Du ressenti au ressentiment , malheur !

Notre cerveau nous joue des tours, il recherche la simplification. Dans Séquence émotion. La France du ressenti, Gilles Finchelstein relie l’élection de tous les présidents de la République, de Jacques Chirac à Macron, à la concordance entre leur intuition et le ressenti des Français, équation éminemment politique. Car du ressenti au ressentiment, il n’y a qu’un pas. Un biais cultivé par l’extrême droite et par l’extrême gauche

Philippe BERNARD : Ressentir ce que l’on croit, plutôt que croire dans des faits qui nous dérangent. La tendance est perceptible partout. Les réseaux sociaux – dont les algorithmes sont conçus pour conforter les ressentis individuels – en rajoutent et, avec eux, la montée des identités et des émotions. De l’insécurité à l’école, de l’immigration au sentiment de déclin, la plupart des sujets brûlants du débat public ont été pris dans un tourbillon opposant la réalité au ressenti. Constater que les juges sont de plus en plus répressifs n’empêche pas la croyance dans le « laxisme de la justice ». Évoquer la massification de l’accès à l’enseignement supérieur ne tord pas le cou à l’idée selon laquelle « le niveau baisse ». Et lorsque l’institut Ipsos, en 2024, demande aux Français quel pourcentage d’immigrés compte la population de leur pays, ils répondent en moyenne 25 %, alors que la réalité est de 11,3 %.

Le point de vue des écologistes non émotif

Le décalage entre ressenti et discours dominant apparaît comme l’un des premiers carburants de l’extrême droite ET de l’extrême gauche. Le vote en faveur du Rassemblement National est considéré comme plus proche de son ressenti anti-immigré. Le vote pour Mélenchon est considéré comme plus proche de son ressenti anti-capitaliste. Mais sans accord sur la réalité des faits, comment dialoguer et coexister pacifiquement ?

Il faut lire le livre de Daniel Kahneman, Thinking, Fast and Slow, publié en 2011. La thèse centrale du livre est la dichotomie entre deux modes de pensée : le système 1 (rapide, instinctif et émotionnel) et le système 2 (plus lent, plus réfléchi et plus logique). De manière générale, le système 1 est le système de raisonnement utilisé par défaut, car il est le moins coûteux en énergie. Ce système cognitif fonctionne de manière automatique, intuitive, rapide et sans effort. Le système 1 recherche ensuite avant tout des éléments qui viennent étayer sa vision préalable du monde : « Seul compte, ce qui est connu. » Le système 2 nécessite une certaine concentration et une certaine attention de la part de l’individu. Il intervient dans la résolution de problèmes complexes, grâce à son approche plutôt analytique.

Chaque individu est doté d’un certain niveau de concentration et de paresse intellectuelle. Mais si le système 1 est plus confortable, il est victime de biais de raisonnement. Bien souvent, les vainqueurs d’une élection sont ceux dont le visage suscite le plus d’émotions positives !

Sur ce blog, nous faisons appel au système 2. Nous passons beaucoup de temps à essayer de collecter les faits sur les sujets qui concernent l’avenir de notre société. Mais nous voyons bien dans les réactions de la plupart de nos commentateurs qu’ils se situent plutôt dans le ressenti, voir le ressentiment et l’idéologie. Au niveau collectif émerge une « dictature des ressentis » qui conduit à des jérémiades narcissiques sur l’âge de la retraite et le prix de l’essence. Le populisme de l’extrême-droite fait appel au système 1.

Si chacun d’entre nous possédait tous les éléments de la réflexion, alors nous pourrions arriver collectivement à un consensus acceptable sur la société la plus désirable. Les conditions pour y parvenir :

– avoir une maîtrise de ses affects, de ses sentiments personnels, de ses préjugés et a priori.

– avoir le temps de la réflexion.

– avoir des connaissances de base en matière de mécanismes économiques, de sociologie, d’écologie, d’histoire…

– avoir la capacité de se remettre en cause, ce qui nécessite une prise de distance avec soi-même.

– avoir une écoute de l’autre, être ouvert à une argumentation différente de la sienne.

– adopter la démarche scientifique « l’hypothèse reste vraie, mais tant qu’on ne m’a pas démontré le contraire ».

– chercher à approfondir ses connaissances par le choix de ses lectures, de sa fréquentation des médias.

