Jeudi 8 janvier 2026 à l’Académie du climat (Paris)
Rencontre autour de l’œuvre de François Terrasson
organisée par les JNE (Journalistes-écrivains pour la Nature et l’écologie)
Quelques textes introductifs
(extraits) François Terrasson, je l’ai rencontré lors de voyages JNE à Johannesburg (NDLR 2002) et puis en Guyane (2004). J’aimais sa façon de décrypter nos rapports à la nature, le penchant humain de vouloir la maîtriser coûte que coûte et la nécessité de laisser des espaces libres de toute intervention humaine. Je me souviens quand il est arrivé chez moi dans sa vieille Lada par une journée printanière. Nous sommes partis sur les chemins forestiers repérer les lieux qui soient suffisamment isolés les uns des autres, pour y déposer les journalistes prêts à tenter l’expérience : passer une nuit seule au milieu de nulle part, sans téléphone et lampe, juste un duvet … Chemin faisant, François Terrasson me faisait l’éloge des mousses, des ronces et du rôle primordial de la lisière pour la faune et la flore. François Terrasson, au-delà de ses livres, nous a transmis une expérience sensuelle de la nature….
Myriam Goldminc
(extraits) Quand j’entre dans la forêt, presque malgré moi, à la lisière entre le clair et l’obscur, je m’incline. Mes genoux cèdent et ma tête se courbe. Comme lorsque j’entre dans une église. Plus sûrement que dans une église. Je salue et je deviens silence…. La nuit, bien sûr, c’est encore plus fort. Il n’y a plus de place à la triche. Je suis livrée à moi-même, sans autre alternative que de m’y réfugier. C’est alors que commence la véritable rencontre… L’obscurité s’intensifie, l’air devient plus coupant et le silence plus dense. Comme derrière le rideau qui vient de tomber sur la scène, tout s’anime : les arbres s’étirent et changent de forme, les animaux sortent de leur cachette, le chevreuil ose une échappée dans la clairière, les sangliers labourent la terre à la recherche de nourriture et moi, je m’immisce plus avant dans les profondeurs. Je ne reconnais plus rien. Les distances, les reliefs, les sons… Je deviens forêt. C’est un réveil en cascade des sens, un feu d’artifice qui se propage de cellule en cellule….Il n’est à mon sens pas d’exercice d’écologie et de réconciliation plus puissant, de communion plus intense, que cette immersion inconditionnelle dans le ventre de la nature….
Christine Krystof-Lardet
« La peur de la nature » de François Terrasson
Quelques extraits significatifs du livre de François Terrasson paru en 1988, La peur de la nature (éditions Sang de la Terre).
(extraits) La Terre n’est pas la planète des hommes. Pendant des centaines de millions d’années, d’autres êtres vivants ont occupé les lieux où se trouvent maintenant nos maisons, nos lits et nos chaises (p. 15).
La nature, c’est ce qui existe en dehors de toute action de la part de l’Homme. Conserver la nature ce sera, plus que préserver telle ou telle espèce, parvenir à maintenir l’impression sensibles que nous éprouvons en face de tout ce qui n’est pas d’origine humaine (p. 28-29).
L’expérience du désert ne se raconte qu’en récusant les mots qui servent à le faire. Il n’y a personne, il n’y a trace de personne, rien qui rappelle l’existence de l’homme et de sa civilisation (p. 34-35).
Nous sommes hommes, mais nous pourrions être aussi bien blaireau, pierre ou serpent (p. 83).
La sorcière nature n’a que faire de notre regard, qu’on la voie comme une vieille terrifiante ou comme une belle jeune fille, elle s’en contre-fout, puisqu’elle est les deux et bien plus encore (p .119)….
Michel Sourrouille
L’intégralité du dossier
https://www.jne-asso.org/category/dossiers/dossier-francois-terrasson/

– « Or, pour Terrasson, la nature est précisément la quantité d’absence de volonté humaine. Nous voici ainsi pris au piège d’une double contrainte qui a fait dire à Terrasson cette formule lapidaire qui agace encore les gestionnaires des milieux naturels : « protéger, c’est détruire. » […] destruction et protection de la nature sont l’envers et l’endroit d’une même logique : maîtriser la nature, la dégrader ou la détruire. On protège parce qu’on détruit, et, en retour, on détruit parce qu’on protège… Au fond, notre volonté de protéger la nature n’est qu’une réponse, une adaptation, presque une acceptation d’un monde qui la détruit. »
( François Terrasson, « La peur de la nature » – blogs.univ-poitiers.fr/budl/2018/11/30)
– « Quand j’entre dans la forêt, presque malgré moi, à la lisière entre le clair et l’obscur, je m’incline. Mes genoux cèdent et ma tête se courbe. Comme lorsque j’entre dans une église.
