En 2005, voici ce qu’on disait du nucléaire

Notre numéro de Biosphere-Info paru en octobre 2005 était daté n° 8. Nous faisions l’introduction suivante qui nous semble toujours pertinente en 2019 : Les sociétés humaines sont plus ou moins bien adaptées au milieu environnant, la société thermo-industrielle est la moins durable car elle détruit les écosystèmes. Pour un membre de Biosphere (association loi-1901 dont l’objectif est de défendre les intérêts de la Biosphère), il faut donc dénoncer avec force cette société de prédateurs. Voici quelques analyses de ce qu’il paraissait important à dire cette semaine sur les événements du monde des humains et des non-humains. Cette semaine la question nucléaire : 

Nobel nucléaire. L’agence Internationale de l’énergie atomique (AIEA) met autant d’ardeur dans sa croisade contre la prolifération des bombes atomiques que de vivacité à vanter les mérites de l’atome « propre ». Pourtant cet organisme a reçu le prix Nobel de la paix 2005 pour récompenser ses « efforts visant à empêcher que l’énergie nucléaire soit utilisée à des fins militaires ». Pourtant tout réacteur civil est une source de dissémination de matériels fissiles, délice des terroristes amateurs. Pourtant la volonté affichée par l’AIEA de ne pas tolérer l’émergence de nouveaux pays nucléaires n’empêche pas les cinq puissances nucléaires officielles de choyer ses armes de destruction massive et les officieux (Israël, Inde et Pakistan) de conserver quelques bombes. L’Iran, sur lequel l’AIEA enquête depuis trois ans, estime de son côté que l’attribution du Nobel est une décision politique dirigée contre son programme nucléaire national (et civil ?) ».

La Biosphère constate que les humains aiment faire joujou avec des jouets de plus en plus dangereux pour tout le monde, humains et non humains, et préfèrent donner des médailles à ceux qui fabriquent, utilisent ou « contrôlent » ces jouets. Pourtant le Nobel aurait été beaucoup plus symbolique s’il avait été décerné aux rescapés des explosions atomiques des 6 et 9 août 1945, il y a maintenant 60 ans.

Des déchets nucléaires pour les générations futures. Pour F.Loos, ministre délégué à l’industrie, un projet de loi sur les déchets nucléaires sera examiné par le Parlement dès le 2ème trimestre 2006. Selon lui, la faisabilité du stockage réversible en couche géologique profonde est établie et il attend une unanimité parlementaire sur cette question comme lors de la loi Bataille du 30 décembre 1991 : celle-ci prévoyait de ne pas discuter des déchets puisqu’on en reparlerait 15 ans après, en 2006 donc ! Contre cet optimisme béat, il faut noter que l’entreposage de longue durée en surface ne pourra être poursuivi très longtemps d’une part, que séparation et transmutation nécessitent encore quelques décennies de recherche pour un résultat incertain d’autre part. Reste l’enfouissement dans de l’argile à Bure, site dont l’évaluation officielle n’est pas encore terminée… Alors le gouvernement cache son impuissance derrière un prétendu « débat public » qui a débuté en septembre 2005 pour s’achever le 13 janvier 2006. Dans ce contexte défavorable à la poursuite du nucléaire civil, EDF et le gouvernement ont pourtant décidé de la prochaine construction d’un réacteur EPR : le lobbying pro-nucléaire continue d’imposer ses choix « réalistes » qui vont aggraver un niveau de radiation perturbateur de la vie terrestre pendant des siècles et des siècles.

Alors que la question des déchets nucléaires n’est pas encore résolue, la Biosphère juge cette attitude irresponsable.

La fin du nucléaire militaire ? Le président iranien M. Ahmadinejad s’exprimait en septembre dernier devant l’Assemblé générale des Etats-Unis. Le fait qu’il soit le premier président laïc depuis un quart de siècle ne l’a pas empêché de dire des énormités du genre « L’énergie nucléaire est un don de Dieu » ou « Notre religion nous interdit d’avoir des armes nucléaires ». Il n’empêche que c’est la première fois qu’on disait aux grandes puissances de ce monde qu’elles exagéraient : « L’ironie de la situation et que ceux qui ont utilisé des armes nucléaires, qui continuent à en produire et à en accumuler, qui ont utilisé des bombes à uranium appauvri contre des centaines de milliers d’Irakiens, que ceux qui n’ont pas signé le traité d’interdiction complète des essais nucléaires et qui ont armé le régime sioniste en armes de destructions massive s’efforcent d’empêcher les autre pays d’acquérir la technologie pour pouvoir produire de l’énergie nucléaire ». Pourtant, même si l’Iran se propose de revendre le combustible nucléaire 30 % moins cher que le prix imposé par les grandes puissances, Dieu n’exprime rien car il n’est que le paravent de la bêtise humaine.

