Des vaches à notre image et réciproquement

« Je ne suis pas une écolo, je pollue, C’est mon métier (p.107). »

« Je suis en train de devenir une écolo. Je n’utilise pas l’avion et je ne prends plus ma voiture pour aller travailler (p.109)»

Voici en deux phrases nichées au milieu du livre « Les vaches aiment le yaourt », le terrible dilemme de chacun de nous en ces années de « transition écologique » : être ou ne pas être écolo. L’auteur, Anne Galais, est éleveur de vaches, soumise aux affres du productivisme et poussée par la nécessité d’alimenter les grandes surfaces : il faut bien nourrir notre boulimie de yaourts et de viande. Elle en a fait un roman qui colle de près à son quotidien. Fini le paysan qui, de générations en générations, reproduit des techniques ancestrales. L’innovation est son quotidien, sa principale préoccupation est de chercher les meilleurs rendements, la sélection génétique est désormais au cœur de son métier. Ce n’est plus une cloche accrochée au cou des vaches, c’est un appareillage informatique.

Être ou ne pas être écolo ? Anne Galais a raison, polluer est notre métier à tous. Dans un système qui ne repose plus sur la quasi-autarcie des campagnes, chaque activité humaine nous fait dépendre d’un flux de biens et de services venus d’ailleurs. Qu’on produise ou qu’on consomme, on pollue, on rejette des gaz à effet de serre, on ponctionne des ressources naturelles en voie de raréfaction, on prend tous conscience que cela n’est pas durable et qu’il nous faudrait changer. Tache difficile, impossible, nous sommes prisonnier d’un système où il faut courir toujours plus vite pour rester concurrentiel ou pour se payer le dernier gadget à la mode. Société urbanisée et sur-développée, consommation carnée de masse, donc production de masse et élevage en batterie. Qu’on se le dise, les vaches sont comme les humains… et réciproquement. Les vaches sont comme nous, des animaux, la gestation dure neuf mois dans l’un comme dans l’autre cas. On arrache les veaux à leur mère peu après la naissance, il faut mettre les enfants à la crèche dès qu’ils marchent sur deux jambes, ou même avant. Les centrales d’achat et les administrations aiment les chiffres et les gens captifs. Les vaches portent un numéro d’identification dès la naissance pour assurer la traçabilité. Pour nous c’est le numéro de sécurité sociale. On ne les appelle plus par un joli petit nom, c’est devenu un matricule. C’est aussi notre lot commun, quand nous sommes sommés d’énoncer tous les numéros de notre carte bancaire. Les vaches sont entassées dans un grand hangar, les humains s’amoncellent dans leur HLM. Les humains préfèrent leur cage, qu’en pensent les vaches ?

Nous avons rencontré Anne Galais. Elle aime ses vaches et son métier. Elle n’aime pas les mots productivisme et agro-industrie. Elle a voulu simplement présenter sa situation professionnelle comme un yaourt, un mixte de choses à bien savourer. Mais elle est comme nous, soumise avec son élevage à un système agro-industriel qui nous broie. Elle attend de voir ce qui va se passer, coincé comme elle l’est par les diktats de la PAC (politique agricole commune) et du marché. Si on lui demande de faire du bio, elle fera du bio, pour le moment elle s’occupe d’un élevage intensif, bien plus qu’une centaine de vaches à viande. Elle a abandonné les laitières car on a abattu tout son troupeau. Elle explique le mécanisme morbide dans son livre. La vache 8452 avait présenté à l’analyse vétérinaire une lésion tuberculeuse. La France se voulant indemne de tette maladie à moins de 1 % à l’exportation, il était obligatoire d’amener à l’abattoir le troupeau entier… même si on ne trouve qu’un seul cas positif. On ne peut pas tricher, les services sanitaires connaissent toutes les vaches, chacune est enregistrée sur une base informatique. C’est évident, les humains sont comme des vaches, des vaches à lait pour engraisser le système et nourrir les GAFA. Si vous voulez mieux comprendre la condition réelle et imaginée des éleveurs, lire le livre d’Anne Galais distribué par Amazon (2019), 7 euros et 30 cents pour 214 pages.