– ne pas être prisonnier de sa fonction sociale (son métier, ses responsabilités familiales ou politiques…), être libre.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Le sentiment qui m’habite, c’est l’angoisse

extraits : « Le sentiment qui m’habite, en vérité, et qui habite plein de gens, c’est l’angoisse : quel monde terrifiant va-t-on laisser à nos enfants ? » Les anti-écolos qu sévissent dans les médias devraient méditer un peu plus cette phrase de Ruffin. De source sûre depuis le rapport sur les limites de la croissance en 1972 et toutes les études scientifiques qui, depuis, ont confirmé le mauvais état dans lequel nous mettons la planète, tout le monde devrait savoir que ce monde thermo-industriel court à sa perte. Les illusionnistes anti-écolo ne font qu’accélérer un peu plus la vitesse à laquelle on fonce vers le mur. Voici quelques textes récents de référence….

Le sentiment d’insécurité partagé par le PNUD

extraits : Le sentiment d’insécurité repose sur une combinaison de facteurs, tels la peur de ne pas pouvoir se nourrir, de perdre son emploi, d’être confronté à des attaques terroristes… Les gens craignent aussi bien pour le présent que pour leur futur. L’indice de « perception de la sécurité humaine » combine 17 variables couvrant les insécurités liées aux conflits violents, les insécurités socio-économiques… aux niveaux personnel et communautaire. Il révèle que ce sentiment touche aussi bien les pays aux économies développées que les pays en voie de développement. « Même dans les pays avec des indices de développement élevés, trois personnes sur quatre se sentent dans l’insécurité….

Écologie, culpabiliser pour ressentir la culpabilité

extraits : De plus en plus de Suédois commencent à ressentir la « honte de voler » en avion. Ce sentiment de culpabilité nous semble tout à fait normal rationnel, moralement nécessaire, et même inéluctable. C’est le contraire, vouloir « voler sans entraves », qui nous semble absurde à l’heure de la déplétion pétrolière et du réchauffement climatique. Cette intériorisation des contraintes à s’imposer sur soi-même ne relève pas du « péché » à la mode catholique, mais d’une conséquence logique d’une réalité biophysique. Il ne s’agit pas de penser en termes d’écologie punitive, mais d’écologie réaliste. Mais comme les humains sont trop souvent soumis à la force des habitudes, cela demande un effort sur soi quand le voyage en avion est devenu la norme de son milieu social…..

11 réflexions sur “Du ressenti au ressentiment , malheur !”

  1. Post de Luc Michel

    – « Du ressenti au ressentiment…
    Le passage de l’un à l’autre est une dérive psychologique et philosophique où une émotion immédiate bascule dans une amertume durable, parce que la conscience n’arrive pas à intégrer l’expérience et finit par cristalliser le ressenti dans le ressentiment.
    En d’autres mots: une blessure qui, au lieu d’être traversée et digérée, devient le moteur d’une rancœur persistante. […]
    Croire son ressenti, plutôt que croire dans des faits qui nous dérangent, décider de vivre dans un monde où une chose est jugée vraie ou fausse en fonction uniquement de ce qui nous ressentons (ce qui nous arrange ou non) rend impossible le vivre ensemble. […] »
    ( Du ressenti au ressentiment… linkedin.com › posts il y a 5 jours )

  2. esprit critique

    – « Le populisme de l’extrême-droite fait appel au système 1. [etc.] »

    Les bien-pensants d’extrême-droite diront que celui de l’extrême-gauche, et de la gauche en général (qui comme ON sait regroupe tout ce qui est à gauche de l’extrême-extrême-droite) fait appel au Système Zéro. Autrement dit, plus nul que le populisme de gauch(iass)e tu meurs.
    Pour moi, le populisme est le propre de TOUTE la classe politique. Je ne connais aucun politicard qui néglige les bas instincts (la connerie) de la Populace. Quand ce n’est pas pour brosser le gros animal dans le sens du poil (exemple : Les Français ne sont pas des imbéciles), c’est toujours pour parler à ses tripes. (exemples : Nous sommes les champions, soyons fiers d’êtres français ! Nous sommes en guerre, tremblez braves gens !)
    Et qui d’autre qu’un politicard pour abuser encore plus de la connerie du con-sot-mateur ?
    Les marchands bien sûr. Et pas seulement de salades. (Parce que je le veau bien !)