La Biosphère constate que les plus riches veulent imposer leur loi aux autres pays, mais seul un miracle peut combattre cet état de fait quand les pays pauvres désirent la même chose que les pays riches. Pour donner au monde l’envie d’un désarmement nucléaire complet, à la fois militaire et civil, n’y a-t-il que l’attente du miracle, un attentat terroriste de type nucléaire ?

Relance du nucléaire ? Le groupe français Areva a créé une société commune avec la compagnie d’électricité américaine Constellation dans le but explicite de construire aux USA quatre réacteurs nucléaire EPR. Depuis 1978, aucune tranche n’avait été commandé aux USA. En effet l’opinion publique avait été marquée par l’accident dans la centrale de Three Mile Island (Pennsylvanie) en mars 1979 et par la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986. De toute façon le pays possède déjà un parc de 104 réacteur assurant 21 % de sa production électrique, mais G.Bush veut maintenant aller au-delà et plaide : « Plus d’énergie nucléaire rendra notre nation plus sûre et moins polluante. Il est temps pour ce pays de commencer à nouveau à construire des centrales nucléaires (discours du 22 juin 2005) ».

La Biosphère sait qu’il faut des centaines d’années de réajustements itératifs pour trouver un équilibre précaire dans un écosystème, pourtant les humains croient qu’ils peuvent tout faire dans l’immédiat alors qu’ils ont très peu de réserves d’uranium et que le problème des déchets nucléaires n’est pas encore résolu !

Criirad (commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) En France, la dernière mine d’uranium a fermé ses portes en 2001. L’extraction de ce minerai consiste à remonter en surface des millions de tonnes de roche, par exemple 57 millions de tonnes rien que pour le Limousin. Ces roches sont systématiquement triées au compteur Geiger pour les mettre de côté quand la teneur en uranium est faible. Malheureusement la radioactivité de ces « stériles » peut être dix à cent fois plus élevé que celle des sols naturels : en Limousin, 100 fois l’activité moyenne de l’écorce terrestre et 20 fois celle d’un granite. Ces stériles amoncelées en verses posent problème dans la mesure où les eaux de ruissellement se chargent en uranium, à plus forte raison quand elle sont utilisées comme remblais ou même base de loisirs. L’Unscear estimait en 1993 qu’à l’échelle mondiale, l’extraction de l’uranium représentait 47 % de la dose collective de radiations liée à l’ensemble de la filière de production d’énergie électronucléaire.

Ce n’est pas parce qu’on extrait maintenant l’uranium dans des pays éloignés comme le Niger que l’activisme français doit ignorer les risques de l’énergie nucléaire : d’ailleurs dans la Biosphère, il n’y a pas normalement besoin d’électricité !

Courriel : contact@criirad.org

Sortir du nucléaire (n° 28) fusionnel. Ainsi parlait le physicien et ancien ministre français de l’éducation Cl.Allègre : « Les hommes politiques, fiers, ignorants et naïfs, sont persuadés qu’Iter (International thermonuclear ractor) va leur apporter richesse, prospérité et prestige ! Malheureusement rien de tout cela ne se produira : Iter saignera à blanc les collectivités locales et affaiblira un peu plus le budget de la recherche française. Iter est encore un de ces projets de prestige qui ont, dans le passé, épuisé les finances de notre recherche : ce fut d’abord la télévision haute définition, ensuite la construction du grand accélérateur d’ions lourds, puis les vols habités dans l’espace et enfin, la Station spatiale internationale. Résultats pour la science ? Rien ou presque. Si on sait réaliser la fusion de manière explosive, on ne sait pas la contrôler et, depuis quarante ans, on tourne en rond. Des projets comme Iter, on en a installé à Princeton, puis en Grande-Bretagne, mais on n’a jamais vraiment progressé : Iter n’est qu’un engin destiné à la recherche fondamentale ».

La Biosphère en a marre de toutes ces inventions humaine réalisées ou en projet qui veulent donner aux humains toujours plus de puissance alors qu’ils savent si mal maîtriser celles qu’ils ont déjà libéré !

