Dilemme chez les étudiants des Grandes écoles

Face à l’urgence écologique, que doit-on faire quand on est dans une grande école ? Déserter ou agir de l’intérieur ? Des étudiants de plus en plus nombreux se posent cette question à l’ENA, Polytechnique, Ecole des mines, IPEF (ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts), Ecole nationale de la magistrature, etc.

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Marine Miller : « De l’intérieur, une nouvelle génération de hauts fonctionnaires « écolos » veut peser de tout son poids sur les politiques publiques de ces prochaines années, avec l’espoir d’imposer une forme de radicalité dans les rouages de l’Etat. Une fois à l’intérieur, armé et motivé, le chemin peut néanmoins se révéler sinueux.  Il y a ce qu’il est possible de faire à un niveau qui reste marginal, et la force psychologique qu’il faut posséder pour tenir à contre-courant. A extérieur, c’est pire. Les directeurs d’administration centrales sont des quinquagénaires qui perçoivent l’urgence écologique comme une variable parmi d’autres. Les jeunes le conçoivent comme un problème systémique. Lors de la dernière négociation de la politique agricole commune, les arbitrages pour la période 2023-2027 ont été très défavorables. Il y a une pyramide extrêmement verticale, chaque note est validée par dix personnes, et la position la plus ambitieuse finit par être réduite au plus petit dénominateur commun. Dans ce système décisionnel, il ne faut pas dire des choses dérangeantes. La dissonance cognitive règne en maître dans ce milieu. »

Le point de vue des écologistes

Les ingénieurs du futur devront créer des techniques qui prennent en compte les changements climatiques, la raréfaction des ressources, l’effondrement de la biodiversité. Autant dire que ça ne va pas se faire. Ce n’est plus de managers de haut niveau dont nous aurons besoin, mais d’artisans bien au fait des technique d’autant plus durables qu’elles seront rudimentaires. La distinction entre techniques douces et techniques dures (low tech contre high tech dit-on aujourd’hui) était connue depuis les années 1970.

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On a préféré complexifier toujours d’avantage les processus de production et les machines jusqu’à instaurer un système techno-industriel tellement imbriqué et fragile qu’il va s’effondrer avec l’épuisement des ressources fossiles. Dans cette période de transition entre la rupture et la prise de conscience, il y a une forte propension du système croissanciste à casser toute initiative ou proposition de changement, forçant ainsi toute personne en dehors du discours dominant à l’accommodation et/ou à la distanciation. Étudiant (e)s des Grandes écoles, vous ne pourrez rien faire de l’intérieur du système techno-industriel… mais agissez quand même ! L’important n’est pas de réussir, mais d’aller dans la bonne direction.

Lire, Ingénieur et écologiste, c’est incompatible

Lire, Les ingénieurs doivent démissionner (suite)

Lecteur, lectrice, soutiens Pour un réveil écologique,

le lobby auprès des grandes écoles et des entreprises.

https://pour-un-reveil-ecologique.org/fr/

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10 réflexions sur “Dilemme chez les étudiants des Grandes écoles”

  1. En 1889 Gustave Eiffel bâtit une tour en 2 ans pour symboliser le Progrès et la Croissance exponentielle pour tous, notre célèbre Tour Eiffel symbolise donc la réussite du Progrès et de la Croissance… Mais à partir d’aujourd’hui, suite aux déplétions de ressources toutes catégories, il y a un coup sévère et irréversible au Progrès et Croissance, puisque nous sommes déjà entré en Décroissance. Autrement dit puisque Progrès et Croissance sont associés alors ça veut dire que Décroissance et Régression sont tout autant associés ! En l’occurrence il va falloir changer de symbole à Paris, démonter la Tour Eiffel et recycler les métaux à des fins plus utiles.

    1. Mais surtout il faudra remplacer la Tour Eiffel par une autre symbolisant la Décroissance et Régression, ce qui veut dire qu’une figurine de 5 centimètres de haut de la Tour Eiffel sera le nouveau symbole qui sera beaucoup plus adapté pour représenter la Réussite de la décroissance et de la régression, la réussite de la transition écologique que nous devons effectuer ! Cette figurine aussi petite soit elle sera tout de même un grand phare pour l’humanité afin qu’elle réussisse elle aussi dans son ensemble sa transition écologique !

      Et oui mes chers ingénieurs et polytechniciens, il faut changer de Tour à Paris, et la redimensionner au nouveau paradigme économique et technologique qui nous attend et dont nous ne pouvons pas nous soustraire !

