battu essentiellement sur au autre front, le fédéralisme européen. C’est l’ambition d’un  changement politique et social profond qui le conduit à l’engagement écologiste, ce n’est pas l’inverse. Dommage pour les Européennes. Il est vrai que Dany est avant tout libertaire. Il n’a voté pour la première fois qu’à 39 ans, au moment de son adhésion aux Verts allemands en 1984. Dans sa brochure « Réflexions d’un apatride sans parti », il prône la suppression des partis politiques pour envisager un « mouvement » aux contours indéterminés : « La force de l’écologie se situe là, dans sa capacité à se constituer en mouvement. » Le 22 mars 2010, il avait appelé à la formation d’une « Coopérative politique ». C’est cette ouverture aux ténors de la société civile qui avait permis le succès des Européennes 2009, mais on peut douter du sentiment écologique de personnalités comme Eva Joly… Aujourd’hui la coopérative politique est dans le coma dépassé au sein d’EELV. Les « agoras de l’écologie politique » ont vécues ; le retour de l’autonomie du sujet c’est le bordel généralisé, sans effet. Alors seuls sont médiatisés des électrons libres comme Cohn-Bendit. Dommage pour les Européennes.

 Cohn-Bendit est resté au niveau européen dans la logique de la politique libérale keynésienne, la relance de l’économie. Le discours est répétitif : « Nous avons besoin d’euro-obligations pour relancer l’économie »… « Davantage d’Europe fédéraliste, cela veut dire une « règle d’or » européenne, des investissements européens pour relancer l’économie »… « On pourrait aussi instaurer une taxe sur les communications intereuropéennes par GSM et sur Internet, pour abonder un fonds qui aiderait la relance européenne »… « Je suis pour la rigueur de la relance ». Ce faisant, il refuse explicitement toute idée de sobriété heureuse : « Si, à l’inverse, on applique une politique d’austérité, les économies ne repartiront pas »… « Comment réduire la dette ? Pas par une politique d’austérité qui touche les plus pauvres ». Ces propos d’une platitude affligeante sont à peu de chose près les mêmes que ceux de Hollande et consorts. On connaît enfin la passion de Cohn-Bendit pour le foot, cette politique d’encadrement des foules, pervers moyen de contrôle social, application contemporaine de cette formule de la Rome antique « panem et circenses » (du pain et des jeux).

                 Sur le fond, Daniel Cohn-Bendit n’était pas un écologiste crédible, il avait multiplié les petites phrases assassines. Dans Libé du 5 décembre 2008, Daniel Cohn-Bendit s’exclamait : « Pour moi  la décroissance, c’est un gros mot que personne ne comprend. Comment parler de décroissance à des gens en crise ? » Dans un dialogue avec Luc Ferry (terraeco de mars 2010), il raisonnait comme la droite : « Pour être intelligente, large et mobilisatrice, je pense que l’écologie doit oublier ce que j’appelle la définition apocalyptique. Il y a là un danger de mises entre parenthèses de la démocratie. » Aux présidentielles de 2012, il estimait qu’une candidature écolo au premier tour était « inefficace et superflue ». C’était faire peu de cas d’une histoire de l’écologie politique qui présente  sans interruption au moins un candidat aux présidentielles depuis 1974. Il osait même déclarer que Strauss-Kahn était le meilleur candidat pour battre Sarkozy. Il agissait ainsi en sous-marin du parti socialiste alors qu’on sait bien le positionnement de ce parti… contre la transformation écologique.

Bilan d’une écologie qui se réduit à un seul homme qui ne parle pas d’écologie et à une droite/gauche inconsistante : le Front national est le grand vainqueur des Européennes de mai 2014, il arrive très largement en tête du scrutin, avec 25 % des voix. A droite, en l’espace de cinq ans, le rapport de forces a donc radicalement changé : le FN, qui avait obtenu 6 % des voix, a quadruplé son score ; l’UMP, quant à elle, a reculé de 7 points, à 21 %. Avec 14 % des voix, le Parti socialiste arrive dans les choux, en troisième position. EELV n’a que 6 élus : Pascal Durand et Eva Joly en ID, Yannick Jadot en Ouest, José Bové en SO, Michèle Rivasi en SE et Karima Delli en NO.

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