des loups, des renards et des hommes

Quand nous tuons des loups ou des renards, nous avons une idée précise des bénéfices que nous en tirerons, mais aucune des bienfaits qui disparaissent avec eux.

Stéphane Foucart : Le loup est certes protégé, mais ce serait plus simple pour tout le monde qu’il ne soit tout simplement pas là. Cette ambiguïté est le reflet des rapports de domination que les sociétés occidentales entretiennent avec la nature sauvage – et au pays de Descartes plus qu’ailleurs. Avec la destruction et la fragmentation des habitats, des réservoirs d’agents infectieux colonisent de nouveaux espaces et se rapprochent des humains tandis que leurs prédateurs, plus fortement inféodés à leur milieu, déclinent et leur laissent le champ libre. La présence du renard roux – dont 600 000 sont tués chaque année en France, avec un acharnement qui ne laisse pas d’étonner – permet de contrôler les mulots qui ravagent les prairies et pourrait réduire le risque de la maladie de Lyme, en limitant la circulation des petits mammifères qui dispersent les tiques, vecteurs de cette pathologie.

Il est impossible d’identifier tous les avantages tirés de la présence des grands carnivores. Dans les écosystèmes, ceux-ci provoquent des effets en cascade souvent difficiles à observer et, la plupart du temps, les chaînes de causalité sont impossibles à remonter. Quand nous tuons des loups, des renards ou d’autres animaux encombrants qui croquent quelques poules ou moutons, nous avons une idée précise des bénéfices que nous en tirerons, mais aucune des bienfaits qui disparaissent avec eux.

Nos plus anciens articles sur la question des loups

06.03.2005 Entre chien et loup

La protection des derniers animaux sauvages donne bonne conscience et on construit des passages sous autoroutes pour les batraciens ; il faut que l’espèce sauvage se fasse invisible. Les Français ont presque oublié les animaux de ferme ; il faut un projet de Constitution européenne pour qu’on s’intéresse au bien-être animal. Les Français adorent les animaux de compagnie et déjà la moitié des foyers en possède un ; le décret d’attribution d’un secrétaire d’Etat à l’agriculture a même comme objectif la bonne santé de ces animaux dénaturés. Car les animaux domestiques ne sont pas un morceau ambulant de nature, juste un illusoire substitut de chair et de poil à une amitié inter-humaine qui devient une denrée rare. Et les vaches ne sont plus qu’un objet de curiosité au salon de l’agriculture à Paris. Quant aux animaux sauvages ils sont à peine l’objet de commisération après qu’on ait décidé un taux d’abattage d’une partie des quelques trente loups de France ou éliminé la dernière ourse des Pyrénées.

Mais quand vous aurez fait disparaître toute possibilité de retrouvailles avec la Biosphère, quand vous n’aurez pour seul paysage que des HLM et des lignes électriques, des bidonvilles et des logans (une voiture bon marché), quand vous n’aurez plus que le contact avec vos artifices, alors pourra grandir la sauvagerie inter-humaine que vous connaissez déjà dans les conflits qui se déroulent constamment ici ou là.

4.06.2005 Coexistence pacifique

Il faudrait apprendre à composer avec la nature sauvage. C’est ce que font déjà les éleveurs italiens dans le parc national des Abruzzes où on dénombre 60 à 70 loups. Contrairement à la France, les bergers n’ont jamais perdu la mémoire de cette vie partagée avec les ancêtres des chiens et les techniques pastorales sont les mêmes depuis très longtemps. Un troupeau ne dépasse jamais 350 têtes et les bêtes sont accompagnées de chiens de type patous capables de les protéger. Les brebis sont parquées chaque soir dans des enclos, à l’abri de barrières métalliques hautes de deux mètres. C’est ce qui est préconisé en France, mais comme il faut aussi embaucher des bergers supplémentaires, pas grand chose ne se fait.

Au lieu de distribuer de l’argent supplémentaire ou de baisser les charges sociales pour réduire le chômage, mieux vaudrait retrouver une harmonie avec l’environnement, ce qui nécessitera de la sueur, beaucoup moins de matériel sophistiqué et beaucoup plus de main d’œuvre.

12.10.2005 Biocentrisme ou anthropocentré ?

La Nature n’a pas la parole, ce sont des mots exprimés dans les différentes langues humaines qui interprètent d’une façon ou d’une autre ce que la Nature veut nous dire. Les humains peuvent donc s’exprimer au nom d’un cours d’eau qu’on voudrait dévier, au nom des arbres qu’on voudrait abattre, au nom des loups qu’on voudrait exterminer. Rien d’exorbitant à cela, il y a bien un avocat qui s’exprime au nom du pire assassin et une opinion publique qui pense une chose ou son contraire de tout et de n’importe quoi. Il n’y a donc pas d’opposition fondamentale entre l’écologie profonde et l’écologie superficielle, seulement la place que les humains veulent donner à la Nature sauvage, soit une place la plus grande possible, soit une nature le plus possible dénaturée : il suffit de mettre des mots différents sur notre conception humaine de la même Nature.

