Fin de la conversation, dictature en route !

La conversation, cette pratique fondée sur la continuité de la prise en compte de l’autre, est indispensable à la compréhension de l’autre et à la vie démocratique. Le sociologue David Le Breton dans « La Fin de la conversation ? La parole dans une société spectrale » évoque une « rupture anthropologique » à propos de la remise en cause de ce qui était depuis toujours la matrice première de la sociabilité.

Philippe Bernard : Il fut un temps où l’on pouvait passer des heures à converser au téléphone et où la meilleure façon de trouver son chemin était de le demander à un passant. Refuser la nostalgie ne signifie pas pour autant fermer les yeux sur les ravages sociaux causés par certains usages des smartphones et leur omniprésence dans nos vies connectées. Le confort des écouteurs nous extraient de la compagnie de nos semblables. notre « prosternation » permanente devant le portable est synonyme d’enfermement, d’addiction et d’aliénation. Jam ais on n’a autant communiqué sans parler aux autres. Paroxysme en la matière, « les réseaux sociaux incarnent un monde de l’autre sans autres ». Alors que nous n’avons jamais été autant connectés, jamais le sentiment de solitude n’a été aussi répandu. Le principal danger, plutôt qu’être anesthésié par notre portable, c’est de ne plus en être conscient. Les cafés citoyens et les apéros de voisins apparaissent lilliputiens, pour ranimer des conversations à visage humain, face aux forces destructrices déchaînées par les géants de la tech.

– « Nous avons libéré un monstre. Les téléphones portables et les réseaux sociaux volent l’enfance de nos enfants », s’est alarmée, le 7 octobre 2025, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, avant d’annoncer l’interdiction de ces derniers aux moins de 15 ans

– « Il n’y a plus aucune interaction, il n’y a plus d’humanité », a résumé Emmanuel Macron, le 28 novembre 2025, avant d’annoncer l’interdiction des portables dans les lycées à la prochaine rentrée.

Les commentaires sur lemonde.fr

on lâche rien : Il y a quelques jours, durant un trajet en métro, j‘ai observé autour de moi dans la voiture où je me trouvais que quasiment tous les passagers avaient le nez dans leurs smartphones et que quasiment personne ne prenait en compte son environnement visuel proche avec les êtres humains qui s‘y trouvaient. J‘ai ressenti une forme de malaise avec ce sentiment qu’effectivement, la société devenait lentement mais sûrement une somme d’individus isolés qui vivent dans leurs bulles digitales mais qui sont de moins en moins capables de regarder le monde et les personnes qui vivent autour d‘elles.

Psido : Ceci est particulièrement pertinent dans l’entreprise où la « com » par mail et power point remplace systématiquement la discussion. Bombardage continu, boîte mail saturée, aucune hiérarchisation des sujets ni mise en perspective, perte de sens. « T’avais qu’à lire mon mail » CQFD

Mob Borane : cet article a déjà été fait mille fois, mutatis mutandis, pour le calcul (le crayon et le papier remplacés par la calculette, nous sommes donc devenus bêtes ), l’écriture (remplacée par le correcteur automatique et ChatGPT, nous sommes donc devenus des légumes) et pour la lettre d’amour timbrée et postée en tremblant (remplacée par un vague email et un clic rapide, nous sommes donc devenus sans cœur). Affirmations parfaitement indémontrées, typiques d’une sociologie de comptoir hors sol.

Patipas @ Mob Borane : Vous croyez vraiment que l’utilisation à outrance des portables n’a aucune influence sur les relations parents-enfants ? Sur la construction du langage ? Tout est question de fréquence d’utilisation, de qualité d’écoute et de la pertinence des outils. Avancer oui, mais à bon escient.

Balmou @ Mob Borane : L’utilisation de la calculette a été un désastre en classe, le correcteur orthographique conduit à ne plus savoir écrire, soit à terme à ne plus savoir penser, et l’IA générative rendra crétin et paresseux.

Flytox : C’est ça , en fait, le grand remplacement. Le remplacement, par des IA, à tous les étages…

Jmlefranc : Salutaire réflexion mais complètement à côté de la plaque. Il y a quarante cinq ans, j’achetais le Monde le jour d’après et les nouvelles à la télé c’était Mourousi. Aujourd’hui j’ai en temps réel, le NYT, le WSJ, The Guardian, on me parle de Nik Fuentes ou de Curtis Yarvin, je peux immédiatement vérifier sur pièces ce qu’ils racontent. J’ai regardé le débat Glucksmann-Zemmour commenté par Victorovitch. Où est le déficit de conversation ? J’ai passé la soirée avec des amis, on a parlé de tout et de rien. Les enfants étaient en soirée pyjama chez des potes à se marrer devant Miss France sur TF1. Je me sens mieux dans ce monde plus ouvert, plus rapide, plus riche que celui d’il y a quarante cinq ans.

