Des présidentiables qui en veulent plus pour l’armée

Droite et gauche s’accordent pour porter à 2 % du PIB l’effort de défense nationale. Ils s’alignent ainsi sur ce chiffre mythique proposé par le chef d’état-major des armées Pierre de Villiers. François Fillon déclare vouloir atteindre les 2 % en 2023. Macron propose 2 % en 2025 au nom du réalisme ! Comme à son habitude, Marine Le Pen fait de la surenchère, ce serait 3 % à l’horizon 2023-2025. Aucun présidentiable ne dit pour quelles raisons il faudrait augmenter le budget militaire, mais il faut l’augmenter quand même. Aucun présidentiable ne fait un bilan des opérations extérieures voulues par Sarkozy et Hollande. Mais le plus inquiétant est le parti-pris de Benoît Hamon (PS) et Yannik Jadot (EELV) de soutenir les propos du général Vincent Desportes dans leur livre « La politique est à nous »*.

Le général a le même discours que son chef d’état-major : «  En ce qui concerne la défense, il faut immédiatement viser les 2 % du PIB : tout le monde sait que c’est le seuil minimal pour un pays qui prétend avoir une défense digne de ce nom. » L’expression « tout le monde sait » est sublime, il s’agit d’une tentative de prophétie auto-réalisatrice ; croyez braves gens, le pouvoir est au bout du fusil. Dans un livre chaperonné par un écolo, il est encore plus triste de voir des propos dignes du FN chez Desportes : «  Il faut même viser plus haut que 2 %, vers 3 %, ce qui n’est rien par rapport aux 57 % du PIB de dépense publique. » Sauf que ce que nous donnons en plus à l’armée va en moins pour d’autres dépenses de service public ! Mais on attendra en vain une justification de ces prétentions à la dépense. Dans un monde géopolitique qui prépare le désarmement nucléaire et où les grandes puissances agissent souvent de concert sur les théâtres extérieurs, pourquoi vouloir plus pour l’armée française ? Pourquoi revenir aux 3 % constatés en 1982 alors qu’on a pu se contenter de 1,44 % en 2015. Notons d’ailleurs qu’en euros constants, le budget de la défense est aujourd’hui égal à celui de 1982. Mais Desportes pleure sur le fait qu’après avoir été le deuxième poste budgétaire, la défense national n’est plus que le cinquième, derrière l’Education nationale. Mieux vaut pour lui des gens bien armés que mieux formés. Desportes se scandalise du fait qu’on se refuse à envisager une « contraction des dépenses de confort social » (welfare) pour arbitrer à l’avantage du warfare. Le général regrette le syndrome du Siyphe guerrier, opération française au Mali, puis en Centrafrique, puis dans la bande sahélo-saharienne, puis… sans jamais s’interroger sur le bien fondé de ces interventions ponctuelles. Il se donne même des bâtons pour se faire battre en constatant que malgré leur puissance militaire, les États-Unis ont perdu toutes leurs guerres depuis un demi-siècle.

N’oublions pas la charte des Verts mondiaux qui ouvre bien plus de perspectives qu’une augmentation du budget militaire français :  » Nous déclarons notre engagement en faveur la non-violence et nous nous efforçons de créer une culture de paix et de coopération entre les Etats, au sein des sociétés et entre les individus pour en faire le fondement de la sécurité mondiale. Nous pensons que la sécurité ne doit pas reposer principalement sur la force militaire mais sur la coopération, sur un développement économique et social sain, sur la sécurité environnementale et le respect des droits de l’Homme. Conditions : Une conception globale de sécurité mondiale qui donne la priorité aux aspects sociaux, économiques, écologiques, psychologiques et culturels d’un conflit, au lieu d’une conception fondée prioritairement sur les rapports de forces militaires ; Un système mondial de la sécurité susceptible de prévenir, de gérer et de résoudre les conflits ; L’élimination des causes de la guerre grâce à la compréhension et au respect des autres cultures, à l’éradication du racisme, à l’encouragement de la liberté et de la démocratie et à l’élimination de la pauvreté dans le monde ; Le renforcement de l’ONU en tant qu’organisation mondiale en charge de la gestion des conflits et du maintien de la paix…« 

* éditions Robert Laffont (mars 2017, 344 pages pour 14 euros)

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2 réflexions sur “Des présidentiables qui en veulent plus pour l’armée”

  1. il me semble que les socialistes et la guerre , c’est une longue histoire ! le positionnement de B.Hamon ne m’a pas surprise , en, revanche , j’avais rêvé qu’il se démarque de cette option mortifère dont il ne peut ignorer lesrésultats !
    En fait c’est PIRE que ce que vous annoncez :
    http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/01/06/benoit-hamon-propose-de-porter-a-3-le-budget-de-l-etat-pour-la-defense-et-la-securite_5058994_4854003.html

  2. il me semble que les socialistes et la guerre , c’est une longue histoire ! le positionnement de B.Hamon ne m’a pas surprise , en, revanche , j’avais rêvé qu’il se démarque de cette option mortifère dont il ne peut ignorer lesrésultats !
    En fait c’est PIRE que ce que vous annoncez :
    http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/01/06/benoit-hamon-propose-de-porter-a-3-le-budget-de-l-etat-pour-la-defense-et-la-securite_5058994_4854003.html

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