Féminisme, on ne naît pas femme…

Michel Sourrouille, auteur en 2017 du livre « On ne naît pas écolo, on le devient », a décidé avant de mourir de partager sa pensée avec tous les Internautes qui fréquentent ce blog biosphere. La parution se fera chaque jour pendant les mois de juillet et août. Il dédie ce livre aux enfants de ses enfants, sans oublier tous les autres enfants… car nous partageons tous la même maison, la Terre, si belle, si fragile…

Féminisme, on ne naît pas femme, on le devient

Je suis né garçon et pourtant je suis féministe. Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours été féministe, en faveur de l’égalité pleine et entière des hommes et des femmes. Pourquoi ? Difficile à dire. Ma mère ne pouvait rien faire sans l’aval de mon père. Peut-être est-ce là une explication de mon féminisme, un soutien indirect à ma mère ! C’est avec Jean Rostand à 22 ans que je découvre en 1970 la diversité sociologique du statut de la femme. Chez les Arapesh, il existe un seul type sexuel de comportement social qui correspond au type féminin des nations occidentales. Chez les Mundugumor, c’est la référence masculine qui est privilégié par les deux sexes. Quant aux Tchambuli, nous retrouvons les deux catégories, mais inversées par rapport aux société machistes. Je trouve à la même époque ce constat chez François de Closets :

« Jamais un journal féminin n’abordera un sujet scientifique ou technique. En revanche, on abreuvera les lectrices de psychosociologie. Ainsi se crée un conditionnement culturel qui incite insidieusement les filles à se détourner des sciences exactes et à se tourner vers les humanités, le droit ou les sciences humaines. »

En janvier 1971 dans Partisans, un dossier sur la « Libération des femmes, année zéro » : «

 La contradiction fondamentale du féminisme : l’ouvrière n’aspire qu’à quitter un travail épuisant, la bourgeoise revendique le droit de travailler qui la libère économiquement et lui permet de participer à la vie sociale… Pour Olympe de Gouges au moment de la révolution française : les femmes ont le droit de monter à l’échafaud, elles doivent avoir celui de parler à la tribune… L’équivalent de misogyne n’existe pas … »

Mon domicile familial a servi dans les années 1970 de lieu de réunion d’un groupe « femme ». Je leur laissais les lieux pour ne pas perturber leurs discussions !

A partir de 1975-76, ma vie professionnelle de professeur de SES va me permettre de rationaliser mes convictions et de faire des cours sur le féminisme. La nature physique de la femme ne dit rien de son statut social par rapport à l’homme : le comportement humain est déterminé par un conditionnement culturel. Il n’y a pas d’éternel féminin, il y a des cultures diverses qui produisent telle ou telle image de la femme. Avec les élèves de seconde, nous nous interrogeons sur la notion d’actif/inactif. La notion officielle de l’activité fait que la femme au foyer n’est pas comptée dans le PIB. Je fais chercher la réponse à cette question existentielle : que fait le PIB quand un médecin épouse sa femme de ménage ? J’organise des débats genre « les femmes doivent-elles rester à la maison ? ». J’interroge les élèves : « Que connaissez-vous comme métier spécifiquement masculin… ou féminin. » On m’a sorti un jour « ouvrir les huîtres, masculin ». Les parents sont les premiers responsables d’une différenciation des rôles injustement fondée sur une différence biologique. J’ai étudié avec mes élèves un texte de Simone de Beauvoir (Le deuxième sexe – 1949) dans lequel se trouve ma phrase fétiche « On ne naît pas femme, on le devient ». Notre comportement n’est pas fixé par nos gènes, « naturel », pré-établi à la naissance. Tout est culturel, issu d’une socialisation, que ce soit les (in)égalités sexuées ou notre attitude vis-à-vis de la nature. Un bébé a un comportement androgyne. C’est à travers la bouche, les mains et les yeux que les nourrissons des deux sexes appréhendent l’univers. Jusqu’à douze ans environ, la fillette est aussi robuste qu’un garçon du même âge, et les capacités intellectuelles sont similaires tout au cours de la vie. Ce n’est pas la nature qui, pendant des siècles, avait empêché les femmes d’aller à l’université, mais des élites masculines qui ne voulaient pas partager le pouvoir, aidées par des femmes qui avaient intériorisé une impuissance factice. L’égalité des sexes progresse dans les jeunes esprits de mes élèves… un peu ! Nous sommes tous androgynes, mais nous ne le savons pas vraiment.

