Jean-Baptiste Fressoz illustre le fossé idéologique qui existe entre les défenseurs des politiques climatiques et les tenants du productivisme : « Pour l’Amérique de Trump, l’annonce d’un pic de la demande de pétrole en 2030 est une trahison. »
En quoi une prévision peut-elle constituer une trahison ? D’autant plus que le pic de l’offre est déjà passé et cela, c’est une réalité biophysique.
Jean-Baptiste Fressoz : L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé que la demande mondiale de pétrole atteindrait probablement son maximum avant 2030. Autrement dit, demain ou presque. Dans sa logique, annoncer un pic de la demande revient à dissuader l’investissement dans ce secteur.
Pour l’Amérique de Trump, c’est le signe que l’AIE a trahi sa mission. Le sénateur républicain John Barrasso avait publié en 2024 un rapport accusant l’AIE d’avoir renoncé à sa mission historique – organiser la sécurité énergétique de l’Occident – pour se muer en ONG environnementaliste.. Pourtant, l’AIE est prudente. Elle ne prévoit pas un pic, mais un plateau très haut à 105,5 millions de barils par jour (Mb/j) à l’horizon 2030,
Le point de vue des écologistes
A l’horizon 2030, 105.5 millions de barils par jour (Mb/j), c’est 16.7745 milliards de litres. Pour une population mondiale estimée à 8,5 milliards en 2030, cela veut dire presque deux litres par jour et par personne. Au niveau des pays on prévoit 520 litres par an et par habitant en Chine contre 1 500 en France et 3 400 aux Etats-Unis. On circule avec du pétrole, on mange du pétrole, on plastifie grâce au pétrole… Sans pétrole, plus d’esclaves énergétiques, nous ne serons plus grand-chose, le chômage explosera…
Notez que le pic de la demande est surtout psychologique. Ce qui est déterminant, ce sont les quantités réellement offertes par les puits de pétrole, le pic de l’offre. La production mondiale de pétrole conventionnel (près des 3/4 de la production totale de pétrole) a déjà franchi ce pic en 2008 à 69 millions de barils par jour (Mb/j). Le pétrole non conventionnel, plus difficile et plus coûteux à extraire, ne fait que retarder l’échéance finale, la fin de la civilisation thermo-industrielle.
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Le pic pétrolier et le choc qui lui succède
extraits : Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les États-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. De nos jours, la problématique du réchauffement climatique et de l’extinction de la biodiversité ont occulté la prévision d’une pénurie énergétique à venir faite par l’ASPO. Il faudrait d’urgence réintégrer cette donnée dans nos raisonnements car la pénurie inéluctable de ressources fossiles donnera le signal de la mort de la civilisation thermo-industrielle…
Module sur le pic pétrolier… à diffuser
extraits : Voici une séance de formation à l’enjeu pétrolier
A) Commencez par un sondage avec 3 choix personnels possible :
1. baisser ou stabiliser le prix du carburant (c’était la méthode F.Hollande en 2012)
2. accepter une hausse (minime) de prix
3. programmer dans le temps une forte hausse avec intervention de l’Etat
Le résultat montre que la presque totalité du groupe sondé va choisir l’option 1. Il faut donc une démonstration argumentée sur le baril d’or noir, plus c’est rare, plus c’est cher…

– « Plus pervers que la désinformation. Le négationnisme est la pire des perversions. C’est la négation de faits bien établis […] Le négationnisme ressemble à de la désinformation, mais ça n’en est pas. Il existe entre les deux une différence majeure: la désinformation vise à modifier les perceptions du témoin, du porteur de mémoire, de la victime, en créant de la confusion ; le négationniste ne s’adresse pas à sa victime, mais à l’entourage de celle-ci. Son action vise à décrédibiliser le témoin aux yeux des tiers. […] Donald Trump sait qu’il ment et Joe Biden sait que Trump ment et sait qu’il ment. »
( En quoi Donald Trump est un négationniste – heidi.news 13 janvier 2021 )
– « […] une même information peut donner lieu à deux interprétations opposées […] »
(Le MONDE, dès le début de l’article)
Et encore quand ce n’est pas plus. Autrement dit, quand une même information peut donner lieu à tout et n’importe quoi en matière d’interprétations. Mais ça ce n’est que l’éternel problème de la communication :
– « Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre [etc.] » (Bernard Werber)
– « […] Pour l’Europe, c’est la confirmation que les politiques climatiques commencent enfin à produire des effets. Pour l’Amérique de Trump, c’est au contraire le signe que l’AIE, dont le siège est à Paris, a trahi sa mission fondatrice. » (Jean-Baptiste Fressoz)
Biosphère pose une question : « En quoi une prévision peut-elle constituer une trahison ? »
(à suivre)
(suite) Commençons par voir ce qu’est la Mission (fondatrice, historique) de l’AIE.