Plus sûrement que dans une église. Je salue et je deviens silence… » (Sœur Christine)
Même si, comme moi, ON n’y croit seulement qu’à moitié, du moment qu’ON s’incline et qu’ON s’agenouille il n’y a aucune bonne raison d’avoir peur de Dieu. Moi, quand j’entre dans la forêt, j’enlève seulement mon béret. ON m’a appris ça tout petit, lors d’un stage.
Un stage pour ainsi dire, obligatoire. Où j’ai même appris à … communier !
D’ailleurs c’est probablement depuis que j’ai le nez rouge. 🙂
Mon dieu, mais c’est quoi encore que ce genre de stage ?
ON s’en fout, du moment que c’est à la mode. ON y apprend à marcher pied-nus, embrasser les arbres, parler aux champignons et je ne sais quoi.
– « François Terrasson organisait aussi des stages de « découverte de la Nature ».
Voici en quoi consistait l’un de ces stages : chaque stagiaire était déposé de nuit en forêt (par exemple de Fontainebleau), avec un duvet mais sans lampe de poche, pour passer isolé une nuit à la belle étoile. Le lendemain matin, après le petit-déjeuner, discussion collective sur la nuit précédente : comment cela s’est-il passé, qui a eu peur, qui s’est éclaté ? [etc.] » (faunesauvage.fr/fsscientifique/terrasson-francois)
Eh ben mon dieu quelle aventure ! Koh-Lanta quoi.
Je crois bien que l’approche de François Terrasson est la bonne.
– « Son approche est tout à la fois naturaliste, sociale, économique, historique et psychologique, elle décrit aussi bien les mécanismes physiques, biologiques et les aspects techniques, que les ressorts aussi bien rationnels qu’émotionnels, culturels ou idéologiques de notre compréhension et de nos décisions. » (Wikipédia : François Terrasson)
J’aurais juste rajouté « religieuse » , au sujet de son approche. De toute façon une religion ne peut se comprendre qu’en intégrant les mécanismes physiques et biologiques, aussi bien que les ressorts rationnels, émotionnels, culturels etc. Ne serait-ce que ce besoin de croire, en ceci ou cela, afin de conserver son équilibre, vital. (à suivre)
(suite) Comme ce besoin de fuir, quand c’est possible… pour ne pas mourir.
Le combat, avec pour but l’élimination de la menace… ou la fuite. Sinon c’est la mort !
( L’éloge de la fuite – Laborit 1976 )
Pour Terrason, c’est parce qu’il a peur de la nature… que l’Homme la détruit.
Tout simplement ! Vraiment ? Est-ce alors parce que les hommes (occidentaux) avaient peur de Dieu… qu’ils l’ont tué ? Je pense qu’il faut demander ça à Spinoza, ou Nietzsche…
Est-ce réellement parce que les hommes ont peur des femmes… qu’ils s’acharnent à les dominer ? Là encore c’est une théorie, qui mérite réflexion.
Le premier article de notre blog « biosphere » a été posté le 13 janvier 2005, il propose chaque jour un « point de vue des écologistes ». Hébergé par le serveur ouvaton.org, c’est un Journal indépendant sur l’actualité, nous ne sommes alignés sur aucune chapelle.
https://biosphere.ouvaton.org/blog/
Ce blog est directement relié à un site, on peut aller de l’un à l’autre rapidement.
https://biosphere.ouvaton.org/
Notre site « biosphere » est relativement statique, les contenus y sont organisés par pages pour la plupart anciennes. Mais c’est un « réseau de documentation des écologistes » qui fournit à peu près toute la culture que devrait avoir un écologiste militant. Nous avons une volonté de formation des citoyens. Nous ne sommes pas un réseau social qui met en contact n’importe qui pour n’importe quoi grâce à Facebook, TikTok, Twitter (X)…
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