Il n’y a pas d’inégalité entre les sexes, il n’y a pas d’inégalité entre les différentes branches ethniques de l’espèce humaine et, si on ouvre les yeux, il n’y a pas d’inégalités entre les humains et les non-humains. Il y a égalité de principe entre toutes les espèces. Le féminisme est un préalable nécessaire mais pas suffisant à une meilleure considération des relations entre tous les êtres vivants. ll faut aller plus loin qu’un féminisme étroit, passer de l’anti-machisme à l’antispécisme. Ce mot vient de l’anglais speciesism, introduit en 1970 par Ryder par analogie avec racisme et sexisme : le spécisme est aussi une discrimination. Il consiste à assigner différents droits à des êtres sur la seule base de leur appartenance à une espèce. Or l’espèce humaine n’est qu’un maillon de la chaîne du vivant, nous n’avons à dominer ni les femmes ni la nature, nous devons respecter tout ce qui n’est pas « nous ».

Notre goût trop humain de la domination ne devrait pas conduire à la mise en esclavage de tout ce qui n’est pas humain. Le respect des non-humains par les humains est inséparable du respect des humains entre eux, du respect des hommes envers les femmes, du respect des différentes minorités visibles. Oui, Simone de Beauvoir avait raison, on ne naît pas femme, on le devient. De la même façon on ne naît pas écolo au plus profond de soi. Cela s’apprend.

(à suivre… demain sur ce blog biosphere)

Déjà paru :

On ne naît pas écolo, on le devient, introduction

Abécédaire, la façon la plus simple pour s’y retrouver

Abeille, qui ne pique que si on l’embête

Abondance, s’éloigne dès qu’on lui court après

Absolu, un mot à relativiser, un mot indispensable

Acteurs absents, dont on a eu tort d’ignorer l’existence

Adolescence, moment de révolte ou de soumission ?

Alcool, dur pour un écolo de refuser de trinquer !

Amour, une construction sociale trop orientée

Animal, une facette de notre humanité trop ignorée

Austérité, mot qui fait peur et pourtant source de bonheur

Barbe, un attribut des hommes qu’on voulait faire disparaître

Cannabis, une dépénalisation qui créerait l’usage

Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

Compétition, système inhumain au service d’une société inhumaine

Croissance, l’objectif économique le plus débile que je connaisse

Démographie, le problème central qui est systématiquement ignoré

Devoir, la contre-partie nécessaire de nos droits

Doryphore, symbole d’une agriculture post-moderne

École obligatoire et gratuite, une entreprise de déculturation

Écologiste en devenir, notre avenir commun

Électricité, les inconvénients d’un avantage

Ethnologie, la leçon primordiale des aborigènes

Eugénisme, engendrer de bonne façon est-il condamnable ?

Euthanasie, mourir de belle manière comme heureuse conclusion

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16 réflexions sur “Féminisme, on ne naît pas femme…”

  1. Esprit critique

    « On ne naît pas écolo, on le devient » (Biosphère) ; « on ne naît pas ethnologue, mais on peut le devenir» (Biosphère). « On ne naît pas femme, on le devient » (Simone de Beauvoir) …
    « On ne naît pas homme, on le devient » (Erasme) ; « On ne naît pas humain, on le devient » (Charlie Chaplin) ; « On ne nait pas citoyen ou citoyenne, on le devient » (Ligue des droits de l’Homme et du citoyen) ; « On ne naît pas français, on le devient » (Idriss Aberkane) …

    Et je pourrais en rajouter. En fait, celui ou celle qui énonce ce genre de chose… ne fait que se baser sur l’idée qu’il (ou elle) se fait de la chose. Et cette idée est évidemment subjective.
    Qu’est-ce qu’un écolo ? Qu’une femme, qu’un homme, qu’un citoyen etc. etc. ?
    Nous aurons autant de réponses que de gens pour nous le dire. Nous voilà donc bien avancés.

    1. Et le singe devint con...

      Cependant il y a tout de même des choses plus faciles que d’autres à définir.
      Un ethnologue, par exemple, eh ben c’est un ethnologue. Pour savoir ce que c’est, il suffit d’ouvrir un dictionnaire. Un homme, une femme, un humain, c’est juste un peu plus compliqué. Certes, a priori et d’un simple coup d’oeil, tout le monde sait faire la différence entre une femme et une guenon. Pour ce qui est de différencier un homme d’un gorille, là il faut reconnaître que dans certains ce n’est pas évident. Pas évident non plus, dans certains cas, pour dire si c’est une guenon ou bien un singe. Un mâle je veux dire. Là pour le dire, et ne pas dire de conneries, il faut être spécialiste des singes.
      Un primatologue quoi. 🙂

  2. Eh ben, 10 d'un coup !!!

    Le moins qu’on puisse dire, c’est que les femmes t’inspirent. C’est normal, tu diras, parce que Toi, au moins, tu sais de quoi tu parles. Des jours et des nuits, entières, surtout des nuits, a plancher sur le sujet, s’il y en a un ici bas qui les connais super bien, les femmes, ou les bécasses comme tu dis, c’est bien Toi. Bref, en matière de femmes tu es notre spécialiste.
    Sans oublier, bien sûr, tous les autres domaines sur lesquels tu excelles tout autant. C’est peut être dans l’Art de la Démonstration que tu brilles le plus. Ta logique et tes preuves sont imparables, pas de doute tu es un véritable artiste. Et comparé à Toi, Hercule Poirot est un rigolo. Et puis la génétique, qui n’a évidemment aucun secret pour Toi. Et Jean Passe des meilleures.