Boo Radley @ Jmlefranc : Ce que vous décrivez est peu représentatif et les gens qui fréquentent les milieux populaires constatent chaque jour les ravages causés par l’omniprésence des smartphones, réseaux sociaux, influenceurs et par l’IA. Utiliser ces outils d’une manière saine, ouverte et enrichissante relève déjà de savoirs et de savoir faire qui ne sont pas partagés par toute la société. À vous l’enrichissement intellectuel, le développement de l’esprit critique et le cosmopolitisme éclairé et engagé. À eux et à leurs enfants l’asservissement aux mirages du consumérisme et du pulsionnel, l’enfermement sur soi, la récupération par le RN… et les TND (troubles du neuro-développement). Comme l’alimentation, l’écran suppose une éducation. À défaut, il creuse et amplifie les inégalités.

Chaji : On s’est laissés enfermés dans un fonctionnement se rapprochant de l’autisme. Notre société technologique, des artefacts, pousse à ça, dès l’enfance. On est trop obligé d’être assis sur une chaise, dès l’école et ensuite dans de nombreux postes de travail, à devoir ne faire fonctionner que notre tête sans utiliser notre corps, sans interaction avec la nature ni avec des camarades ou collègue, en travaillant de façon individuelle. Il serait temps de revaloriser le travail manuel, souvent à plusieurs, en contact direct avec la matière

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Le Danemark vent debout contre les écrans

extraits : Mette Frederiksen, première ministre du Danemark :« Nous avons accepté les téléphones portables dans la vie de nos enfants avec les meilleures intentions. Pour qu’ils puissent appeler à la maison et communiquer avec leurs amis. Mais, en réalité, nous avons libéré un monstre… Jamais auparavant autant d’enfants et d’adolescents n’ont souffert d’anxiété et de dépression … Beaucoup ont des difficultés à lire et à se concentrer… Sur leur écran, ils voient des choses qu’ils ne devraient pas… 60 % des garçons âgés de 11 à 19 ans ne voient pas un seul de leurs amis physiquement pendant leur temps libre au cours d’une semaine… »….

Les écrans menacent la santé mentale

extraits : Auparavant, les enfants vivaient des aventures, ils circulaient librement à vélo, exploraient les bois. Le jeu libre était un espace où ils pouvaient s’amuser et grandir de façon autonome. Ils vivaient des expériences essentielles au développement du cortex cérébral frontal et de leurs aptitudes sociales. Plus aujourd’hui avec les écrans. Les contenus créés par des intelligences artificielles les rendra encore plus accros aux écrans. Tout cela se terminera très mal. Les adolescents ne devraient pas avoir accès à un smartphone avant 14 ans. Les écoles ne devraient pas admettre de téléphone dans leur enceinte….

12 réflexions sur “Fin de la conversation, dictature en route !”

  1. Point de vue d'un sociologue

    – « Dans un entretien au « Monde », le chercheur estime que l’ère de la communication virtuelle alimentée par les réseaux a miné le rapport direct à l’autre, encore plus mis à mal par une solidarité en berne et par la polarisation des opinions. […]
    Comment définiriez-vous la conversation ?
    La conversation est par essence un rapport de visage à visage. Quand on se parle en face à face, on prête attention à son interlocuteur, on se regarde dans les yeux. […]
    La communication, c’est tout le contraire : le visage, le corps disparaissent. On est dans l’utilitarisme, la prise d’information [voire désinformation]. Alors que la conversation, c’est le va-et-vient du sens : on est dans l’incertitude, la gratuité. »

    ( David Le Breton, sociologue : « La conversation est devenue un luxe anachronique »
    Le MONDE 29 novembre 2025)

  2. Ce changement, je l’observais il y a bien longtemps déjà. Bien avant l’arrivée de ce put’ de Smarfon.
    D’abord j’ai vu, ou plutôt entendu, ce qu’ON avait, désormais, de si important à se raconter :
    – « T’es ou ? Qu’est-ce que tu fais ? » ; « Je suis chez Auchan, les petit-pois sont en promo, j’en prends combien de boîtes… deux ou trois, qu’est-ce que t’en penses ? »
    Et puis j’ai vu que pendant leur récré, les jeunes ne se parlaient plus. Et se tenaient, bien sagement… tous dans leur coin. Les «branchés» parlaient à leur portable… En fait ces «chanceux» conversaient…
    Avec qui et de quoi, va savoir. Et ceux qui n’avaient pas la «chance» d’être équipés se tenaient encore plus à l’écart, comme s’ils étaient punis. Je me suis laissé dire qu’à cette époque certains de ces laissés pour compte s’équipaient d’imitations. Pour faire semblant d’être «branchés»… pour faire comme les autres… et paraître ainsi moins cons. ( à suivre)

    1. Parti d'en rire

      (et fin) Et puis j’ai vu ces jeunes cadres dynamiques qui «conversaient» les mains libres, tout en marchant. Ces guignols parlaient Business, tout en courant.
      Même en montagne… ON ne se disait même plus bonjour… trop occupés à s’étaler :
      – « Tu devineras jamais ou je suis. Je viens de me faire le Vignemale ! »

      À cette époque il aurait fallu me payer très cher pour que je leur ressemble, à tous ces imbéciles. Et puis quelque temps après je me suis retrouvé moi aussi équipé, je l’ai déjà raconté. Aujourd’hui j’en suis aujourd’hui à mon 4ème doudou, à clapet. Misère misère !