  2. « Ce n’est plus de managers de haut niveau dont nous aurons besoin, mais d’artisans bien au fait des technique d’autant plus durables qu’elles seront rudimentaires.  »

    Pourquoi que des artisans ? Dans un monde sans pétrole, sans gaz et sans nucléaire, les femmes vont devoir mettre la main à la pâte ! Bon alors mes chers écolo-féministes, ça va être super une France et même une Europe, sans énergies fossiles et sans nucléaire ! Ça veut dire qu’il va falloir beaucoup d’Artisanes aussi ! Autrement dit, faire le ménage sans machine et retour au balais et serpillère, vaisselle sans machine donc à la main, laver le linge sans machine à laver soit retour des lavoirs manuels. Quant aux vêtements, fini les soldes ! Le bon retour de la couture à la main avec peut-être une machine à coudre pour les plus fortunées d’entre vous, sinon le tricot fera aussi son grand retour !

    1. Fini les livraisons à domicile et se rendre en voiture dans un supermarché, il faudra faire ses courses à pied muni d’un panier en osier ! Quant aux bambins fini les couches pampers, il faudra laver à la main leurs couches en coton.

      Bon puis pour donner une dynamique à la croissance verte, vous avez eu le bon sens d’importer l’islam en France au nom de l’anti-racisme… J’ai cru entendre que ça donnait des raclées à leurs femmes, mais vous m’avez répondu que ce n’était pas vrai, que ce n’était qu’un phantasme et un cliché non fondé ! Mouais, je veux bien m’efforcer de vous croire mes chéries ! Je sens qu’elle va être belle votre mondialisation heureuse de multi-culturalisme ! Tellement heureuse que j’en ai déjà des rires de joie !

  3. Des jeunes polytechniciens « écolos » veulent changer l’Etat « de l’intérieur » (Le Monde)
    – « De l’intérieur, une nouvelle génération de hauts fonctionnaires « écolos » veut peser de tout son poids sur les politiques publiques de ces prochaines années [etc.]»

    J’aime bien les guillemets. Si Le Monde (Marine Miller) cherche à nous dire que cette nouvelle génération de polytechniciens et de hauts fonctionnaires qui croient pouvoir changer le monde ne sont que des rigolos… alors autant le dire comme ça. Seulement si moi je peux me permettre de le dire comme ça, d’autant plus que c’est, grosso modo, ce que je pense… et qu’en plus je me fous du politiquement correct… le quotidien des affairistes Niel-Pigasse et Kretinsky, lui, il ne peut pas se le permettre. ( à suivre)

    1. Parce que ça reviendrait tout simplement à dire : « Cause toujours tu m’intéresses ! Le monde est ainsi fait, et ce n’est pas vous, jeunes blancs-becs, qui allaient nous le changer. » Ce qui serait alors pris pour de la provocation, ce qui pourrait faire des vagues et qui sait, peut-être même une … révolution, on peut toujours rêver.
      Alors le truc consiste à traiter le sujet avec un article dans lequel chacun pourra y trouver son compte. Pure hypocrisie !
      ( à suivre)

      1. Je préfère de loin cette tribune de Benoit Halgand (Polytechnicien, militant écologiste) publié dans La Croix le 30/08/2022 :
        – « Jeune polytechnicien, je ne souhaite pas être un pion utile de ce système ».
        Déjà parce qu’avec ça chacun a déjà de quoi se faire une idée par lui-même de la sincérité de ces jeunes diplômés réellement préoccupés par ces problèmes.
        La question de leur naïveté n’est pour moi que secondaire. En attendant, si la dissonance cognitive règne en maître dans ce milieu… comme le dit si bien Marine Miller… hélas elle ne semble pas régner que là.

      2. – « Étudiant (e)s des Grandes écoles, vous ne pourrez rien faire de l’intérieur du système techno-industriel… mais agissez quand même ! L’important n’est pas de réussir, mais d’aller dans la bonne direction. » ( Biosphère )

        Oui. C’est finalement ce que je dirais moi aussi.

  4. Alors oui en définitive, les ingénieurs peuvent commencer à démissionner ! Ou alors rester ingénieur mais en Arts Mécaniques consistant à produire des technologies sans électricité et où la force motrice sera exercée par les bras et les jambes des européens et européennes (y compris pour leur machine à laver), ou éventuellement la force motrice produite par les animaux… GAME OVER pour les européens !

    1. Pas besoin, et heureusement, de sortir de Polytechnique pour faire tourner une machine à laver avec un vélo. Ni pour transformer une bagnole en charrette. Par conséquent, tout ce que tu nous racontes-là ne nous avance à rien pour comprendre ce dilemme chez les étudiants des Grandes écoles.

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