De la part de notre correspondant à Téhéran
Les Etats-Unis et Israël ont attaqué lourdement l’Iran et tué de nombreuses personnes, dont beaucoup d’enfants selon les premières informations. Derrière l’écran des réjouissances de nombreux Iraniens qui ont subi une féroce répression en janvier sans réaction trumpiste, le multilatéralisme et la paix reculent sans cesse en cette année 2026. Deux États fascisants viennent en « sauver » un autre, et on commence à applaudir dans certains cénacles de notre côté.
En 1979, les Iraniens ont chassé le Shah et son régime dictatorial, mais ont commis une grosse erreur en acceptant de le remplacer par l’ayatollah Khomeiny. Une autre sorte de gouvernance autoritaire s’est installée, avec tout ce qui accompagne ce type de régime. Les Iraniens sont responsables de la mise en place de ce régime. C’est donc très logiquement à eux de le réformer ou de le remplacer par un autre, selon leur mode de pensée et non celui d’un impérialisme occidental. Les pays occidentaux, notoirement la France, ont fait en sorte de déclencher une guerre terrible contre l’Iran par Irak de Saddam Hussein interposé, qui a produit 1 000 000 de morts. Les Iraniens se souvenaient aussi que les anglo-saxons avait renversé le Premier ministre Mossadegh en 1953. Leur hostilité est parfaitement légitime.
Un de mes amis est allé visiter l’Iran dans les années 2010. Il m’a raconté que quand on s’éloignait de Téhéran, dans le sud, les femmes portaient le voile sur l’arrière de la tête et non strictement sur et autour de la tête. Le régime a connu des périodes de libéralisation et pouvait évoluer durablement dans ce sens, y compris vers une dose de laïcité*. Les femmes iraniennes sont beaucoup plus autonomes, instruites et diplômées que dans nombre de pays arabes voisins, une évolution favorable est donc possible. Ces choses-là prennent du temps, connaissent des retours en arrière et peuvent finir par se consolider. Il ne fallait donc pas la contrarier, et d’ailleurs de quel droit ? Mais les Occidentaux ont préféré se déclarer de très loin solidaires des femmes iraniennes, mais pas saoudiennes, émiraties ou bahreïnies. Quelle lucidité !
À partir du moment ou le régime des mollahs a dirigé le pays, les pressions, les menaces, les « sanctions » ** ont plu sur les deux pays. Les soutiens à l’opposition iranienne venus d’Occident ont fait que le régime s’est durci. Quand on a les États-Unis (et d’autres pays qui l’accompagnent servilement) à ses trousses, le pouvoir devient paranoïaque, verrouille tout, les éléments démocratiques se désagrègent, la peur s’installe. Le peuple souffre de ces « sanctions » et se révolte. Le système tourne alors comme une mécanique efficace, en progressant jusqu’à une contestation importante à l’intérieur. La violence politique, la répression, la surveillance policière se développent. Nous en sommes arrivés à un paroxysme ces dernières années.
Mon sentiment est donc que les Occidentaux donneurs de leçons ont assez probablement entravé une marche vers un peu plus de liberté et en tout cas vers une vie plus confortable, sans les multiples privations engendrées par « les sanctions ». Ils auraient pu s’indigner contre la très dure répression à Bahreïn durant les printemps arabes, mais comme ce pays n’est pas hostile aux États-Unis, pour ne pas dire soumis (il y a une basse militaire US là-bas), nos partis politiques et leurs militants, les médias plutôt suivistes n’ont cessé d’avoir l’Iran dans leur viseur, de façon parfaitement arbitraire et injuste quand on voit le mal qui a été fait à ce pays du temps où Saddam Hussein dirigeait l’Irak.
Pour être franc, je ne vois pas de quel droit nos pays se sont mêlés de l’évolution de la société persane. Nous devrions balayer sans cesse devant notre porte, cesser d’inonder la planète de nos armes. Quand on se souvient que des entreprises françaises se sont piteusement retirées d’Iran sous la menace tyrannique des Etats-Unis via leur roi-dollar et que notre petit président approuve l’enlèvement de Nicolas Maduro et demande aujourd’hui à l’Iran agressé militairement de ne pas répliquer, je trouve que c’est d’abord le régime français qu’il faut changer.
Philippe
* D’ailleurs, les deux États qui viennent d’agresser l’Iran ne sont pas des modèles de laïcité !
** Pour être habilité à infliger des sanctions, il faut être investi d’une autorité, ce qui n’est pas le cas. Tous les États reconnus par l’ONU sont par principe égaux entre eux, ce qui semble échapper un peu à beaucoup de nos contemporains
PS : Quand on voit à quel point le chef de la diplomatie française inverse les responsabilités dans la guerre en cours au Moyen-Orient en prétendant que les Etats dotés de bases militaires US n’ont pas choisi d’être liés ou impactés par les opérations de Washington et Tel-Aviv !!!

La brève guerre de juin 2025 mise à part, celle en cours, par son ampleur et les moyens mobilisés, est la troisième conduite dans la région par un locataire de la Maison Blanche La première, pour chasser l’Irak du Koweït envahi en 1990, avait été justifiée par cette violation du droit international. Elle avait reposé sur une large coalition et sur une résolution onusienne autorisant les Etats membres à user de « tous les moyens nécessaires » pour parvenir à l’objectif fixé.
La deuxième, l’invasion de l’Irak en 2003, avait été soutenue par une coalition internationale bien plus réduite. Dépourvue de feu vert de l’Organisation des Nations unies, elle avait bénéficié en revanche d’une « autorisation d’usage de la force militaire » votée par le Congrès. Elle reposait sur le mensonge de l’existence d’armes de destruction massive irakiennes. Elle précipita au contraire un chaos durable. (à suivre)
(suite et fin) Trump, revenu aux affaires en 2025, promettait dans son discours d’investiture que son succès serait mesuré « par les guerres que les Etats-Unis empêcheront, et, peut-être plus important encore, par les guerres qu’ils ne commenceront pas ». Ce qui nous conduit aux spécificités de cette troisième guerre. Elle est livrée à l’initiative israélienne en fonction des seuls intérêts stratégiques de Nétanyahou sans feu vert international ni autorisation du Congrès. Elle est justifiée par un mensonge, celui de « menaces imminentes » concernant les intérêts américains. Elle se transforme en course de vitesse pour Donald Trump. Pour le régime iranien, l’enjeu est au contraire de faire durer la guerre pour espérer modifier à son profit le rapport coûts-bénéfices.
Dans le cadre de la guerre menée contre l’Iran l’Espagne a refusé de laisser Washington utiliser deux bases militaires américaines en Andalousie,.
Donald Trump menace de faire « cesser » les relations commerciales avec le pays.
« Non à la guerre ! Nous ne serons pas complices », lui a répondu le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez
« La Commission va s’assurer que les intérêts de l’UE soient pleinement protégés », a déclaré de son côté l’institution européenne.
La guerre ne résout jamais rien. L’aveuglement de l’être humain est consternant. La phrase à la mode est : si tu veux la paix, prépare la guerre. Et si tu veux la guerre, tu prépares quoi ? Ben, la guerre aussi ! Charmante perspective !
Les USA vont au fiasco comme au Vietnam ou en Afghanistan. L’Iran compte plus de 87 millions d’habitants , c’est beaucoup plus que la France. Au niveau armement, ils étaient proches d’avoir la bombe atomique et leurs drones équipent l’armée russe. C’est un pays enrégimenté et la disparition de leur hiérarchie donne tout pouvoir aux différentes milices qui combattront tout Américain et leurs alliés où qu’ils soient. Le conflit peut durer pendant des mois, Poutine embourbé en Ukraine depuis 4 ans montre l’exemple.
En clair Trump a encore fait un erreur de jugement. Normal, il ne voit pas plus loin que le bout de sa casquette MAGA.
Pas besoin d’aller si loin, il suffit de voir ce que la capture et la pendaison de Saddam Hussein a donné en Irak. Ou encore de voir comment la liquidation (l’assassinat) de Kadhafi nous a offert un monde de paix. Misère misère !
« Donald Trump vient de plonger les Etats-Unis dans un conflit à grande échelle, contre l’un de nos féroces adversaires, sans plan, sans objectif final et sans l’autorisation du congrès », a affirmé le leader démocrate Chuck Schumer, à la tribune du Sénat américain.