Pour mieux comprendre la Biosphère, les enfants devraient s’exercer dès le plus jeune âge à prendre le point de vue de la fleur ou le point de vue d’un animal, beaucoup de choses changeraient alors : par exemple une fleur ne serait belle que rattachée à sa plante, certainement pas coupée dans un pot de fleurs.

25.10.2005 Une nature à votre image

« Il faut sauver les baleines, il faut des ours dans les Pyrénées et des loups un peu partout ». Ainsi parle la plupart des associations environnementalistes. « Il faut reconstituer des écosystèmes pour les touristes, un Bioscope en Alsace (ouverture juin 2006 sur 150 hectares), un Vulcania dans le fief de Giscard d’Estaing (déjà en déficit), un Naturascope à côté du futuroscope dans la Vienne (ouf, on s’en éloigne !) ». Ainsi parle les présidents de collectivités locales à l’affût du touriste. D’un côté on valorise certaines espèces animales en laissant de côté la perte irréversible de la biodiversité générale, de l’autre on fait visiter à titre payant des choses qu’on s’est acharné à détruire par ailleurs. Thierry Jaccaud, rédacteur en chef de l’Ecologiste, nous rappelle que la nature ordinaire est également extraordinaire dès qu’on lui prête attention : merles et moineaux, hirondelles et martinets, batraciens ou reptiles, moult coléoptères et papillon… Mais la Nature n’a pas besoin du regard des humains pour exister, la Nature n’est pas un concept abstrait ni une construction humaine, elle a une vie autonome au delà des noms dont on l’habille et des lieux qu’on lui préserve.

Un jour ou l’autre les humains comprendront qu’ils ne peuvent pas continuer à fragmenter tous les territoires pour leurs activités personnelles : la Terre appartient à toutes les espèces, des plus grosses aux invisibles. Ce n’est pas la Biosphère qu’on doit enfermer dans des parcs, ce sont les humains qui doivent vivre dans d’étroites réserves.

01.01.2006 Bonne année 2006

Au début des années 1970 une polémique était née de la proposition du socialiste Sicco Mansholt, alors commissaire européen, de substituer au PNB (produit national brut) le Bonheur national brut et de modifier pour y arriver les modes de croissance. Cette proposition avait crée un débat extrêmement polémique en France et le parti communiste dénonçait à l’époque une nouvelle trahison de classe de la part des socialistes ! En 2005 les mentalités n’ont pas beaucoup bougé, même si le rapport Brundtland en 1987 sur le développement durable et la conférence de Rio en 1992 qui l’a officialisé ont voulu que l’environnement ne soit plus méprisé par le système économique et social. Mais l’appel d’Heidelberg (signé entre autres par les frères ennemis Cl.Allègre et H.Tazieff) réunissait des « scientifiques » qui s’inquiétait de « l’émergence d’une idéologie irrationnelle à l’aube du XXIe siècle » a pourtant occulté la prise en compte de l’écologie en France. Il n’y a pas grand chose à attendre de certains scientifiques qui hurlent au loup alors qu’ils encouragent les prédateurs humains.

Mais la Biosphère ne se décourage pas et souhaite pour l’année 2006 une véritable pandémie de sobriétés énergétiques et de simplicités volontaires dans le monde entier.

5 réflexions sur “des loups, des renards et des hommes”

  1. esprit critique

    – » Il n’y a bien sûr aucun lien direct entre les deux événements, mais ils ne sont pas complètement étrangers l’un à l’autre : une abondante littérature documente en effet les bénéfices sanitaires que les sociétés humaines tirent de la présence de grands prédateurs dans leur environnement. » (Stéphane Foucart Le MONDE)

    Tout est lié certes. Toutefois je ne vois pas trop comment les loups et les renards pourraient jouer un rôle très important dans la limitation des risques de zoonoses. Je pense plutôt que ces deux mammifères représentent des risques sanitaires non négligeables. Notamment avec la rage. Je pense aussi à l’échinococcose, dite « maladie du renard ».
    Et on en revient alors au nombre optimum (ou idéal) de renards, de loups, d’ours etc.
    Seulement il ne faut pas regarder que du côté des prédateurs, qui tuent évidemment des rats, qui peuvent transmettre la peste, mais qui nettoient aussi les égouts. Bref, quel alors est le nombre idéal de rats ? Et de chauves-souris, et de moustiques et j’en passe.

  2. ouh ouh ouh !!!

    Promenons nous dans les bois, tant que le loup n’y est pas…
    Loup y es-tu … m’entends-tu ?
    Mais où qu’il est nom de dieu !!!???

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