Renaissance du nucléaire ? Depuis la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986, on n’avait plus construit de réacteur nucléaire. Aujourd’hui on a oublié l’expérience du passé (l’expérience, une lanterne que les humains ont dans le dos et qui n’éclaire que leur passé), et on croit (la foi, autre caractéristique du cerveau humain), qu’il est absolument indispensable de lutter contre l’effet de serre en construisant de nouvelles centrales. Le premier pays à se lancer dans l’aventure est la Finlande qui a officiellement mis en chantier un EPR (European pressurized reactor) le 12 septembre dernier (mise en service en 2009). Dans trois ans ce sera au tour de la France de commencer à construire un EPR à Flamanville. Pourtant le parlement finlandais avait repoussé en 1993 toute idée d’un cinquième réacteur nucléaire, il ne l’a accepté en 2002 que par 107 voix « pour » et 92 « contre », soit une majorité de 54 % seulement. Pourtant en France, selon le comité des sages issu du débat national sur l’énergie, l’urgence d’une nouvelle construction de réacteur n’était pas clairement démontrée.

La Biosphère sait qu’il faut des centaines d’années de réajustements itératifs pour trouver un équilibre précaire dans un écosystème, les humains croient qu’ils peuvent tout faire dans l’immédiat alors qu’ils ont très peu de réserves d’uranium et que le problème des déchets nucléaires n’est pas encore résolu !

Con-fusion. Avant que la fusion ne puisse devenir une source industrielle d’énergie, trois problèmes doivent être résolus : stabilité du plasma de deutérium et de tritium ; tenue des matériaux de couverture aux neutrons extrêmement énergétiques produits dans un réacteur de fusion ; production de tritium in situ pour un fonctionnement en continu. En fait ITER n’étudiera que le premier problème, la stabilité du plasma. Or la question des matériaux est cruciale alors que personne ne sait comment le résoudre. Quant au tritium, il n’existe pas dans la nature, il faut le produire en quantités industrielles, ce qui ne pourra être démontré que par le successeur d’Iter (Demo, déjà nommé !), pas avant vingt ou trente ans au minimum.

La fission nucléaire a été découverte en 1938 et en décembre 1942, le premier réacteur divergeait déjà, mais en 2005 les Français ne savent toujours pas quoi faire de leurs déchets radioactifs. Maintenant les humains se précipitent vers des univers encore plus fantasmagoriques. L’idée de fusion nucléaire est là depuis cinquante et la maîtrise des problèmes de la fusion ne pourra pas être résolue avant au moins cinquante autres années, s’il l’est un jour ! Mais dans cette perspective imaginaire savamment entretenue, nul besoin pour les citoyens de faire des économies d’énergie, la seule issue qui vaille…

L’origine de la bombe. Le physicien américain Robert Oppenheimer (1904-1967) peut être considéré comme le père de la bombe atomique puisqu’il a dirigé le projet Manhattan qui a conduit à la première explosion le 16 juillet 1945 au Nouveau-Mexique et, grandeur nature, sur Hiroshima le 6 août suivant. Mais on ne peut accuser Robert de nationalisme, il a flirté dans les années 1930 avec les idéaux communistes ; mais la situation de guerre emporte la plupart des idéaux sur son passage. Ce n’est qu’à la fin de la seconde guerre mondiale que Robert a pu approfondir sa réflexion au sein d’une nouvelle structure, l’Atomic Energy Commission, et à s’interroger sur la course aux armements nucléaires et son contrôle. Très vite il s’oppose alors au développement de la bombe H, ce qui lui vaut l’hostilité de certains scientifiques et des politiques qui l’accusent dorénavant d’être un danger pour la sécurité nationale. En 1953, Robert est suspendu de ses fonctions par le président Eisenhower et sommé de s’expliquer.

Les humains marchent sur la tête, ce sont les militaires et les politiques qui les soutiennent qui auraient du être sommé d’abandonner des recherches non seulement dangereuses pour l’équilibre de la Biosphère mais aussi illusoires quant à la protection des équilibres socio-politiques : les Américains auraient du mettre plus d’ardeur à défendre les interventions pacifiantes de l’ONU plutôt que d’envisager de nourrir tous les conflits qui jalonnent le monde de morts et les écosystèmes de cicatrices.

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5 réflexions sur “En 2005, voici ce qu’on disait du nucléaire”

  1.  »mais dire que les connaissances des ingénieurs disparaissent à jamais avec eux un me paraît un peu… inexact, on va dire. »

    —> Ben si c’est possible on a bien perdu du savoir faire pour une centrale au Thorium

  2. @ Guy

    Les maths c’est de l’abstrait, rater une formule mathématique c’est juste une boule de papier à la corbeille.