  3. Les personnes de moins de 16 ans d’Australie sont officiellement interdits d’accès à de nombreux réseaux sociaux depuis mercredi 10 décembre minuit (mardi 9 décembre à la mi-journée à Paris). Cette démarche pionnière au niveau mondial vise à protéger la jeunesse des algorithmes addictifs d’Instagram, de TikTok ou encore de Snapchat. Des centaines de milliers d’adolescents s’apprêtent donc à se réveiller déconnectés des applications sur lesquelles ils pouvaient passer plusieurs heures par jour.

    1. Mais pour leur interdire les réseaux sociaux, il faudra confirmer leur identité pour avoir leur âge. Alors c’est la fin de l’anonymat, mince c’est très ennuyeux si jamais l’interdiction touche Biosphère, il n’y aura plus qu’un seul intervenant dans les discussions.

  4. Cet été j’ai dû monter à la Capitale, où j’ai passé 3 jours. Des années que je n’y avais pas mis les pieds, je m’en serais bien passé, mais bon. Ce fut quand même une belle expérience.
    Je vous passe le contraste entre le clinquant de la Défense, le charme historique de Montmartre, et la crasse de certains quartiers à deux pas.
    Dans le métro, je me suis amusé à les compter… Pas moins de 8 sur 10.
    Quasiment TOUSTES avec leur put’ de Smartfon !
    Et pas un mot, pas un regard, pas un bonjour, pas un sourire. Misère misère !

    Retour dans « ma » province, en train. Décollage de Montparnasse vers 13h, atterrissage prévu aux alentours de 19h, dans la Ville Rose. Wagon blindé, clim moyenne, et là encore pas un mot, pas un regard, pas un bonjour, pas un sourire. À peine installé(e)s TOUSTES se (re)plongent dans leur put’ de Doudou. Les heures passent, il fait chaud, mon dieu quel calvaire, vivement qu’ON arrive, misère misère ! (à suivre)

    1. Second épisode

      (suite) Et puis, aux alentours de 16h… enfin une voix, au plafond, du wagon :
      – « À l’attention des voyageurs. De violents orages sont actuellement en train de s’abattre au sud de Brive-la-Gaillarde. L’arrivée à Toulouse risque donc d’être quelque peu retardée… Nous vous tenons informés, et patati et patata. »

      Et là, d’un coup ON relève le nez… ON se regarde… et ON ose même adresser un petit mot à son voisin, ou sa petite voisine, d’infortune :
      – « Des orages !!?? Ben non regardez, le ciel est bleu. » (Monsieur Météo)
      – « Un retard !!?? Ah non, moi je suis attendu !! » (Monsieur Trézimportant)

      Ben oui, jusque là tout va bien, pas un nuage, il fait de plus en plus chaud, la clim a rendu l’âme, et le train file plein pot vers le sud. Vers l’Orage. (à suivre)

    2. Troisième épisode

      (suite) Quelques minutes plus tard, second message, de la voix d’en haut :
      – « À l’attention des voyageurs. De violents orages, blablabla, par mesure de sécurité nous ferons donc un arrêt à Brive. Pour une durée… indéterminée. Bien sûr vous serez pris en charge, vous serez remboursés, et patati et patata. »

      Et là je vous dis pas. 🙂

      1. Ah ben si, quand même !

        Eh ben à Brive, ON y a passé la nuit ! Et ON a fait comme ON a pu.
        ON a dormi par terre, comme des chiens, même que mon chien il dort mieux.
        Bref, à la guerre comme à la guerre ! La Compagnie, ferroviaire, elle aussi a fait ce qu’elle a pu. Pour nous éviter de crever de faim et de soif. Flotte et café à volonté, petits gâteaux et tout et tout. Ou presque. Et là, croyez-le ou pas, eh ben ON se parlait !
        ON se racontait sa vie, ON partageait les délicieux petits gâteaux de la Sncf, ON rigolait, certains jouaient aux cartes, jouaient de la musique, chantaient… Et bizarrement les doudous ne servaient plus qu’à appeler les proches, pour les rassurer :
        – « T’inquiète pas chéri(e), tout va bien. Bisou, je te tiens au jus. »
        Et puis le lendemain matin, vers 10h, après le jus et le petit gâteau, eh ben ON a fini le voyage dans des cars. Arrivée à la Ville Rose à midi. Mon dieu quelle aventure !

        1. Misère misère !

          Et puis, le lendemain ON a oublié tout ça. Monsieur Trézimportant a repris son rythme de croisière, les accros au Smartfon repris leurs «bonnes» vieilles habitudes.
          C’est comme quand ON assiste à un grave accident de la route, pendant un petit moment ON roule pépère… et puis le naturel revient vite au galop.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *