L’éducation des enfants a pour finalité d’en faire, non pas des citoyens obéissants, mais des citoyens responsables, capables d’apprécier et de juger les normes et valeurs à laquelle la société leur demandera d’obéir. En clair, les enfants doivent savoir désobéir à un ordre injuste, quel que soit celui qui le leur demande, un parent, un enseignant, l’Etat.
(Re)lisons le petit livre rouge des écoliers et lycéens de 1969. Extraits, le livre fait 190 pages.
Etienne Bolo dans la préface : Les adultes ne sont pas tout-puissants pour la bonne raison que très souvent ils n’ont même pas le pouvoir de modifier leur propre situation ou d’agir comme ils le voudraient. Et ce sont les enfants et les jeunes qui paient l’addition. Nous parlons dans ce petit livre de tous les sujets qui ont de importance quand on va en classe.
L’enseignement
Beaucoup de professeurs (pas tous) pensent que ce serait une perte de temps bien inutile que de permettre aux élèves d’apprendre des choses par eux-mêmes. Beaucoup estiment aussi qu’il est bon qu’une partie du travail qu’ils donnent aux élèves soit ennuyeuses. Comme ça, pensent-ils, les élèves appendront très tôt que la vie est pleine d’obligations bien ennuyeuses. Ces professeurs se trompent. Mais pour apprendre quelque chose, il faut premièrement que tu fasses un effort. Deuxièmement que tu disposes autour de toi les moyens pour faire cet effort. Tout ce que tu sais, c’est toi et toi tout seul qui l’a appris. La seule façon d’apprendre comment distinguer le vrai du faux, c’est de pouvoir le découvrir soi-même par l’expérience. La plupart des professeurs veulent que vous vous sentiez bien en classe, parce qu’alors, eux aussi se sentent bien. Si vous trouvez qu’un de vos professeurs n’est pas très doué pour l’enseignement, il faut que vous l’aidiez à améliorer ses façons de faire.
Si on te donne un devoir, ce n’est pas pour que tes parents t’aident à le faire. Tu peux réunir quelques camarades et faire les devoirs ensemble. S’il y a quelques chose que tu ne sais pas faire, ne le fais pas. Et le lendemain, n’hésite pas à dire à ton professeur pourquoi tu n’as pas pu faire le devoir. Si vous voulez établir un vrai programme de travail, consultez d’autres livres et laissez-vous aussi inspirer par le monde qui vous entoure. Beaucoup de professeurs n’ont fait autre choses pendant toute leur vie que de fréquenter des écoles, d’abord comme élèves, puis comme étudiants, ensuite comme professeurs ; ils ignorent l’essentiel du monde qui les entoure. Ce sont des spécialistes dans une branche déterminée du savoir. Ils ne savent pas grand chose sur l’art d’enseigner.
Les relations entre jeunes et adultes ne sont vraiment positives que lorsque les uns et les autres peuvent s’influencer et s’enseigner réciproquement. Servez-vous du journal de l’école. Les actes influencent plus que les paroles.
Les camarades
Tu rencontres toutes sortes de camarade. Il y en a à qui on peut faire confiance, et d’autres qui trahissent leurs promesses. Il y en a qui ont toujours de bonnes idées et d’autres presque jamais. Sais-tu que tu es influencé par tes camarades. Tu as le droit de développer ta personnalité en suivant ta propre voie. Tu es quelqu’un, tu peux apprendre des autres et les autres peuvent apprendre de toi.
Il faut que tu saches que quelqu’un ne peut rester un leader qu’aussi longtemps que tu le reconnais comme tel. Deviens ton propre leader.
L’intelligence
On croyait que tous les gens naissent avec une certaine dose d’intelligence qu’ils gardaient jusqu’à la fin de leur vie. C’est absurde. Des vrais jumeaux sont parfaitement égaux génétiquement. Mais s’ils sont élevés par des personnes différentes, ils n’auront pas la même intelligence. Personne n’est mauvais en tout. Mais les méthodes employées à l’école favorisent les enfants appartenant à des milieux déjà favorisés. On peut avoir une intelligence scolaire, c’est-à-dire réussir en classe, mais être bête dans les activités extra-scolaires qui sont pourtant le tissu de la vie quotidienne.
Pour changer l’école, il faut changer la société. Pour changer la société, il faut changer l’école. La moindre chose que nous changeons dans l’école peut avoir des répercussions dans la société. La moindre chose que nous changeons dans la société peut avoir des répercussions dans l’école. Pour changer quelque chose, transformer le monde, n’oublie pas qu’il faut commencer par agir là où tu te trouves.
Pour aller encore plus loin
Tous les enfants de France devraient connaître la Déclaration des 121 sur le droit à l’insoumission en 1960 dans la guerre d’Algérie ou le Manifeste des 343 en 1971 pour légaliser l’avortement. La désobéissance civile est la respiration de la démocratie. Le problème de nos sociétés pseudo-démocratiques, en fait soumises aux diktats de l’économie, c’est qu’il faudrait pratiquement désobéir à tout. Non seulement désobéir aux OGM ou à la publicité…, mais désobéir aussi aux petits chefs dans les bureaux, à la consommation de masse, à la société du spectacle, au productivisme, au populationnisme, à la mondialisation, etc. Autant dire que les enfants ont beaucoup à apprendre de ce qu’il faudrait faire…
La désobéissance civile sur notre blog biosphere
7 janvier 2023, L’urgence écologique entraîne la désobéissance civile
19 décembre 2022, Le pourquoi de la désobéissance civile
1er octobre 2022, La désobéissance civile des scientifiques
26 septembre 2021, Formations à la désobéissance civile NV
19 mai 2021, 29 mai, formation à la désobéissance civile
9 février 2021, Tout savoir sur la désobéissance civile
15 octobre 2019, Pour ou contre la désobéissance civique
19 septembre 2019, José Bové, désobéissance civile ou civique ?
