Voici ci-dessous quelques éléments de mon vécu en 1971…
Nous sommes en 2026 et j’ai la nette impression d’une profonde régression de la pensée humaine.
Michel Sourrouille
– Début février 1971, je note dans mon carnet : « Je peux dire sans beaucoup me tromper que si tous les budgets militaires depuis la nuit des temps avaient été consacrés à aider les humains au lieu de vouloir les détruire, il y aurait déjà un gouvernement mondial, une même langue, une même monnaie et une société où patrons et ouvriers marcheraient la main dans la main. »
– Désarmer doit être pour un pays une décision unilatérale. Si nous attendons que l’autre commence, nous pourrons toujours attendre longtemps. Tandis que si nous sommes désarmés, nous devenons un exemple de comportement.
– Si on nous attaque, il doit y avoir des raisons. Supprimons les raisons ! S’il y a attaque et qu’on nous envahit, faisons de la résistance passive. Notre exemple servira pour le futur.
– Nous n’avons jamais eu une seule raison valable de nous battre entre nations, tous les humains appartiennent à notre humanité commune, nous partageons la même terre, nous avons des intérêts communs.
– Mi-février 1971, Michel Debré m’apprend sans le vouloir l’existence des objecteurs de conscience lors d’un débat sur la patrie avec le communiste Jacques Duclos. « La patrie apporte la liberté par le suffrage universel : la liberté de la minorité de se plier aux exigences de la majorité (…) Les objecteurs de conscience ont de la chance qu’il y ait des patriotes », dit Debré. Duclos penche pour l’internationalisme des marseillaises, non pour le cosmopolitisme. J’en déduis que Duclos est pour une patrie rattaché à l’URSS et Debré pour la patrie du grand capital.
– Le refus de l’usage des armes est nécessairement un mouvement internationaliste ; le fait que le droit à l’objection ne soit pas reconnu dans un pays est une anomalie à combattre.
– Ma conscience ne me permet pas de vivre à l’intérieur d’une organisation appelée pudiquement « obligations légales d’activité « , armée qui ne permet ni l’amour de l’homme, ni la discussion, ni la non-violence. Or ma société me permet de vivre selon ma conscience ; que ma société fasse son devoir ! » (extraits de ma demande officielle pour être objecteur de conscience, 26 avril 1971).
– En juin 1971 Louis Lecoin, celui grâce à qui le statut d’objecter de conscience était devenu possible, meurt à 83 ans. Je fais passer un article dans Sud-Ouest, mais on a censuré ce passage : « C’est avec lui qu’on peut dire qu’un désarmement unilatéral donnerait à la France la meilleure place et la plus enviable dans la mémoire des hommes, de tous les hommes devenus citoyens égaux dans un monde sans frontières et à unique patrie. » Le journal a égrené le passé de Louis, mais n’a pas voulu aborder ce qui permettrait un avenir meilleur… La liberté d’exprimer ses idées est toute relative en France !
– J’écris au président du tribunal de grande instance : « Lundi 8 mai 1972, vous jugerez Jean Coulardeau, Odette Gaignard… pour incitation de militaires à la désobéissance, au renvoi et à la destruction de papier militaire et pour propagande en faveur du statut des objecteurs de conscience. Je proteste contre cette atteinte à la liberté d’expression car les inculpés ne font-ils pas autre chose qu’employer les mêmes « armes » que l’organisation militaire : incitation des civils à l’obéissance, incitation à l’adhésion aux buts militaires et propagande en faveur du statut de soldat. »
– Seule est vraie la parole qui mène aux actes.

Michel Sourrouille est un de ces utopistes comme je les aime bien.
Fidèle à ses idées, comme moi. Mais en plus est très actif, pas comme moi.
Je dirais même très combatif, sur tous les fronts à la fois. Mais sans violence, ça va de soi.
– « Si on nous attaque, il doit y avoir des raisons. Supprimons les raisons ! »
Sauf que la raison du plus fort est toujours la meilleure. L’agneau de la fable en a d’ailleurs fait les frais.
– « Seule est vraie la parole qui mène aux actes. »
Sauf que la vraie parole se heurte à la censure. Celle du journal Sud-Ouest n’étant qu’une parmi tant d’autres. Je comprends mieux pourquoi Michel Sourrouille est un grand défenseur de la liberté d’expression. Même si c’est pour raconter n’importe quoi. 🙂