– « « Totalement inutile » […] « MAGA est mort » […] Une diversion face à des difficultés internes? […] « Les Américains ne comprennent pas » [etc.] »
(«Il a tout à perdre dans cette histoire » : pourquoi Donald Trump a intérêt à ce que la guerre contre l’Iran soit de courte durée – msn.com hier)
– « « Nous sommes opposés à ce désastre » […] « Nous ne serons pas complices de quelque chose qui est mauvais pour le monde et qui est également contraire à nos valeurs et à nos intérêts, simplement par peur des représailles » […]
« L’Espagne a été terrible » pour Donald Trump [etc.] »
( « Nous ne serons pas complices » : l’Espagne tient tête à Donald Trump et refuse de se faire entraîner dans le conflit en Iran – msn.com aujourd’hui)
Improvisation et absence d’objectifs clairs et légitimes, tel est la rhétorique trumpienne pour sa guerre en Iran. On ne mentionne jamais les répressions sanglantes, en janvier, contre les manifestants iraniens. Il n’est plus question d’un renversement du régime iranien, alors que cet objectif était revendiqué à l’origine par Donald Trump. Washington évoque maintenant des visées purement militaires : détruire les forces navales et les capacités balistiques de l’adversaire. Donald Trump exagère, il parle de missiles à longue portée, qui « pourraient bientôt atteindre le territoire américain ». Pour le calendrier d’intervention, c’est le flou : « Dès le début, nous avions prévu quatre à cinq semaines, mais nous avons la capacité d’aller bien au-delà. » Trump toujours : « Je n’ai pas le trac à l’idée de déployer des forces au sol ». Un peu de confusion supplémentaire…
Donald Trump fixe quatre objectifs pour la guerre contre l’Iran. D’abord, détruire « les capacités de fabrication de missiles de l’Iran », ensuite « anéantir leur marine », puis « faire en sorte que ce régime n’obtienne jamais l’arme nucléaire ». Enfin, « nous faisons en sorte que le régime iranien ne puisse pas continuer à armer, financer des groupes armés en dehors de leurs frontières, les groupes armés terroristes ».
Il a affirmé ne pas exclure l’envoi de troupes au sol en Iran « si cela s’avérait nécessaire…
Donald Trump fixe ses objectifs au fur et à mesure des événements qu’il voit à la télévision. Et sa phrase s’applique aussi à lui-même : « On ne peut pas laisser l’Iran, un pays dirigé par des gens fous, avoir une arme nucléaire. »
– « On ne peut pas laisser l’Iran, un pays dirigé par des gens fous, avoir une arme nucléaire. […] Je n’ai pas la frousse quand il s’agit d’envoyer des troupes au sol – comme tous les présidents qui disent ‘il n’y aura pas de troupes au sol’. Moi, je ne dis pas ça. Je dis ‘on n’en a probablement pas besoin’ ou ‘si c’était nécessaire’ […]
On leur met une raclée. Je pense que ça se passe très bien. C’est très puissant. Nous avons la plus grande armée du monde et nous l’utilisons. […]
On n’a même pas encore commencé à les frapper fort. La grande vague n’a même pas encore eu lieu. La grande vague arrive bientôt. […] Ça va aller assez vite. On est dans les temps, en avance sur le calendrier en ce qui concerne les dirigeants – 49 tués – et ça devait prendre, on pensait, au moins quatre semaines, et on l’a fait en un jour [etc. etc. etc.] »
(Iran : Trump refuse d’exclure l’envoi de troupes au sol et promet que «la grande vague arrive bientôt» – actu17.fr 2 mars 2026 )
Attention Biosphère… en critiquant cette attaque américano-israélienne ON va vous accuser de soutenir les régimes islamistes, terroristes et totalitaires. Aujourd’hui vous devez choisir votre camp (camarade), et l’afficher clairement, sans aucune ambiguïté.
C’est soit les larmes… soit la jubilation.
Si encore la mort de ce misérable signait la paix dans le monde… Misère misère !
Donc il fallait laisser l’Iran avoir la bombe atomique, donc il fallait laisser ce gouvernement massacrer sa population et maintenir le pays en sous développement ! Bravo !
Balayer à notre porte ? Non il faut carrément balayer derrière notre porte car les islamistes l’ont franchie depuis longtemps notre sacré porte ! Et pour preuve, au LFI Rima Hassan s’affirme être pro ayatollah Ali Khamenei dont elle pleure !! Voir article sur Marianne intitulé » « L’Iran a le droit de se défendre » : quand Rima Hassan pleure l’ayatollah Ali Khamenei ».