    1. esprit critique

      Si chacun d’entre nous possédait tous les éléments de la réflexion (sic Biosphère)… alors nous vivrions sûrement dans un autre monde. Le monde idéal, c’est pas dit.
      Quoique… La réflexion est une chose importante, certes, seulement elle ne fait pas tout. Il y a aussi les valeurs. Et les valeurs… ça va, ça vient.
      Avoir une maîtrise de ses affects, de ses sentiments personnels, de ses préjugés et a priori… avoir le temps de la réflexion… avoir des connaissances de base en matière de mécanismes économiques, de sociologie, d’écologie, d’histoire… etc. etc. S’il ne s’agit que de remplir ces 8 conditions…, alors l’IA devrait nous conduire au Meilleur des mondes.

  3. Système 2 et système D

    – « Sur ce blog, nous faisons appel au système 2. Nous passons beaucoup de temps à essayer de collecter les faits sur les sujets qui concernent l’avenir de notre société. »

    Mis à part que pour exprimer notre ressenti, euh pardon point de vue, nous sommes limités en nombre de caractères. Mais bon, ça ce n’est pas bien grave, je m’en démerde très bien.
    Tiens la preuve ! 🙂 🙂 🙂 LOL et MDR !!!

  4. La surpopulation est un ressentiment matérialisé par une ddm élevée
    ( 70 000 000 habitants / 55 0000 km2 )= 127 hab / km2 , ce qui est très excessif et donc un fait avéré

    1. esprit critique

      – Du ressenti au ressentiment , malheur ! (titre Biosphère)

      Si déjà ON confond ressenti et ressentiment… alors ON est mal barré. La surpopulation (l’idée de) est d’abord un ressenti. Un sentiment (une impression), purement subjectif.
      127 nudistes sur un 1 km2 de plage… certains diront qu’il y en a trop, et d’autres pas assez. Où est la juste mesure là-dedans ? Pas dans la moyenne en tous cas. Et moi je ne demande qu’à voir. Parce que là aussi il y a nudiste ET nudiste. Des beaux, des laids, des belles, des moches et j’en passe. Et moi quand il s’agit de voir des belles choses, je ne compte pas. Bref, avérée (matérialisée) ou pas, la surpop n’est pas un ressentiment. La chaleur, le froid, non plus. Par contre l’aigreur, la haine, que ce ressenti provoque chez certains… ça c’est le ressentiment. Et c’est de ça dont ON crève.

  5. Français de papier

    « quel pourcentage d’immigrés compte la population de leur pays, ils répondent en moyenne 25 %, alors que la réalité est de 11,3 %. »
    D’ où proviennent vos chiffres ? Issus d’ une statistique churchilienne : celle à laquelle seuls les mondialistes immigrationistes croient et qu’ ils ont eux-mêmes falsifiée
    La Population immigrée donnée par les mondialistes falsificateurs n’ inclut pas les Français de papier dûment naturalisés et le chiffre de 25% me semble réaliste

    1. semblant de réalisme

      – « [blablabla] le chiffre de 25% me semble réaliste »

      C’est bien ça, il vous semble.

  6. Mon ressenti

    C’est trop cher, c’est une honte. Il fait trop chaud, c’est insupportable.
    Il y a trop de monde, c’est invivable. Trop nombreux au Sud, c’est ingérable.
    Trop de cons au Nord, c’est encore pire. Trop à droite, trop à gauche, tous des menteurs, tous des voleurs, tous pareils. Marine LP à gauche, Méluche à l’extrême gauche, et Moi à l’Ouest !
    Finalement tout et n’importe quoi n’est qu’une question de ressenti.
    Une affaire purement subjective, strictement personnelle donc.
    Et peu importe alors la juste mesure. Parce que je le veau bien !
    – Évolution historique de l’usage du mot « ressenti » depuis 1800 (lalanguefrancaise.com)

    Alors bien sûr, du ressenti au ressentiment il n’y a qu’un pas.
    Et comment pourrait-il en être autrement ?

    1. Parti d'en rire

      Je ne sais plus qui, me disait… qu’une idée claire s’exprime en peu de mots.
      Et c’est sûrement parce qu’ils ont les idées parfaitement claires que les branchés s’expriment par textos. Deux ou trois mots, et autant de fotes d’hortograf, sans oublier le smiley qui va bien, ça c’est le Top. Je me demande alors pourquoi certains ils se décarcassent à écrire des bouquins.
      Selon Daniel Kahneman il y aurait donc deux modes de pensée, le Fast et le Slow.
      Moi j’adooore tout ce qui est binaire, simple, simpliste. Plus simplet que moi tu meurs.
      Moi j’adooore le slow. Mais pas trop lent non plus, juste ce qu’il faut.

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