Dry January, janvier sans alcool, dur dur

L’opération « Janvier sec » ou « Dry January», qui consiste à suspendre sa consommation d’alcool pendant un mois, devait être soutenue par l’agence nationale Santé publique France, mais voilà que le vigneron triomphe : elle se fera sans l’État*. Macron ne veut pas de diète alcoolique, il est bien entouré. Désignée conseillère agriculture du président en mai 2017, Audrey Bourolleau a accompagné Emmanuel Macron tout au long de sa campagne. Mais elle était aussi déléguée générale de Vin & Société depuis 2012. Créditée pour avoir mené, en 2015, la dernière offensive victorieuse de détricotage de la loi Evin – les contenus consacrés au « patrimoine culturel, gastronomique ou paysager liés à une boisson alcoolique » ne sont plus considérés comme de la publicité mais comme de l’information ! La ministre de la santé, Agnès Buzyn, fait profil bas.

Paradoxe bien connu dans nos société marchandes, la contradiction ne fait pas peur. LE MONDE « science&médecine » du 22 janvier montre comment le lobby de l’alcool sape la prévention. Et le supplément « LE MONDE des vins » du 21 janvier était uniquement consacré à vanter les soirées alcoolisées, mais en bio s’il vous plaît : les promesses du bio, 75 flacon bons et bio à moins de 25 euros, et même l’appui de Mario Vargas Llosa « come une lange, le vin relie les hommes » ! Il est vrai que le Prix Nobel de littérature est aussi lauréat du prix littéraire Château La Tour Carnet 2019 : « Je ne consomme pas d’alcool fort. Mais je déguste seulement du rouge le soir, pas au déjeuner, sinon je suis paralysé et je ne peux pas travailler. Un jour, un médecin m’a recommandé d’arrêter l’alcool pendant un mois. Je lui ai avoué que je ne buvais que du vin. Cela l’a rassuré, et il m’a dit que ce n’était pas de l’alcool ! Je lui ai alors demandé ce qu’était le vin. Il m’a répondu : « C’est la civilisation. » Quelle civilisation ? C’est la marque de l’intoxiqué d’aimer la source de son addiction, surtout quand il est payé pour en faire la propagande, le prix était doté de 20 000 euros. .

C’est la marque de notre société marchande d’imposer ses produits mêmes toxiques aux consommateurs par différents moyens, politiques, publicitaires et agents de liaisons. Qu’elle dure un mois ou toujours, les alcooliers ne veulent pas de l’abstinence. Au cauchemar de la sobriété, ils préfèrent la « modération » toute l’année. Le détournement des repères par le lobbying viticole est d’autant plus lourd de conséquences que, depuis la fin des années 2000, les études scientifiques qui s’accumulent finissent de balayer le mythe des effets bénéfiques de l’alcool consommé avec « modération ». Face aux avancées de la science, tous les moyens sont bons pour ignorer les faits. Un éditorial de La Revue du vin de France vilipende les « associations hygiénistes qui font régner la peur en associant le vin à la mort et au cancer », n’hésite pas à parler de « camarilla prohibitionniste », de « censeurs », de « ligues de vertu », du « carcan mortifère de la loi Evin », qui encadre le tabac et l’alcool. « Il faut réagir, s’enflamme le directeur de la rédaction, cesser de financer ces associations parasites qui préconisent la ruine de notre secteur viticole, le reniement de notre culture. » Comment résister au déferlement de la haine quand on touche aux intérêt financiers ? Face au pouvoir de l’argent, la résistance n’est que symbolique, janvier sec, semaine sans écrans, lundi végétarien, etc. Mais ce n’est pas parce qu’on est minoritaire qu’on n’a pas raison. Le détournement des repères par le secteur est d’autant plus lourd de conséquences que, depuis la fin des années 2000, les études scientifiques qui s’accumulent finissent de balayer le mythe des effets bénéfiques de l’alcool consommé avec « modération ». L’alcool est la deuxième cause de mortalité prématurée évitable après le tabac. Vin, bière ou rhum : tous les alcools ont les mêmes effets. Pour en lire plus sur notre blog biosphere :

27 janvier 2019, Même le vin bio, c’est pas bien, c’est pas beau

13 février 2012, dur pour un écolo de refuser de trinquer ?

* LE MONDE du 22 janvier 2020, Comment le lobby de l’alcool sape toute prévention prônant l’abstinence

** LE MONDE du 21 janvier 2020, Mario Vargas Llosa : « Comme une langue, le vin relie les hommes »

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1 réflexion sur “Dry January, janvier sans alcool, dur dur”

  1. – « Paradoxe bien connu dans nos sociétés marchandes, la contradiction ne fait pas peur. »
    Certes, seulement ceci reste tout aussi vrai partout. Et de tous temps. On pourrait peut-être même dire, que l’humain se reconnait à ses paradoxes et ses contradictions.

    Ceci dit, mais quel est le sens de ce mois sans alcool ? Et de toutes ces journées «sans» (sans achats, sans voiture, sans ceci ou sans cela) ?
    Du cirque là encore ! Mais pour quelle raison devrais-je me priver d’un petit coup de rouge ou de pastis en janvier … et d’une côtelette d’agneau ou de porc un vendredi ? Mais nom d’un chien foutez-nous la paix avec ça ! Ne voyez-vous donc pas que nos libertés sont en train de fondre plus vite que la banquise ? Ne voyez-vous donc pas que les gens commencent à en avoir plus qu’assez de cette «écologie»-là ?
    Partant de là se pose la question de savoir si c’est bien d’aimer le cirque, ou pas. Et s’il est bon d’y participer ou pas. Et si oui… combien de fois par jour, par semaine et par mois etc. Et ceci afin de fixer la juste mesure qui nous dira comment con sommer le Barnum avec «modération».

    – «Même le vin bio, c’est pas bien, c’est pas beau». Mais nom d’un chien ! Et faire campagne pour Macron, pire s’allier avec lui, voter pour lui, au prétexte qu’il est le seul à pouvoir et patati et patata… comment faut-il appeler ça, déjà ? Et puis, c’est bio ça ? C’est bien, c’est beau ça… ou pas ?
    Mais il y en a marre qu’on nous dise de TOUS les côtés ce qui est bien, ce qui est bon ce qui est beau, ce qui est bêêêle et ce qui ne l’est pas. Mais nom d’un chien, laissez-nous picoler en paix !

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