Pour ça Wikipédia fait très bien l’affaire, il nous résume vite fait son histoire. Fondée en 1974, ses 4 missions en 2019, etc. Et rien qu’avec ça, ON comprend de suite que les Trump, Barrasso et Compagnie sont restés en 1974. Ces malheureux se sentent donc cocus, ils ne supportent pas que l’AIE (elle-aussi) ait repeint sa vitrine en vert. C’est seulement ça qu’ils voient comme une trahison, pas autre chose. Quant à cette prévision, bien sûr elle ne va pas dans leur sens. Elle les agace, les défrise, et tout naturellement ils crachent leur venin.
Maintenant, peut-ON en déduire que les politiques climatiques commencent enfin à produire des effets (sic) ? À ce moment là, même si ON pouvait continuer comme ça, à pomper (Drill, baby, drill !) pour cramer autant, et encore plus… alors dans 50 ans ON pourra encore déduire la même chose.
Et toi c’est pour quand le dévoiturage ? Par ailleurs, il faudra réduire les dépenses publiques si on supprime le pétrole comme tu le souhaites, car avec plus de 80% de taxes sur le carburant qui rapportent plusieurs milliards chaque année à l’État, ce sera des recettes fiscales en moins, alors il faudra réduire d’autant les dépenses publiques !
T’en fais pas pour les plus de 80% de taxes sur le carburant qui rapportent plusieurs milliards chaque année à l’État, il suffira de mettre les mêmes sur le foin, la paille et l’avoine. Et deux fois plus sur le son. Et là en effet c’est pas bon pour toi. Je parle de ce qu’il te faudra raquer, bien sûr. Peut-être ne le sais-tu pas, mais les ânes adoooorent le son. Le son est d’ailleurs le super carburant pour faire hi-han, hi-haaaan !!! D’où l’expression faire l’âne pour avoir du son.
Depuis le 30 juillet, le Norvégien Vebjorn Bjelland Berg ne mange plus. Il a promis de recommencer à se nourrir si le premier ministre sortant, Jonas Gahr Store, favori des sondages, annonce la formation d’une assemblée populaire chargée de fixer le calendrier de la sortie des hydrocarbures. Sa demande est restée sans réponse.
Quelques petites formations ont beau réclamer la fin des activités d’exploration, les principaux partis – travaillistes, conservateurs et la droite populiste – s’y refusent. l’impôt sur la fortune, que les conservateurs veulent réduire de 90 %, tandis que les travaillistes promettent des aides supplémentaires pour les familles et les plus démunis…
Pour autant, remarque Oystein Olsen, ancien gouverneur de la banque centrale, « la plupart des Norvégiens sont conscients que le crépuscule approche pour l’industrie pétrolière et gazière. l’économie norvégienne les « symptômes d’une forme mutée de la maladie hollandaise », qui affecte les pays riches vivant d’une rente : le ralentissement de la progression de la productivité, la hausse des bénéficiaires d’une pension d’invalidité (ils représentent 10,5 % des 18 à 67 ans), mais aussi « la dépendance croissante aux revenus pétroliers pour financer les services publics et les dépenses gouvernementales.