    MAIS là, avec la fusion, tu as vu le bordel pour juste une pièce de la machine ? Il faut qu’elle soit placée au millimètre près alors qu’elle fait un poids énorme. 1 pièce de la machine coûte un temps fou et coûte bonbon. Alors lors des tests, un truc qui pète, penses tu qu’une telle machine peut se permettre plusieurs jours voir semaines ou mois rester en panne pour changer 1 pièce. D’autant qu’il faudrait identifier les causes de la panne. La centrale, il n’y a que ceux qui ont participé à sa construction qui pourrait la faire fonctionner et encore ! Imagine un ingénieur a un accident de la vie, accident de voiture, cancer, ou tout ce qu’on veut… Penses-tu que dans une telle centrale on puisse remplacer les membres du personnel du jour au lendemain ? Là on est plus dans des maths abstraites on est dans le concret ! As tu vu la surface et le poids de la machine ? Pour moi c’est du délire, un système trop complexe pour être fonctionnel durablement !

  3. @Bga80 Ah bon ? Donc l’expérience personnelle de mathématiciens tels que Newton, Bayes, Fermat, Laplace, Cantor, Hilbert a donc été perdue après leur leur mort et il a fallu tout réapprendre de leurs découvertes ? C’est marrant, je n’en avais pas l’impression… Blague à part, la fusion est en effet une illusion technologique, je suis bien d’accord, mais dire que les connaissances des ingénieurs disparaissent à jamais avec eux un me paraît un peu… inexact, on va dire.

  4. Un autre problème MAJEUR pour le projet Iter et même de la Fusion en général. La démographie et la durée de vie d’un ingénieur. Et oui, le problème pour faire avance ITER étant qu’on ne peut pas utiliser la mémoire collective pour entretenir et mettre à jour les connaissances sur le sujet de la fusion. Tous les ingénieurs qui ont débuté le projet Iter seront morts avant que le projet n’aboutisse, et donc toutes leurs expériences personnelles seront perdues, qui fait que les ingénieurs qui prennent le relais doivent tout réapprendre depuis le début, tout réapprendre mais aussi tout déduire à nouveau toutes les mécaniques complexes de la machine, tous les liens qui interfèrent et toutes les réactions de plusieurs éléments complexes de la machine. En l’occurrence, ils n’y arriveront jamais, ce projet n’est pas viable, combien même ils parviendraient à rendre fonctionnel un réacteur, l’équipe qui encadrerait le fonctionnement de la machine vieillit et il n’y aurait plus assez d’intelligences naissantes pour prendre le relais du fait que notre démographie vieillit. Tous les savoirs et connaissances concernant la fusion sont seulement entretenus dans cette cette secte scientiste, il n’y a pas de mémoire collective sur le sujet pour entretenir la transmission des connaissances et savoirs-faire sur les réacteurs à fusion, donc à terme le projet coulera à l’eau. Le sujet de la fusion est trop complexe pour être durable.

  5. Un autre problème MAJEUR pour le projet Iter et même de la Fusion en général. La démographie et la durée de vie d’un ingénieur. Et oui, le problème pour faire avance ITER étant qu’on ne peut pas utiliser la mémoire collective pour entretenir et mettre à jour les connaissances sur le sujet de la fusion. Tous les ingénieurs qui ont débuté le projet Iter seront morts avant que le projet n’aboutisse, et donc toutes leurs expériences personnelles seront perdues, qui fait que les ingénieurs qui prennent le relais doivent tout réapprendre depuis le début, tout réapprendre mais aussi tout déduire à nouveau toutes les mécaniques complexes de la machine, tous les liens qui interfèrent et toutes les réactions de plusieurs éléments complexes de la machine. En l’occurrence, ils n’y arriveront jamais, ce projet n’est pas viable, combien même ils parviendraient à rendre fonctionnel un réacteur, l’équipe qui encadrerait le fonctionnement de la machine vieillit et il n’y aurait plus assez d’intelligences naissantes pour prendre le relais du fait que notre démographie vieillit. Tous les savoirs et connaissances concernant la fusion sont seulement entretenus dans cette cette secte scientiste, il n’y a pas de mémoire collective sur le sujet pour entretenir la transmission des connaissances et savoirs-faire sur les réacteurs à fusion, donc à terme le projet coulera à l’eau. Le sujet de la fusion est trop complexe pour être durable.

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