D’une définition de l’écocide à une application pénale

En Inde, en Chine ou à Madagascar, LE MONDE* a traqué cinq écocides, des crimes contre la nature. Le premier volet est consacré au bolabola, l’arbre qui saigne, le bois de rose. Les termes sont forts, « écocide » à l’image du génocide, « crimes contre la nature ». Mais le droit pénal contre la criminalité environnementale est encore dans ses limbes. Un colloque dans l’auditorium du MONDE aura lieu le mercredi 11 février et devrait déboucher sur 35 propositions juridiques qui sera remis à la garde des sceaux, Christiane Taubira. Il s’agit de formaliser deux projets de conventions internationales destinées à faire bouger l’arsenal juridique mondial
En avril 2010, l’avocate Polly Higgins a déposé officiellement le concept d’écocide auprès de la commission des lois des Nations unies. Son idée : en faire le cinquième crime international contre la paix, qui comprend déjà le génocide, le crime contre l’humanité, le crime d’agression et le crime de guerre. La définition de l’écocide : « Des dommages extensifs ou la destruction d’un écosystème d’un territoire donné ». Depuis le professeur de droit Laurent Neyret a théorisé ce concept. Reste la mise en pratique, le plus difficile. Tant qu’une clientèle acceptera de payer le kilo de poudre de corne de rhinocéros 70 000 dollars (soit deux fois et demie plus cher qu’un kilo de cocaïne, 28 000 dollars), il y aura toujours des trafiquants pour abattre cet animal, même si c’était le dernier de son espèce. « High profit, low risk » ! Si vous êtes pris avec un kilo de cocaïne aux Etats-Unis, vous pouvez écoper de dix ans, avec un kilo de poudre de rhinocéros, vous risquez un an. Le Programme des Nations unies pour l’environnement vient d’annoncer que 100 000 éléphants avaient été tués en Afrique depuis trois ans pour leurs défenses. Le chiffre d’affaires du commerce illégal de bois est estimé entre 30 et 100 milliards de dollars. La pêche illégale rapporte aujourd’hui 23 milliards de dollars par an.
Pour en lire plus sur la destruction de la nature :
2012 Sommes-nous tous voués à disparaître ? d’Eric Buffetaut
2012 La grande amnésie écologique de Philippe J. Dubois
2011 Plus un poisson d’ici 30 ans ? (surpêche et désertification des océans) de Stephan Beaucher
2010 philosophie de la biodiversité (petite éthique pour une nature en péril) de Virginie Maris
2006 Un éléphant dans un jeu de quilles de Robert Barbault
2004 Vers l’ultime extinction de Philippe Dubois
1965 Avant que nature meure de Jean Dorst
1949 La planète au pillage de Fairfield Osborn
N’attendez pas de la lente évolution de la loi et de ses applications encore plus vacillantes une solution à la chute de la biodiversité. Engagez-vous personnellement dans une association de protection de la nature.
* LE MONDE du 25-26 janvier 2015, Sur la piste des mafias de l’environnement

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2 réflexions sur “D’une définition de l’écocide à une application pénale”

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