Droite et gauche, société du risque ou société de pénurie

Stéphane Foucart l’écrit, la proportion de Français estimant que les expressions droite et gauche en politique ne veulent plus rien dire est passée en deux ans de 63 % à 73 %. Il ajoute que dans la « société du risque » (Ulrich Beck), une autre question survient. Ce n’est plus celle du partage des richesses créées par l’économie, mais celle de la répartition des risques issus de celle-ci*. C’est voir la préoccupation écologiste par le petit bout de la lorgnette. Le risque est devenu invisible, la pollution atmosphérique et le changement climatique, le risque d’effondrement issu de la complexité sociale, l’épuisement des ressources dans une société d’abondance, etc. C’est pourquoi la société du risque devient un système en péril.

En effet il y a une majorité de personnes qui n’envisagent que le court terme et les menaces visibles sur son pouvoir d’achat, le chômage, le montant de ses retraites, etc. Ces personnes sont bien représentées par les éluEs, droite et gauche confondues. De l’autre côté une infime minorité de personnes envisage le long terme et les mouvements structurels. Ces écologistes savent que nous avons dépassé les limites de résilience de la planète. Ils prévoient que l’ensemble de notre mode de vie est à revoir entièrement dans une société qui ne va plus être une « société du risque », mais une société de pénurie, de désordre social, de lutte pour s’accaparer les dernières « richesses » de la biosphère.

Il est vrai que le choix entre l’immédiat et le futur est d’ordre existentiel ; toute l’éducation contemporaine incite à une préférence pour le présent. Qui agit aujourd’hui dans l’intérêt des générations futures ? Presque personne ou presque. Qui pense à préserver la biodiversité, tout ce qui n’est pas à l’usage immédiat des humains ? Personne ou presque. Nous constatons qu’il en est malheureusement ainsi et qu’une telle attitude nous entraîne à toute vitesse vers un mur. Nous sommes en accord total avec cette conclusion de  Nicholas Georgescu-Roegen : « L’humanité voudra-t-elle prêter attention à un quelconque programme impliquant des entraves à son attachement au confort exosomatique ? (…) Peut-être le destin de l’homme est-il d’avoir une vie brève, mais fiévreuse, excitante et extravagante, plutôt qu’une existence longue, végétative et monotone. Dans ce cas, que d’autres espèces dépourvues d’ambition spirituelle – les amibes par exemple – héritent d’une Terre qui baignera longtemps encore dans une plénitude de lumière solaire ! »**

* LE MONDE du 19-20 janvier 2014, Une part de risque

** La décroissance (entropie, écologie, économie) (Sang de la terre, 1995 -1ère édition, 1979)

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