Écologie de rupture contre écologie émancipatrice

Sur une liste de réflexion pour écologistes, deux points de vue opposés.

Christian O…. : De l’écologie coercitive à l’écologie émancipatrice

Les échanges sur l’écologie mettent en lumière un risque réel : celui d’une “écologie de rupture” qui, sous couvert d’urgence, glisse vers une gestion autoritaire des populations. C’est une logique malthusienne qui réduit les êtres humains à des chiffres, comme si la solution se trouvait dans un contrôle démographique brutal plutôt que dans une transformation des conditions de vie.

Or, si l’on observe l’histoire des sociétés, le nombre d’enfants n’est pas d’abord une donnée technique à réguler. Comme l’a noté Wolf, il traduit une envie de vie, mais aussi une réponse aux pressions sociales, culturelles et religieuses. Là où les femmes (et les familles) disposent réellement d’une liberté de choix, là où les conditions d’existence sont dignes et stables, la natalité évolue d’elle-même sans qu’il y ait besoin de coercition.

C’est pourquoi toute approche strictement “gestionnaire” est vouée à l’échec. Elle oublie que la démographie est une conséquence civilisationnelle et non une variable que l’on tire à volonté. Face à cette tentation autoritaire, on peut proposer une autre voie, fondée sur trois étapes simples et universelles :

  1. Reprendre pied – garantir à chacun les conditions élémentaires pour vivre dignement (logement, sécurité, soins, éducation). Sans ce socle, aucune liberté réelle n’existe.
  2. Construire ensemble – permettre aux communautés locales de créer des projets partagés (jardins collectifs, coopératives, espaces communs). C’est là que se tisse la confiance et la capacité d’agir collectivement.
  3. Se relier aux autres – mettre en réseau ces initiatives pour dépasser l’isolement et ouvrir des horizons plus larges (solidarités intergénérationnelles, alliances internationales, plaidoyers communs).

Ce cheminement n’est pas une utopie abstraite, mais une façon concrète de transformer la société sans sacrifier les générations futures. Il appelle une métamorphose du contrat social : plus d’espace pour l’usage, l’échange, le partage, et sans doute d’autres formes de solidarité encore à inventer.

En somme, plutôt qu’une écologie punitive qui rationne la vie, il s’agit d’une écologie émancipatrice, qui libère les capacités créatives et relie les êtres humains entre eux et avec leur milieu.

Michel S. en réponse à Christian O….

Contre les illusions d’une « transition » écologique facile et sereine, quelques conseils aux écologistes

– éviter la pente glissante qui accuse à tort tout radicalisme de vouloir un totalitarisme ou un contrôle brutal.

– S’interdire de parler d’écologie coercitive ou punitive, c’est le vocabulaire des tenants du système thermo-industriel.

– Montrer que la rupture écologique est obligatoire puisqu’on a dépassé les capacités du système Terre.

– Pourfendre l’idée d’une « transition » écologique qui se passerait comme par enchantement (par miracle technologique, etc).

– Se dire malthusien, un précurseur de l’écologie qui a montré qu’on ne peut impunément avoir une population qui excède ses ressources.

– Diffuser l’équation IPAT qui montre que la maîtrise de la démographie s’accompagne nécessairement de la sobriété consumériste et technologique.

– Faire des louanges de la baisse de fécondité sans se soucier du vieillissement de la population.

– Faire connaître les ginks, refus volontaire d’enfants pour des raisons écologiques.

– Montrer qu’aucune liberté n’est possible si on n’a pas la capacité de résister, être casseur de pub ou objecteur de conscience par exemple.

– Défendre l’idée des communautés de résilience, pour une autonomie alimentaire et énergétique locale.

– Savoir qu’au delà d’un groupe de plus de 150 personnes, on n’a plus le sentiment d’être relié aux autres, on a besoin de chefs plus ou moins représentatifs.

– Se méfier des discours d’émancipation sociale sans avoir à faire des efforts personnels, si ce n’est des sacrifices comme par exemple ne pas partir en vacances…

Dans la situation actuelle (aliénation des foules et impuissance de l’écologie institutionnelle), des mouvements comme les soulèvement de la Terre sont les seuls signes actuellement de la mise en œuvre d’une nécessaire écologie radicale (qui prend les choses à la racine), c’est-à-dire une écologie de rupture d’avec les mécanismes croissancistes…

3 réflexions sur “Écologie de rupture contre écologie émancipatrice”

  1. – « L’écologie ça commence à bien faire ». (Sarkozy en 2010)

    Et 15 ans plus tard, je vous dis pas !!! Ou plutôt si, je vous dis.
    Alors le voici, mon point de vue, de quoi peu importe. Première chose, aujourd’hui tout le monde est écolo. Et ça c’est formidable ! Faut dire que tout le monde s’est appliqué pour qu’il en soit ainsi. Aujourd’hui des zécologies il y en a pour tous les genres et tous les goûts !
    Entre l’institutionnelle, la pragmatique, la superficielle, la réelle, la véritable, la punitive, à ne pas con fondre avec la radicale, encore moins avec l’intégrale, rien à voir avec l’intégriste, sans oublier bien sûr la seule qui vaille, l’unique, la Vraie, la pure, la dure, la profonde, dite aussi de rupture et j’en passe… comprenne qui pourra.
    Mon dieu quel bordel ! Et quel que soit le côté où ON aborde le sujet, ou la question, ou tel ou tel problème, c’est toujours le même cirque. (à suivre)

    1. (suite) Le même cirque, notamment sur ce blog, Biosphère. Qui reste une drôle de référence pour des millions d’écolos en formation. Ou déformation peu importe.
      Hier Bernard S fait l’effort de nous présenter son écologie «réelle-véritable»… et comme il se doit Biosphère démolit tout ça, vite fait bien fait. Et il nous «démontre» que ce n’est là qu’une écologie superficielle à en pleurer (sic). Tout le contraire donc de la sienne, qui reste une écologie de rupture profonde à mourir de rire.
      Aujourd’hui Christian O essaie de nous parler de son «émancipatrice»… et rebelote ! Biosphère se doit là encore de conseiller (éclairer ou enfumer peu importe) les innombrables* zécologistes qui le badent.

      * Trois pelés et un tondu pour être plus précis.

      1. Bonjour « parti d’en rire »
        Constater que ce blog qui a plus de 20 années d’existence attire encore peu de monde est une évidence, l’approfondissent de la réflexion est la chose la moins partagée.
        C’est vrai à toutes les époques, rares étaient les philosophes et rares leurs disciples depuis la Grèce antique. Aujourd’hui cette ignorance est accentuée par les réseaux sociaux, les influenceurs qui brassent du vent attirent des millions d’adeptes du vide intellectuel. On préfère, à la recherche de la sagesse, la société du spectacle et du consumérisme,…
        C’est pourquoi il est d’autant plus nécessaire de faire circuler les idées à approfondir, la trace historique en sera infime mais elle a le mérite d’exister…

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