    1. C’est parce que Biosphère a censuré nombreux de mes commentaires ici, mais sinon comme je dis je peux fournir des milliards d’exemples ! La majorité des constructions et des inventions proviennent des hommes ! Rare vraiment rare que des femmes inventent ou bâtissent quelque chose, ça reste des cas isolés ! Et encore leurs inventions sont à revoir, par exemple le lave-vaisselle domestique pour particulier, il est dit que ça a été inventé par une femme, alors que dans les faits le lave-vaisselle existait déjà pour les restaurants et collectivités, c’est juste une femme qui a récupéré une technologie existante en le rapetissant afin de les vendre aux particuliers, , mais tout le système mécanique à l’intérieur de la machine était déjà inventé par un homme.

    2. Au sous soll sur terre comme au ciel, l’immensité des inventions et constructions proviennent d’hommes = châteaux, églises, cathédrales, usines, routes, entrepôts, maisons immeubles, avions, sous marins, voitures, car, trains, fusées, satellites, meubles, robots machines, canalisations, égouts, tunnels etc bref quasiment toutes les infrastructures et les objets manufacturés ont été inventés et fabriqués par les hommes. Même s’il existe une contribution des femmes dans tout ça, elle reste très marginale ! Des femmes d »exceptions restent des cas très isolés !

      1. Misère misère !

        Et bien sûr, il ne te viendra pas à l’idée de te dire que si les femmes n’ont pas un palmarès aussi brillant que les mâles en matière d’inventions (la dynamite, la bombe atomique), que ce n’est pas parce qu’elle sont plus cons ou moins intelligentes et moins douées que Toi… mais juste parce que des intellectuels dans ton genre ont un jour décrété que leur Juste Place était derrière eux, dans la caverne.

      2. Aujourd’hui, et même depuis plusieurs décennies, les femmes ne font pas ou peu d’enfants, voir deviennent ouvertement lesbiennes, et pourtant je n’ai pas vu le taux d’inventions augmenter parmi ces femmes qui ont pourtant un emploi du temps sans homme !!!

      3. La bonne blague !

        C’est c’là oui. Et Toi, qu’est ce que tu nous a inventé de beau, hormis tes théories à la con ? Malgré le fait que depuis plusieurs décennies les femmes ne font pas ou peu d’enfants (je me marre), qu’elles deviennent lesbiennes et patati et patata (et que bien sûr les hommes ne le deviennent pas)… tu vas peut-être nous dire qu’aujourd’hui les femmes ont les mêmes responsabilités, les même salaires, les mêmes droits etc. que les hommes.
        Et ce partout dans le monde. Depuis le monde des entreprises, du business, jusqu’à celui de la politique, en passant bien sûr pas la cuisine et le torchage des mouflets. Et ce, tout connement parce que le point de vue général des mâles sur les femmes a énormément évolué depuis les cavernes.
        C’est c’là oui !

      4. Ce sont pas des théories mais des faits que j’énonce ! Tu as beau railler mes commentaires ce n’est juste que la vérité ! Puis puisqu’elles veulent l’égalité alors que ce ne soit pas à sens unique hein ! Il serait normal à ce qu’il y ait 50 % de femmes éboueurs, pas de raisons à ce qu’il n’y ait que les hommes qui ramassent le merdier ! 50 % de femmes pour nettoyer les égouts ! 50 % dans les chantiers du BTP, pas de raison à ce qu’il n’y ait que les hommes qui risquent de mourir ou de finir handicapé sur des chantiers ! Des logements elles en profitent ! Elles affirment être autant performantes et compétentes que les hommes, alors pas de raison qu’elles échappent aux métiers ingrats ! Ainsi que 50 % de femmes militaires et que cette fois elles soient engagées sur le front au même titre que les hommes ! Quant à la garde des enfants des couples séparés, là aussi il faudrait que la justice respecte l’équité !