1er octobre 2019, Biosphere-Info, la désobéissance civique (SYNTHÈSE)
2 juin 2018, Violer une centrale nucléaire, une très bonne action ?
2 juin 2016, À lire, La désobéissance civile (H.D.Thoreau, 1849)
22 mai 2014, La désobéissance s’apprend, savoir déterminer l’injuste
26 juin 2012, Devenons casseurs de pub, soutenons les déboulonneurs
24 janvier 2012, Devenir activiste avec Greenpeace
4 octobre 2011, fauchage des OGM, obscurantisme ou démocratie ?
14 septembre 2011, appel à la désobéissance généralisée
17 septembre 2010, ne pas confondre désobéisseur et désobéissant !
29 avril 2007, Collectif des déboulonneurs

– « L’éducation des enfants a pour finalité d’en faire, non pas des citoyens obéissants, mais des citoyens responsables [etc.] »
Je suis bien sûr d’accord avec tout ce que développe ensuite Biosphère.
Je m’arrête juste sur ce « citoyen obéissant » et ce « citoyen responsable ».
Pour moi… le premier est un oxymore, et le second un pléonasme.
Comme tant d’autres, « citoyen » est un mot polysémique. Un seul terme… mille sens !
– Les mots polysémiques : quand un seul mot veut tout dire (festivaldumot.fr 31 janvier 2026)
– « Citoyen, n.m. Terme d’antiquité. Ce mot n’a jamais eu de féminin. Il n’a d’usage moderne que pour les ironistes conscients, politiciens ou non, et pour les imbéciles. Quelques bavards de réunion publique poussent la plaisanterie jusqu’à appeler leurs auditrices : citoyennes. La plaisanterie n’est pas beaucoup moins forte d’appeler citoyen n’importe quel homme d’aujourd’hui. Il arrive à tel orateur érudit de citer le mot d’Aristote : « Le citoyen se doit à l’Etat ».
Les pauvres gens qui font usage de l’argument d’autorité ont le droit de s’appuyer sur cette parole d’Aristote à peu près comme le naturaliste qui décrit le lézard a le droit de le comparer au plésiosaure. Le citoyen est une espèce qu’Aristote a connue mais qui est disparue depuis longtemps.[etc.] »
(Jacques Élie Henri Ambroise Ner, dit Han Ryner (1861-1938) dans l’Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure)
En attendant que la suite arrive (encore coincée quelque part), au sujet de ce fumeux citoyen… je me rends compte à l’instant que j’ai déjà dit exactement la même chose le 19 décembre 2022 à 09:41 sur “Le pourquoi de la désobéissance civile” (article en lien).
Comme nous sommes bien obligés de faire avec les mots dont nous disposons… mieux vaut toujours veiller à ce que nous parlions bien de la même chose. Et ce au sujet de tout et n’importe quoi. Sinon c’est la porte ouverte à la Confusion et au grand n’importe quoi.
Bref, pour moi un citoyen (digne de ce nom) est donc capable d’apprécier et de juger les normes et valeurs à laquelle la société lui demande d’obéir. Entre autres bien sûr.
Un enfant n’est pas encore adulte, il n’est donc pas encore responsable, encore moins citoyen. Et ce sont donc les adultes qui doivent (devoir) faire en sorte qu’il le devienne.
(à suivre)
(suite) Quels adultes ? Les parents bien sûr, et pour commencer. Et puis les enseignants, vu que l’éducation est obligatoire (de 3 à 16 ans).
Sans oublier les amis, les voisins etc. bref, tous les adultes dits responsables qui sont en contact (direct ou pas) avec des enfants.
Cela commence donc par lui apprendre à marcher, à parler, à lire, écrire etc.
À la maternelle… bien avant d’apprendre à lire… le maître ou la maîtresse apprend au tout petit à respecter certaines… règles. S’il a déjà commencé à les apprendre à la maison… et/ou chez la nounou, chez Papi et Mamie… généralement la suite se déroule sans trop de problèmes. Respecter les autres, ses petits camarades, le maître ou la maîtresse, ne pas dire et faire n’importe quoi… comme tout casser, jeter la nourriture, chier et pisser n’importe où, et des choses comme ça. Ce ne sont là que les règles élémentaires du savoir vivre (vivre-ensemble).
(à suivre)
(suite et fin) Seulement une fois que notre petit citoyen en herbe sait à peu près bien se tenir… à peu près bien parler, lire et écrire, et compter aussi un peu… c’est là que les choses se compliquent.
Vu toutes les choses qu’un citoyen se doit, ou se devrait, de savoir… que faut-il donc lui à apprendre, exactement, à ce cher petit ?
Pour moi, une des choses les plus importantes à lui apprendre, c’est à savoir faire la différence entre une vessie et une lanterne. Et lui faire comprendre également que c’est toute sa vie qu’il aura des choses importantes à apprendre.
Savoir mettre un préservatif, par exemple. 🙂