En hommage à Paul. R. Ehrlich, l’IPAT

de la part de notre correspondant Jean Michel Favrot

L’apport essentiel de Ehrlich (de son épouse et de son fidèle collègue J.P.Holdren), c’est l’équation IPAT. L’impact négatif de notre espèce sur les mécanismes régulateurs de la biosphère peut être résumée par l’équation I = P.A.T.

La taille de la population (P) est multipliée par la consommation moyenne de ressources par individu (A pour “affluence”), elle-même multipliée par une unité de mesure de la technologie utilisée (T). Le produit de P, A et T est l’impact écologique (I). Bien sûr entendu l’impact n’est pas seulement au détriment de l’espèce humaine, mais également à toutes les espèces vivantes.

Le meilleur hommage que l’on puisse rendre à Ehrlich est de passer quelques minutes à bien comprendre son raisonnement pour continuer à le faire vivre.

Le terme population P ne porte pas à ambiguïté. Le terme « Affluence » se traduit littéralement par « Abondance, richesse ». La consommation résulte d’un flux de matière première extraite, d’énergie dépensée, de terre défrichée, d’artificialisations en tout genre… voilà bien l’origine de nos maux, ce qui se mesure globalement par le PIB par habitant. Cette façon d’exprimer les choses a le grand mérite d’être quantifiable… Par exemple, 69 300 €/hab pour la Région Ile-de-France et seulement 32 700/hab pour la Région Bourgogne Franche Comté. Pour la France c’est 62 600 $ ppa par hab et pour le Mali 3 300 $ ppa / hab (données annuelles 2024 Banque Mondiale).

Que nous en disent Ehrlich et Holdren :

« Peut-on imaginer comment seront affectés par ces disparités croissantes, nos compagnons de bord des pays sous-développés ? Vont-ils mourir de faim avec beaucoup de tact ? Au contraire vont-ils se mutiner pour obtenir ce qu’ils considèrent comme leur part équitable ?… Au rythme actuel, les américains représenteront dans vingt ans beaucoup moins d’un quinzième de la population mondiale et n’en utiliserons pas moins de la moitié des ressources consommées. » (les références pour cette citation et les deux suivantes sont conformes à la pagination du texte intégral de « La bombe P » publié par les Amis de la Terre aux Editions « J’ai lu »).

Ehrlich n’est nullement un marxiste ou un militant d’extrême gauche, juste un scientifique qui constate le résultat d’une simple multiplication. On est contraint par simple honnêteté intellectuelle d’attribuer les responsabilités relatives de chacun sur l’état de la planète. Ehrlich attribue les responsabilités principales aux plus aisées des pays les plus aisés. La responsabilité de réduire le taux de natalité incombe au premier chef au groupe des gens aisés

Pour bien préciser le point de vue de Ehrlich, Holdren écrit en 1993, « A Brief Hiistory Of “IPAT” (IMPACT = POPULATION x AFFLUENCE x TECHNOLOGY) :

« Quant à l’affirmation selon laquelle « toutes les positions sont correctes », je tiens à souligner que lorsqu’une position soutient que seule la technologie importe et qu’une autre affirme que la technologie, la richesse [PIB par habitant] et la population sont toutes importantes,… la première est erronée, et la seconde est juste. » Que l’on focalise l’attention sur la seule technologie ou sur le seul terme « population », on trahit la pensée de Ehrlich.

D’ailleurs Ehrlich et Holdren ne peuvent pas être plus explicites que dans le texte suivant :  

« Les problèmes liés à la taille et à la croissance de la population, à l’utilisation et à l’épuisement des ressources, ainsi qu’à la dégradation de l’environnement doivent être considérés conjointement et à l’échelle mondiale. Dans ce contexte, le contrôle démographique n’est manifestement pas une panacée : il est nécessaire, mais ne suffit pas à lui seul à nous aider à surmonter la crise. » (3e paragraphe de l’article « Impact of Population Growth ») numéro du 26 mars 1971 de « SCIENCE » .

Ultime citation mais pas la moindre pour l’héritage de notre penseur écologiste :  

« Le titre «La Bombe P » était parfait dans une perspective marketing, mais il a conduit à ce que Paul [Ehrlich] soit catégorisé comme quelqu’un qui ne s’intéresse qu’au nombre d’humains, alors que notre propos était bien plus large : il s’agissait de montrer comment la croissance démographique interagit avec la consommation, l’environnement, et les inégalités sociales pour créer une crise systémique. » Paul R. Ehrlich et Anne H. Ehrlich, « The Population Bomb Revisited », Electronic Journal of Sustainable Development, volume 1, pages 63–71, 2009.

Il faut donc aussi accepter nos responsabilités concernant la consommation (PIB/hab), les inégalités sociales concernant ce paramètre, les choix technologiques ainsi que la planification familiale.

 

3 réflexions sur “En hommage à Paul. R. Ehrlich, l’IPAT”

  1. – IPAT, soit I = P x A x T, désastre en vue (Biosphère – 2 janvier 2020 / 12 commentaires)

    Je viens de relire ces commentaires, plein de bonne humeur. J’ai eu maintes fois l’occasion de dire ce que je pensais de cette équation. Si je dois n’en retenir qu’une seule, ce ne sera pas celle-là.
    Je vous propose de lire ce qu’en pense Emmanuel Pont. Extraits :
    – « Quand Bill Gates entre dans un bar, en moyenne tous les clients sont milliardaires. C’est exactement ce qui se passe avec l’équation de Kaya à l’échelle mondiale, où Bill Gates et un réfugié du Darfour comptent tous les deux pour un dans la population […]
    Pourquoi choisir la population, le PIB ou l’énergie ? L’équation serait tout aussi vraie avec n’importe quelles variables. Je vous présente donc l’exemple par l’absurde, l’équation de Kaya-tomate [etc.]»
    (Des dangers de l’équation de Kaya / IPAT – medium.com 5 avril 2021)

    1. esprit critique

      L’équation I=PAT date du début des années 1970. L’équation de Kaya, élaborée par l’économiste japonais Yoichi Kaya en 1993, en est une déclinaison.
      1) Extraits de Wikipédia : Identité de Kaya :
      – « Critiques : Le GIEC souligne les limites de l’identité de Kaya, dont les termes ne constituent pas les causes premières des émissions de CO2 et ne sont pas indépendants les uns des autres [etc.] Mario Bunge a souligné que l’identité de Kaya était une tautologie qui se réduit à CO2=CO2, ce qu’il considère comme « incontestable, mais vide » . »

      2) Atouts et limites de ces deux équations :
      – IPAT, Kaya, mettre en équation l’impact des populations sur la biosphère
      (madoc.univ-nantes.fr )

      1. MC esprit critique

        – « Donella Meadows, l’une des rédactrices principales des ouvrages Rapport sur les limites à la croissance (1972), Beyond the Limits (1992) et Les limites à la croissance (dans un monde fini), a longtemps défendu le lien entre surpopulation et crise écologique grâce à la fameuse formule IPAT (Impact = Population x Abondance x Technologie). En 1995, elle a modifié son point de vue après avoir assisté à une conférence sur la politique mondiale en matière d’environnement. Nous reproduisons ici son texte, afin de contribuer aux débats nécessaires sur les mythes populationnistes. […] »
        (Donnella Meadows rouvre le dossier IPAT – ecosociete.org 26 mai 2015)

        Je conseille vivement la lecture de ce texte de Donella Meadows, issu du livre de Ian Angus et Simon Butler : Une planète trop peuplée ? Le mythe populationniste, l’immigration et la crise écologique

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