Faire un enfant en étant responsable

Il y a deux ans, Emmanuel Macron avait choqué en parlant de « réarmement démographique », un terme qu’aucun député macroniste ne reprend désormais. Tous souhaitent éviter le parfum rétrograde des politiques natalistes d’antan et préfèrent « permettre » aux Français de « réaliser leur désir d’enfant », une formule qui a l’avantage d’éviter toute injonction aux femmes et qu’a retenue dans ses travaux la mission d’information parlementaire. Mais n’est-ce pas à chacun et chacune de déterminer par ses propres moyens comment réduire l’écart entre son désir d’enfant et la réalité d’un monde en décomposition ?

Solène Cordier : Face au vertige de la chute des naissances, c’est à une « révolution de la politique familiale » qu’appelle le député (Horizons) Jérémie Patrier-Leitus, rapporteur d’une mission parlementaire sur les causes et conséquences de la baisse de la natalité lancée en juillet 2025. Il suggère plusieurs mesures, notamment la création d’un versement familial unique de 250 euros par mois, accordé « dès le premier enfant et sans conditions de ressources ». Le désir d’enfant des Français est supérieur aux chiffres des naissances, il faudrait donc « réduire le delta entre ce désir et sa réalisation ». Il y a une volonté de faire de la natalité et des politiques familiales des sujets de premier plan, en vue de l’élection présidentielle de 2027.

Le point de vue des écologistes malthusiens

– Sans conditions de ressources !!! Ou l’art de gaspiller l’argent public !

– On peut envisager un service civique dans lequel les filles seraient accueillies dans des fécondoirs au terme de leurs études secondaires ( cela donnerait des points sur parcoursup avec un bonus pour celles qui accouchent de jumeaux) avant d’être rendues à la vie civils une fois leur devoir accompli.

– Il n’existe aucun moyen démocratiquement acceptable de faire remonter la natalité. La seule politique publique efficace est de faire baisser le taux d’alphabétisation des filles, comme l’ont compris Boko Haram et les Talibans. Si vous mettez les filles à l’école, elles font moins d’enfant ensuite.

– Coût d’un logement à Paris pas très grand et dans un arrondissement excentré : 2150 euros, crèche 900 € pour le 1er, 700€ pour le second. Nous voulions 3 enfants, nous n’en aurons que 2, malgré des revenus de 6500€/mois.

– Et puis, nous sommes déjà bien trop nombreux sur la planète !

– Ce type de mesure risque fort de favoriser une surnatalité des couches les plus en difficulté de notre population et d’augmenter fortement les problèmes éducatifs.

– Pour respecter le libre choix de couples en matière de fécondité, l’État devrait faire preuve de neutralité absolue en matière d’aide à la procréation : aucun allocation familiale quel que soit le nombre d’enfants. Ce n’est pas à l’État de s’occuper de ce qui se passe dans la chambre à coucher des gens. C’est à chacun et chacune de prendre ses responsabilités. Par contre le mot « malthusien » devrait appartenir au langage courant des citoyens éclairés par l’école. On ne peut pas avoir plus d’enfant que les ressources disponibles nécessaires.

– Le débat public reste focalisé sur une hypothétique relance de la natalité et évite les sujets, plus brûlants, de l’immigration ou de l’âge de la retraite. Les responsables politiques peinent à s’emparer des différents aspects du virage démographique en cours.

– Si le gouvernement annonce l’interdiction totale des pesticides, la dépollution des sols et de l’eau potable, si les gens arrêtent de prendre l’avion pour passer une semaine de vacances a l’autre bout du monde, leur voiture pour acheter une baguette de pain, si le bien-être animal devient une vraie préoccupation, si on stoppe l’IA et les data centers, si on pouvait être sûrs que le monde ne sera pas invivable dans 50 ans avec des +5 ou +7 degrés, la disparition des glaciers etc. , alors je ferai peut-être un enfant. Mais pas pour 250 euros par mois.

– « Après le malheur de naître, je n’en connais pas de plus grand que de donner naissance à un enfant ». Dixit Chateaubriand dans Les Mémoires d’Outre-Tombe.

Un livre sur la question démographique vient d’être publié

« MALTHUS, penseur de la finitude (démographie et responsabilité) »

https://librairie.edilivre.com/essai/36649-malthus-penseur-de-la-finitude-demographie-et-responsabilite-9782414821136.html

https://www.babelio.com/livres/Sourrouille-Malthus-penseur-de-la-finitude-Demographie-et-Re/1996022

Il s’agit d’un tirage à la demande. Il faut donc le commander, soit pas Internet, soit auprès de son libraire. L’avantage, c’est qu’il n’y a pas de papier gaspillé.