NB : article initialement paru sur le site des JNE

Partagez ...

9 réflexions sur “Des vaches à notre image et réciproquement”

  1. Avec bientôt 9 à 11 milliards d’habitants, autant dire que les vaches vont se faire croque-croque pendant encore très longtemps, vraiment très longtemps ! Il suffit de seulement 1 milliard d’habitant pour que l’industrie de la viande parvienne à prospérer, alors autant dire qu’à 8, 9 ou 11 milliards d’habitants, les vaches garderont le rôle de croque-croque sur pattes !

    1. – « Il suffit de seulement 1 milliard d’habitant pour que l’industrie de la viande parvienne à prospérer»
      La vache ! Mais d’où sortez-vous ces données ? 1 milliard d’habitantS c’était la population mondiale en 1800. L’industrie de la viande était-elle prospère en 1800 ? Y avait-il même une industrie de la viande ?
      Depuis très longtemps la viande était une alimentation de riches. Au mieux, les pauvres suçaient les os. Et puis, avec les Trente Glorieuses, dans les pays dits riches, la consommation de viande s’est «démocratisée». D’un coup, tout le monde avait «besoin» d’en manger à tous les repas. De tous temps, être bien gras ça faisait riche. Et aujourd’hui dans ces mêmes pays, les riches mangent de moins en moins de viande. Aujourd’hui, être gras ça fait pauvre. C’est marrant, non ? Et en même temps, dans les pays dits émergents, on mange de plus en plus de viande. C’est fou non ?
      Quelles que soient les latitudes, ils sont cons ces pauvres, ils n’ont rien compris. Après les vaches maigres, ils ont «besoin» de s’engraisser. Toujours ils auront une longueur de retard, les bidochons. Et là oui, l’industrie de la bidoche est aux anges ! Big-burgers, cheese-burgers, shit-burgers, raviolis à la viande de cheval ou de dromadaire peu importe, vaches folle et Jean Passe. Tout est bon pour le sacro-saint Business !

      1. Alors toi tu en tiens une sacrée couche !
        Tu interviens juste pour railler sur mes commentaires mais à part ça tu n’as rien d’intéressant à dire.
        Mais bon puisque tu comprends mal mes chiffres jusqu’à en déformer leurs significations, je vais reprendre une citation d’Yves Cochet, voilà notre mode de vie occidental de l’ère industrielle ne concerne que 2 milliards d’habitants sur 70 ans, ce qui n’est rien à l’échelle de l’histoire de l’humanité….
        Autrement dit; tous les mangeurs de viande du monde ne mangent pas tous de la viande de manière aussi soutenue quantitativement qu’en Europe ou aux Usa…. Bref, nous sommes 8 milliards d’habitants sur la Terre, et pourtant de l’industrie de la viande nous en sommes que 2 milliards tout au plus à pouvoir bénéficier de leur gigantesque production, du moins nous en mangeons la majeure partie… Donc oui à 1 milliard d’habitants l’industrie de la viande continuera de tourner ! Peut être aurais-je du utiliser les termes de « consommateurs » ou de  »clients » à la place d’habitants, ça n’aurait strictement rien changement au fond de l’histoire, mais ça aurait été peut être été plus claire pour ta boîte crânienne… ?
        Sinon oui, l’industrie de la viande à commencer bien avant le 18 ème siècle même si à cette époque on ne l’appelait pas encore industrie, mais les prémices de cette histoire industrielle existaient déjà, pour illustrer l’exemple, sache que par exemple dans ma ville d’Amiens, dans le très vieux quartiers St Leu, des églises étaient transformées en abattoir pour tuer du bétail en série, et ça bien avant le 18 ème….

        1. Par exemple, si tu cherches l’histoire de l’Église de St Germain l’écossais à Amiens, tu apprendras, qu’elle a déjà été transformée et utilisée comme abattoir….