      5. Misère misère !

        Des fois où tu ne le saurais pas, il y a des femmes éboueurs, des femmes dans le BTP, des femmes chauffeurs de bus et de camions et j’en passe. Et il y en a même qui font la guerre, misère misère. Ne crois pas que les métiers ingrats, comme tu dis, sont exclusivement réservés aux hommes. Mais puisque tu es très fort, plus que n’importe quelle nana en tou cas, explique-nous alors pourquoi les hommes rechignent aux tâches ménagères à la maison. Du logement et des gosses bien propres, de la bonne bouffe etc. ils en profitent aussi, non ?
        Explique-nous aussi pourquoi les hommes sont si rares dans certains métiers, comme sage-femme, assistante maternelle, aide à domicile et aide ménagère et j’en passe. Et ne viens pas nous dire que c’est parce que ce sont là des métiers de gonzesses !

      6. Oui certes il y a peut être un peu de femmes dans ces métiers mais trop peu ! Je te rappelle que ce sont les socialos et les féministes qui nous bassinent avec leurs quotas de 50% de femmes dans les métiers ! Alors chiche qu’elles aient jusqu’au fond de leur pensée enfin idéologie jusqu’au bout !

      7. Pire que la misère !

        Comme d’habitude tu racontes n’importe quoi. Alors chiche, va jusqu’au fond de ta pensée idéologie jusqu’au bout ! Et explique nous ce que je t’ai demandé. C’est clair tout de même, non ?

  3. « Jusqu’à douze ans environ, la fillette est aussi robuste qu’un garçon du même âge, et les capacités intellectuelles sont similaires tout au cours de la vie »

    Qu’est ce qu’il ne faut pas lire ! L’égalité est juste idéologique mais elle ne l’est pas dans les faits ! Vous avez beau matraquer la tête des gens, pourtant rien n’y fait, les disparités hommes/femmes subsistent dans les sciences dures (physiques, biologie) et les mathématiques, quant à l’ingénierie n’en parlons même plus ! Les hommes restent les plus performants ! Et cette fois ne racontez pas que les femmes n’ont pas le temps d’étudier ces disciplines avec tout l’assistanat qui permet de rester à l’université jusqu’à 30 ans sans avoir d’enfants ni même de conjoint ou époux !

    1. Parce que si vraiment égalité il y aurait, alors pourquoi il n’y a que les hommes qui devraient se taper les boulots ingrats et à risque ? Pourquoi pas de femmes éboueurs ? De femmes légionnaires ? De femmes ouvrières dans le Btp à se taper le marteau piqueur ? Et oui sur le plan cérébral, les femmes ont une aversion aux risques ! Pourtant ce sont les risques qui permettent de bâtir, inventer, innover, entreprendre, commercer, etc !!! Parce que dans cette histoire d’égalité (qui est idéologique), alors dans ce cas l’égalité ne doit pas dire que l’homme que doit devenir un larbin ! Parce que les vrais tâches ménagères vraiment pénibles ne sont pas à la maison mais dans les stations d’épurations et dans les décharges ! Dans ce cas il devrait y avoir 50 % de femmes éboueurs !

    2. Bah oui pourquoi n’y a t il pas 50% de femmes pour nettoyer les égouts ? Pourquoi pas 50 % de femmes plombiers ? Hein ? Car 50% du caca et des ordures qui transitent dans les égouts et dans les déchargent proviennent des femmes ! J’estime qu’elles devraient prendre leur part dans un monde égalitaire !

      Sur le plan cérébral à voir aussi que les hommes et femmes n’ont pas les mêmes capacités de perception à travers la vue ! Les hommes ont plus souvent une vue d’ensemble et ont un meilleur sens de l’orientation tandis que les femmes ont une vue plus focalisée et perçoivent les détails, d’où le fait par exemple les femmes voient de la saleté là où des hommes ne la perçoivent pas.

    3. Comme mentionnée dans l’article, l’égalité est initialement une idée de femmes bourgeoises !! Et si ce sont des femmes bourgeoises, c’est bien parce qu’elles ont le porte-feuille et le compte en banque bien remplis pour pouvoir s’offrir tous les services (comme les déménageurs, les ouvriers pour faire des travaux à la maison par exemple mais la liste n’est pas exhaustive !!) afin de remplacer les hommes à la maison !!! Mais les femmes sans argent ne peuvent pas s’offrir tout ça, elles ont besoin d’hommes à la maison pour déménager et faire les travaux !! Déménager ce n’est pas 1 fois tous les 10 ans, il faut aussi déplacer les meubles à la maison pour faire les travaux, mais aussi porter les matières premières lourdes (comme le carrelage, le béton, le bois, etc) D’ailleurs les femmes bourgeoises n’ont pas constitué leur propre fortune, elles ont souvent bénéficié et hérité les biens de papa !!!!!

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