devenir Écologiste, notre avenir commun

Michel Sourrouille, auteur en 2017 du livre « On ne naît pas écolo, on le devient », a décidé avant de mourir de partager sa pensée avec tous les Internautes qui fréquentent ce blog biosphere. La parution se fera chaque jour pendant le mois de juillet. Il dédie ce livre aux enfants de ses enfants, sans oublier tous les autres enfants… car nous partageons tous la même maison, la Terre, si belle, si fragile…

Écologiste en devenir, notre avenir commun

Nous allions dans la propriété de mes grands-parents maternels sur les hauts de Lormont. Une grande maison, « La verdurette », arbres centenaires et verger, allées bordées de haies, des baies à ramasser, des escargots à dénicher. Le paradis. Ma mère a pleuré quand on a vendu cette partie d’elle-même. Est-ce la raison de mon goût pour la nature ? Nous rendions souvent visite à mes grands-parents paternels. Une vieille maison en plein milieu des Landes, en plein milieu des bois. Le jardin potager, le puits avec un balancier, les mulets de l’agriculteur voisin. Les promenades en vélo au milieu des pins, sur les chemins de sable. Le paradis. Mais je ne savais pas que l’écologie existait. Le mot « écologie » a été inventé en 1866 pour désigner une science naissante qui étudie le biotope (territoire offrant des possibilités de vie durable pour une espèce) et la biocénose (ensembles des êtres vivants dans un même milieu). Mais cela est longtemps resté un domaine de spécialiste, inconnu du grand public. Je ne pouvais donc pas naître écolo, mais mon environnement familial m’a facilité la conversion. En 1969, je roule en vélo à Bordeaux, mais uniquement pour lutter contre les embouteillages. Je croyais alors que le travail était une lutte de l’homme contre la nature et que la technologie spatiale partait pour la conquête de l’univers. Depuis j’ai changé. Le monde a changé, le vocabulaire écologique est entré dans les mœurs des entreprises et des particuliers.

Faisons un exercice. Tu essayes de trouver le plus possible d’adjectifs à accoler au mot « écologie ». Puis tu choisis les 3 principaux par ordre d’importance décroissante avant de continuer cette lecture….

Voici quelques adjectifs possibles pour« Écologie » : anthropocentrique, biocentrée, doctrinaire, durable, écocentrée, économique, émotionnelle, humaine, humaniste, intégrale (selon le pape François), joyeuse, partagée, politique, positive, pragmatique, productive (selon Claude Allègre), profonde (d’après Arne Naess), punitive (selon Ségolène Royal), radicale, réaliste, réformatrice, réparatrice, responsable, scientifique, sociale, superficielle, technocratique, etc. Voici mon classement personnel : 1. écologie scientifique ; 2. écologie politique ; 3. écologie profonde. L’écologie scientifique démontre la détérioration de la planète alors que les symptômes nous apparaissent souvent invisibles (couche d’ozone, épuisement des ressources fossiles, changement climatique, stress hydrique, extinction des espèces, etc.). L’écologie politique prend acte de ce constat objectif, elle est seconde par rapport à l’écologie scientifique. Mais puisque constater ne suffit pas, il faut en fin de compte agir et décider. Les écologistes succèdent aux écologues, il s’agit de mettre en œuvre des solutions concertées face à nos errements actuels. Mais quelle sorte d’écologie porter en politique ? A l’écologie superficielle, le philosophe Arne Naess oppose l’écologie profonde. Cette expression a été introduite à l’origine dans un article de 1973 « The shallow and the deep, long-range ecology movements ».

« Une hypothèse largement répandue dans les cercles influents est que le dépassement de la crise environnementale est un problème technique : il ne suppose aucun changement dans les consciences. Cette hypothèse est l’un des piliers de l’écologie superficielle. On pense que le développement technique réduira la pollution à des niveaux tolérables et empêchera l’épuisement des ressources. On demandera sans cesse aux gouvernements de réaliser les bonnes conditions libérales propices au développement d’une haute industrie technique et centralisée. Ce sont des considérations économiques bornées d’une petite élite qui nous guide. Les ingrédients essentiels à la technocratie sont réunis lorsque l’individu ou les organisations dans lesquelles l’individu agit se préoccupent plus des moyens que des fins. » [Arne NAESS, Ecologie, communauté et style de vie (première édition 1976, éditions MF 2008)]

L’adjectif « profonde » accolée au mot écologie me paraît mieux adapté à la profondeur de la crise globale que nous avons commencé à traverser. L’écologie superficielle, du type capitalisme vert ou croissance verte (sans oublier toutes les formes de greenwashing ou écoblanchiment) permet de continuer le « business as usual ». C’est pour moi une forme d’extrémisme marchand puisque cela nous amène à surexploiter plus longtemps la planète en se donnant bonne conscience. C’est une position écologique conservatrice qui conforte la religion de la croissance et qui nie le fait que tous les indicateurs sont passés au rouge, que ce soit au niveau financier, social ou écologique. Il suffirait d’aménager le système à la marge alors qu’il doit être complètement repensé.