        2. Sacré BGA va ! Puisqu’il semblerait que nous ayons gardé les vaches et les cochons ensemble, allons-y pour le TU.
          Mon pauvre BGA, TU es vraiment trop fort ! Et c’est justement ça qui te rend particulièrement intéressant. Je veux dire, intéressant pour ceux que tu intéresses, bien évidemment.
          Par exemple, tu transformes n’importe quoi en n’importe quoi, pour raconter n’importe quoi. Comme ici. Tu prends une «une citation d’Yves Cochet» au sujet de «notre mode de vie occidental de l’ère industrielle» … et j’imagine qu’une citation du curé de l’église de Saint Leu ou de Saint Germain aurait tout aussi bien fait l’affaire, bref… et d’un coup de baguette magique ( «Autrement dit» = Abracadabra et voilà) tu la transformes en un «argument irréfutable». Trop fort ! Chapeau ! Turlututu chapeau pointu !
          Je pense que tu dois être un peu alchimiste, ou magicien ou quelque chose comme ça. En tous cas, toi aussi et dans ton genre, tu es un sacré phénomène. Un phénomène très intéressant 🙂

          1. C’est bien ce que je dis tu n’apportes rien, tu t’amuses à railler les commentaires des gens mais tu n’as aucun argument à opposer à mes dire….

            Mais oui l’industrie de la viande continuera de prospérer avec 1 ou 2 milliards d’habitants, chiffres qui correspondent déjà actuellement à leur nombre de clients actuels…. Si tous les français, soit 68 millions de français arrêtaient tous de manger de la viande, ça ne changerait strictement rien au résultat au niveau mondial, l’industrie de la viande ira vendre ailleurs et à des milliards d’affamés prêts et à sa disposition à lui acheter sa viande et écouler ses stocks au même rythme actuel. Sans compter les 90 millions de nouveaux nés chaque année au niveau mondial…. Bref, ça ne changera strictement rien concernant le sort des animaux….

  2. 7 euros et 30 centimes pour 214 pages, c’est pas cher. Dommage qu’il faille passer par Amazon pour le trouver.
    C’est vrai que nous avons des tas de choses en commun avec les vaches. Et/ou les bœufs. Avec les moutons aussi. Dès leur naissance, à eux aussi, on leur accroche une étiquette à l’oreille. Mais comme on n’arrête pas le Progrès, «tous les moutons nés à partir du 1er janvier 2020 doivent être marqués en leur posant des doubles marques auriculaires. Une des deux marques auriculaires doit être munie d’une puce électronique. » (source : ovinscaprins.ch). L’électronique aussi, c’est fantastique !
    Et demain la puce électronique deviendra obligatoire pour le bétail humain.

    1. Cette histoire de puce nous pend au nez, sinon à l’oreille, certains l’acceptent même tout à fait volontairement.. Quelle inconséquence !
      C’est la fin de toute liberté, la porte ouverte vers le totalitarisme le plus absolu, que l’on nous vendra comme un gage de sécurité.
      Hélas aujourd’hui, seul peut-être un effondrement général de nos sociétés nous évitera cette dérive vers la « moutonisation totale ».
      « 1984 » ne sera qu’une fiction édulcorée d’une réalité plus implacable encore.

  3. Il s’agit là d’un excellent exemple de l’extrême intrication de toutes les activités humaines de leurs excessives dépendances mutuelles, mais aussi de la dépendance de chacun d’entre-nous. Cela rend l’action très difficile et la marche vers l’autarcie presque impossible en pratique.
    Quand comprendrons-nous qu’il s’agit là aussi de l’extrême fragilité de nos sociétés qui n’ont plus de résilience ? Qui, si un pan de leur activité devient impossible, verront l’ensemble de leurs activités s’écrouler de même.
    Imaginez : plus de pétrole ou plus d’électricité, ou même aujourd’hui plus d’internet, en pratique un seul de ces manques remet tout en cause.
    Le carcan dans lequel se trouve cette éleveuse n’est rien d’autre que le syndrome de cette interaction (bien trop) générale.

Les commentaires sont fermés.