6 réflexions sur “Faire un enfant en étant responsable”

  1. Au lieu de chouiner et de ressasser que nous sommes déjà bien trop nombreux et gnagnagna, réjouissons-nous (façon de dire) déjà, que le « réarmement démographique » (le terme) soit désormais banni du discours politique.
    La baisse de la natalité est une chose ! Bonne ou mauvaise peu importe.
    Ce qui importe avant tout, et ça c’est autre chose, c’est que celles et ceux qui souhaitent avoir un enfant n’en soient pas empêchés par des raisons financières. Et pareil pour tout un tas de choses.
    Des choses que chacun est en droit de souhaiter (désirer) et revendiquer.

    1. esprit critique

      – « Mais n’est-ce pas à chacun et chacune de déterminer par ses propres moyens comment réduire l’écart entre son désir d’enfant et la réalité d’un monde en décomposition ? »

      En effet, ON peut appeler ça « être responsable ». Sauf que cela devrait alors s’appliquer de la même manière à beaucoup de choses. Par exemple, je pourrais dire aussi que c’est à chacun et chacune de déterminer par ses propres moyens… comment réduire l’écart entre son désir de réussite (personnelle, sociale, financière peu importe)… et ce que lui offre la réalité.
      La réalité de ce monde en décomposition, en effet. Laisser les gens vivre et se débrouiller par leurs propres moyens … a priori c’est une idée sympa. Seulement si ON gratte un peu…

    2. Non, pas « peu importe ».
      Pour la sauvegarde la biosphère, la baisse de la natalité est une bonne chose qui doit se poursuivre. Et la sauvegarde de la biosphère ça importe plus que tout.
      Quand quelqu’un veut faire un grand nombre d’enfants dont la charge, d’une façon ou d’une autre, incombera à l’ensemble de la société, c’est à dire à tous les autres même à ceux qui n’ont pas d’enfant et non à ceux qui l’ont décidé, je pense que l’on peut réagir, par exemple en ne subventionnant aucune famille au delà de deux enfants. c’est ce que propose l’association Démographie Responsable.

      1. MC esprit critique

        Quand je dis « peu importe », c’est seulement dans le cadre de ce que j’essaie de dire :
        – La baisse de la natalité est une chose… et le reste en est une autre !
        Par « le reste »… entendez la lutte contre l’infertilité, le cancer, la misère… comme seuls exemples. En quoi est-ce si difficile à comprendre ?

  2. – « Le désir d’enfant des Français est supérieur aux chiffres des naissances, il faudrait donc « réduire le delta entre ce désir et sa réalisation ». » (Solène Cordier)

    Et pourquoi pas !? Si le désir d’avoir recours à l’IVG est supérieur au nombre des IVG réalisées… pourquoi ne faudrait-il, là aussi, essayer de réduire ce delta ? Et pareil en ce qui concerne l’accès à un logement décent, aux crèches pour ses enfants, et des tas de choses comme ça. Parmi lesquelles je pourrais citer les soins palliatifs… où là encore il existe un gros delta entre l’Offre et la Demande.
    Ce à quoi ON pourra bien sûr rajouter l’IVV. Ben oui, et c’est de bonne guerre comme ON dit. 🙂

  3. michel sourrouille

    J’ai écrit mon livre sur Malthus pour qu’il n’y ait plus de fausses interprétation par rapport à son « essai sur le principe de population ». 
    Le malthusianisme mérite d’être étudié par tout citoyen qui se veut éclairé, que ce soit en France ou ailleurs. Malthus montrait au moment de la révolution française le rapport étroit qui existe entre l’évolution démographique et la responsabilité de chacun d’entre nous. Nous pouvons en effet pratiquer la sobriété démographique comme il nous le conseillait ou rendre notre monde invivable par trop d’enfants. Son message principal est écologique, d’avant-garde : nous ne pouvons pas être plus nombreux que ce que la Terre nous offre de ressources. Malthus était donc un précurseur de toutes les analyses contemporaines qui montrent qu’on a maintenant dépassé les limites de la planète.
    Le mot « malthusien » est dans le dictionnaire, il devrait être un élément de réflexion connu de tous et toutes à l’entrée dans la vie d’adulte.

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