La distinction faite par Naess entre « profond » et « superficiel » est donc politique et porte principalement sur la différence que crée le fait d’accepter ou non de changer nos modes de vie comme notre manière de pensée. C’est une philosophie de l’existence, c’est la mienne.

(à suivre… demain sur ce blog biosphere)

Déjà paru :

On ne naît pas écolo, on le devient, introduction

Abécédaire, la façon la plus simple pour s’y retrouver

Abeille, qui ne pique que si on l’embête

Abondance, s’éloigne dès qu’on lui court après

Absolu, un mot à relativiser, un mot indispensable

Acteurs absents, dont on a eu tort d’ignorer l’existence

Adolescence, moment de révolte ou de soumission ?

Alcool, dur pour un écolo de refuser de trinquer !

Amour, une construction sociale trop orientée

Animal, une facette de notre humanité trop ignorée

Austérité, mot qui fait peur et pourtant source de bonheur

Barbe, un attribut des hommes qu’on voulait faire disparaître

Cannabis, une dépénalisation qui créerait l’usage

Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

Compétition, système inhumain au service d’une société inhumaine

Croissance, l’objectif économique le plus débile que je connaisse

Démographie, le problème central qui est systématiquement ignoré

Devoir, la contre-partie nécessaire de nos droits

Doryphore, symbole d’une agriculture post-moderne

École obligatoire et gratuite, une entreprise de déculturation

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15 réflexions sur “devenir Écologiste, notre avenir commun”

  1. Selon moi, il faudrait un Pouvoir Fort qui ne demande même pas l’avis aux citoyens pour prendre les mesures nécessaires ! C’est simple, tout le monde se prétend écolo, tout le monde prétend qu’il faille faire quelque chose pour sauver l’environnement, oui tout le monde dit tout le monde prétend, tout le monde dit, tout le monde prétend être écolo, mais dès qu’il s’agit de passer à l’action, il n’y a plus personne pour renoncer à quoi que ce soit ! Comme je le dis le plaisir est toujours vainqueur et en voici encore la preuve. Sur le Point un sondage demandant ceci « Faut-il interdire les allez-retours en avion sur un week-end ? » Résultats 43,3% de OUI et 56,7% de NON !!! Mais encore faut-il traiter les chiffres, vous réaliser quand même que plus de la moitié des français ne veulent pas renoncer à l’avion même pour 1 minuscule week end ? Même pour un voyage de 2 jours !!! Quand on sait le carburant que ça coûte par passager !!!

    1. (suite) Et les 43,3% de Oui j’imagine qu’ils sont prêt à interdire uniquement parce qu’ils ne prennent jamais l’avion qu’ils n’en ont pas les moyens et donc ce fut plus facile de cliquer Oui, car de toute façon ils ne renoncent à rien finalement ! Comme je l’ai mentionné une fois ici, si on devait faire une liste de renoncements de nos consommations, chaque individu désignerait des choses qui ne concernent que les autres mais pas soi. Il n’y a que ceux qui ne font jamais de moto qui diront de renoncer à la moto, ceux qui ne font jamais de sport d’hiver qui diront de renoncer au ski et à la motoneige, ceux qui n’ont pas de voiture qui diront de renoncer à la voiture, ceux qui ne prennent jamais l’avion qui diront de renoncer à l’avion, etc ce sera ce raisonnement et comme ça pour toujours les sujets de consommation…

      1. Esprit critique

        Plus de la moitié… 56,7% pour être précis, qui ne veulent pas renoncer à l’avion… et même pour un minuscule week end… Nom de Dieu !
        Et Toi tu le crois et tu répètes. D’abord «ton» sondage vaut ce qu’il vaut.
        Et puis ton interprétation ne vaut rien. Ce n’est pas parce que je ne prends jamais l’avion que je vais répondre OUI à ce sondage à la con. Ce n’est pas parce que je ne suis pas motard que je suis POUR interdire les motos. etc. etc. Mais bon, comme mon point de vue ne compte pas, on s’en fout !
        En attendant, des sondages à la con ce n’est pas ça qui manque. C’est ainsi que tu peux dire, et en même temps :
        – « 59% : c’est le pourcentage de personnes qui se disent prêtes à préférer le train à l’avion pour des raisons écologiques. » (lefigaro.fr 13/04/2019)

      2. Parti d'en rire

        59 % POUR et 56,7% CONTRE … y’a pas comme un truc qui cloche ?
        Mais non, c’est normal ! Déjà, se déclarer prêt ne veut pas dire qu’on le soit. Tiens ma femme par exemple, hier elle était prête aujourd’hui elle ne l’est plus. Misère misère !
        Par contre, à côté de ça (du grand n’importe quoi) il y a la réalité :
        – « 36% des Français prennent l’avion tous les ans» (2019- rapport de ONG britannique Possible)
        – « Aujourd’hui, il est aussi à noter que 20% des Français n’ont jamais pris l’avion. Il s’agit là des personnes les plus modestes.» (francetvinfo.fr 06/09/2019)
        Mais en fin de comptes t’as raison, encore faut-il traiter les chiffres.

    2. Coucou les khmers verts !

      Que ce soit pour prendre « les mesures nécessaires » (???) ou pas… « un Pouvoir Fort qui ne demande même pas l’avis aux citoyens »… on appelle ça une dictature.

      1. Oui c’est vrai ça s’appelle une dictature ! MAIS, soyons honnête par la démocratie, les individus ne consentiront aucun effort de manière consentie et auto-infligée ! JAMAIS ! Tout le monde se prétend écolo mais juste avec des mots ! JAMAIS écolo par la preuve par la démonstration par l’effort ! Jancovici parlait à ce que chacun fasse une liste de renoncements, mais comme je dis chacun renoncera à ce qu’il a déjà renoncé parce ça ne lui plait pas. Il n’y a que des non-motards qui marqueront sur la liste de renoncer à la moto, il n’y a que ceux qui n’ont aucun bateau qui diront de renoncer aux bateaux de plaisance, il n’y a que ceux qui ne vont jamais au sport d’hiver qui diront de renoncer au ski et à la moto-neige, etc etc ça sera pareil pour tout ! Il n’y a que ceux qui n’ont pas de voiture qui marqueront sur leur liste de renoncer à la voiture…

      2. AUCUN individu par la liberté ne fera un microscopique effort de renoncement de la taille d’un microbe ! Il n’y aura aucun effort ! Même Hulot n’en fait aucun c’est dire ! Il se gratte les orteils en buvant des cocktails sur des bateaux de plaisance ! Par la liberté il n’y aura aucun progrès de la taille d’un atome sur le plan écologique ! Donc on continuera de polluer et de dégrader l’environnement ! Jusqu’à l’épuisement des énergies fossiles ! Alors l’écologie on peut continuer d’en parler, car on ne fera que ça en parler, parler de la constatation des dégâts sur le plan environnemental et d’extinction d’espèce et puis c’est tout ! On ne se paiera que des mots ! Mais les maux on ne fera rien ! Parce que par plaisir les individus préféreront consommer toujours plus, bien au-delà de leurs besoins réels

      3. A propos de ressources, les gens n’en ont rien à foutre de se goinfrer quitte à priver de ressources les générations futures, y compris leurs progénitures ! Ils n’en ont rien à cirer de l’épuisement des ressources ! Déjà qu’ils se goinfrent à crédit en refourguant l’addition aux générations futures, puisque rien n’est fait pour réduire les dettes et les dépenses publiques ! Alors t’as beau geindre avec le mot dictature, mais que proposes tu d’autres comme solutions pour résoudre les problèmes environnementaux, les pollutions, les extinctions d’espèces ? HONNÊTEMENT ! Sans Force de loi, comment comptes tu t’y prendre ? Raconte moi tout ça ?

      4. Parti d'en rire

        Tu veux que je te raconte ? Eh ben voilà, écoute bien, prends des notes, et si besoin je te réexplique : Blablablabla et patati et patata !
        Tu l’as dit, On ne sait faire que ça. On c’est Toi, moi, Nicolas, Greta etc.
        Ah oui j’oubliais, pleurnicher : Ouin ouin ! Allo maman bobo !
        Blablater et pleurnicher ! Voilà donc ce que à quoi nous sommes con damnés, en attendant. Nous c’est Toi, moi, Nicolas, Greta etc.
        Tiens… on ne les entend plus ces deux là.

      5. Plus sérieusement … Pourquoi crois-tu que je refuse de prendre l’avion ?
        Et de m’offrir une belle bagnole, électrique, pour remplacer mon vieux tas de ferraille. Je te rassure, je ne dors pas sous les ponts. Et pourquoi tous les jours, je fais l’effort de me baisser pour ramasser les merdes que des sagouins balancent dans la nature ? Je te rassure, je ne suis pas payé pour ça. Je te rassure encore, je ne prends pas spécialement de plaisir à faire ça.
        Alors POURQUOI ?

      6. Ne t’inquiète pas, tu as déjà une dictature du type Cause toujours de la démocratie, dictature marchande qui poursuit la consommation de ressources naturelles à outrance ! Autrement dit cette dictature ne fera rien pour t’empêcher d’acheter ce que tu veux ! (hormis des armes qui pourraient compromettre cette dictature)… Tu peux toujours acheter des bateaux de plaisance inutiles et qui soient de plus en plus gros, des camping cars, des 4×4 et des SUV, des piscines, des voyages en avions pour un week end… Tout ça tu vas pouvoir en jouir encore quelques décennies… Bon après pour tes petits enfants, là je ne leurs garantis rien concernant ce pouvoir d’achat, je crois qu’ils devront digérer la misère, la pollution et les dettes de leurs aînés, non pas parce qu’une dictature leur aura imposé ce calvaire; mais parce que les déplétions de ressources s’en chargeront ! La folie de la liberté d’acheter tout ce qu’on veut ira jusqu’à son terme…

      7. Encore une fois tu ne réponds pas à la question pour faire diversion.
        Je te rappelle que le sujet c’est “devenir Écologiste, notre avenir commun”.
        Je te demandais POURQUOI. Et Toi tu répètes, en boucle, que jamais, au grand jamais, personne ne fera le moindre effort et n’acceptera de renoncer à quoi que ce soit. Sauf … à ce qui ne les con cerne et ne les intéresse pas.
        Et POURQUOI selon toi ? Tout connement parce que tout le monde s’en fout, le plaisir et patati et patata ! Explique-nous alors POURQUOI… certains, notamment des jeunes, renoncent à leur confort et à leur vie de petits bourgeois, ou à une belle carrière comme on dit, pour vivre dans la simplicité volontaire. POURQUOI ?

  2. Là encore Michel Sourrouille nous raconte ses souvenirs du Bon Vieux Temps.
    Des souvenirs qui personnellement me parlent. Seulement je doute que cette rhétorique soit globalement efficace. Je ne dis pas pour autant qu’elle pourrait être contre-productive. Encore faut-il avoir vécu le Bon Vieux Temps pour le regretter et vouloir le «retrouver».
    Les cueillettes de mûres, les escargots à dénicher, les jeux dans la nature, les cabanes, les parties de cartes et de rigolades le soir avec les voisins, la lenteur, la simplicité etc. etc. tout ça n’est pas gravé dans toutes les mémoires. Les jeunes notamment, n’ont pas vécu tout ça. Ils n’en ont aucune expérience, ils ne peuvent donc pas associer ce mode de vie à ce bonheur et cette joie de vivre que certains vieux cultivent, dans leur tête. Et très probablement qu’ils enjolivent et idéalisent, en même temps.

    1. De mon point de vue, Michel Sourrouille souffre bien plus de solastalgie que d’éco-anxiété. La solastalgie est une nostalgie. L’éco-anxiété… c’est l’anxiété.
      Ce n’est que récemment, en écoutant la radio (Fr. Culture : L’éco-anxiété, crise existentielle ou pathologie de l’époque ?) que j’ai appris la différence entre ces deux mots (et maux) à la mode.
      Concernant le réchauffement, la pollution, la dégradation de l’environnement etc. on raconte que les jeunes seraient plus inquiets, perturbés, anxieux etc. que les vieux.
      Anxieux quant à l’avenir. Leur avenir, bien sûr.
      Des études ont été faites, on a interrogé et écouté des milliers de jeunes… Et il en ressort qu’ils sont bien plus en colère qu’anxieux. Du coup des penseurs s’interrogent sur la pertinence du mot “éco-anxiété“… Et on se demande si “éco-colère“ ne serait pas plus juste…. Si j’osais… je leur proposerais “éco-connerie“. 🙂

  3. Votez Méluche

    « Je souhaite que vous compreniez le mot jusqu’au bout, car il n’y a pas d’avenir en commun pour les êtres humains sans tous les éléments qui constituent la biosphère. Il n’y a pas d’avenir en commun pour les êtres humains sans toutes les espèces animales et végétales qui ont permis l’émergence de la conscience. L’Avenir en commun est un projet global qui concerne tous les aspects de la biosphère et de sa conservation. Cet avenir en commun, cet intérêt général humain qui est appelé, c’est celui qui me permet de m’adresser à tous, en toutes circonstances.»
    ( L’Avenir en commun – Jean-Luc Mélenchon – éditions Seuil 2022 )

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