dans nos archives ce texte de Michel Sourrouille du 16 août 2020 qui a sa part de vérité en 2025…
Pour la première fois depuis 1974, il n’y a pas eu de candidat spécifiquement écolo à la présidentielle 2017 après le ralliement de Yannick Jadot au socialiste Hamon. L’écologie politique devient inaudible, c’est l’alliance à gauche qui prévaut, pas le message environnementaliste. En fait cette rupture historique n’est que le signe d’une remise en cause de l’existence même d’un parti spécifiquement écolo dans l’arène politique. Les raisons en sont multiples et deviennent structurelles.
1) Les leçons des élections de 2017, un désastre pour l’écologie politique
Dans le livre de Michel Sourrouille « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » (juillet 2016), on se posait la question d’une candidature écolo à la présidentielle pour y répondre encore par l’affirmative. Il s’agissait à l’époque d’un soutien quasi-unanime de tous les écologistes à une candidature Hulot… qui n’a pas eu lieu. Or sans leader médiatiquement reconnu, les circonstances historiques font pencher autrement la balance. Le temps d’une candidature de témoignage est dépassé. Il y a en effet une écologisation effective des citoyens par les médias, un peuple écolo en formation qui n’a pas besoin d’un présidentiable écolo pour exister. Notons aussi qu’il y a stagnation historique du vote écolo, pourquoi s’acharner ? Depuis la présidentielle 1974, le score des écologistes n’est que de 3 % en moyenne alors que le Front National, alors qu’il débutait la même année, se retrouve au second tour de la présidentielle 2017. Même si le projet écolo va structurer le XXIe siècle comme seule alternative durable, dans l’instant présent c’est encore le vote utile par rapport au FN qui lamine notre électorat. A cela s’ajoute le manque de crédibilité institutionnelle des écolos, déchiré entre plusieurs tendances, écologie réaliste, fondamentaliste, alignée à gauche ou « ni droite ni gauche ».
Comme les législatives sont étroitement rattachées à la présidentielle via le scrutin majoritaire et l’inversion du calendrier, le ralliement de Yannick Jadot pouvait permettre d’obtenir aux législatives des circonscriptions réservées. Le résultat est maintenant connu ! En 2012 Eva Joly était candidate à la présidentielle et Europe Ecologie Les Verts a pourtant obtenu deux groupes parlementaires ; en 2017 il n’y a eu aucun candidat d’EELV élu aux législatives malgré le tandem Hamon/Jadot. Il n’y a plus de règles, seul compte la charisme présumé d’un présidentiable. L’élection se polarise sur une personne et Macron, à partir de rien, est arrivé au pouvoir en un an à peine. L’écologie, à partir d’un discours cohérent et réaliste depuis plus de quarante ans, n’arrive à rien. Faut-il espérer qu’il en soit autrement ?
2) Le futur de l’écologie politique n’a plus besoin d’un parti spécifiquement écolo
D’abord il y a un fait nouveau, l’aspect écolo de presque tous les programmes des candidats à la présidentielle. Le reniement de Jadot a d’ailleurs été justifié par l’importance de la thématique écolo dans les programmes de Hamon et Mélenchon. Pourquoi préserver un parti spécifiquement écolo quand d’autres candidats avec d’autres étiquettes politiques assument les évolutions de notre temps ? Si la victoire de Macron s’est faite sous l’enseigne Gauche ET (en même temps) Droite, la nomination de Nicolas Hulot comme ministre d’État et numéro 3 du gouvernement montre aussi que l’écologie est « en marche », du moins au début de ce quinquennat.
Ensuite la fragmentation des mouvances écolos révèle qu’il n’y a plus de parti unitaire possible. Aux législatives 2017, c’est l’écologie politique qui a présenté le plus de candidats, plus de 900 personnes pour 577 postes de députés. Cécile Duflot sur sa circonscription parisienne était même en concurrence avec trois autres « écolos ». La question se pose désormais, quel est LE parti qui représente effectivement au mieux l’écologie ? Il n’y a plus de réponse fiable et durable. En relation avec ce constat, il faut noter la multiplicité des positionnement militants. Après le non-accord de la gauche « plurielle » liant Hamon, Mélenchon et Jadot, les militants ont été chez Hamon, Mélenchon ou parfois même Macron… Plus fondamentalement certains militants essaiment dans tous les partis. La socialiste Delphine Batho dans son livre « Insoumise » se révèle plus écolo que socialiste après un passage au gouvernement Hollande comme ministre de l’écologie. NKM au même poste a aussi montré (à droite) un tempérament profondément écologiste. Le PS en 2008 était déjà en présence lors du congrès de Reims d’une motion d’orientation « pour un parti socialiste résolument écologique ». Tous ces éléments réunis font qu’il est peu probable qu’un parti qui se dise spécifiquement écolo élargisse son audience dans l’avenir. EELV est en voie de dissolution, quelques survivants du séisme de 2017 étant tenté par la radicalité quand d’autres veulent rejoindre le mouvement du 1er juillet de Hamon. Le MEI reste un parti minoritaire, boudé par les médias.
conclusion : il faut accepter la multiplicité des parcours militants tout en cherchant une cohérence collective. Il est bon que les militants aillent là où ils pensent être le plus utiles à la cause écolo. René Dumont disait déjà il y a longtemps qu’il fallait écologiser les politiques (et politiser les écologistes). Au niveau institutionnel et en complémentarité avec cet éparpillement des engagements, il faudrait favoriser un mouvement transpartisan, permettre par exemple la double appartenance partisane et se transformer en pôle de réflexion. C’était là l’ambition de la coopérative montée en 2011 par EELV, mais cette coopérative n’a eu aucun succès par la suite. Il y a même décalage croissant entre partis politiques écolos et associations environnementalistes.
Notons pour terminer que le livre de Michel Sourrouille sur l’écologie politique faisait la synthèse de tous les changements à promouvoir pendant un quinquennat et pour l’ensemble du XXIe siècle. Mais aux journées d’été d’EELV à Lorient en 2016, juste publié, il a été largement boudé par des militants qui croient que la course aux postes dispense d’en effort de formation.
(Compte-rendu d’un exposé de Michel Sourrouille lors des journées d’été du MEI à Dax le 23 août 2017)

Oyez, oyez, braves gens ! C’est la plaine politique française, labourée par cinquante ans de bavardages et de promesses vertes avortées. Sou rouillé, tel un vétéran au casque cabossé, compte les décombres d’une armée qui se voulait d’avenir. Les drapeaux sont en lambeaux, les mots “transition”, “biodiversité” et “sobriété” pendent comme des fanions d’anciens régiments. Les boomers ont livré la dernière bataille du progrès – à coups de conférences, de COP et de selfies avec des ministres. Et pendant qu’ils se congratulaient, les nappes phréatiques descendaient d’un cran.
NB : commentaire sous Licence Creative Commons
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Ce 7 novembre, il ne reste plus que des silhouettes fatiguées, les “anciens d’EELV”, les grognards du MEI, les survivants des coopératives écolos. Ils regardent leurs tranchées – des sections locales désertées, des mailing-lists rouillées, des mots d’ordre éteints – et murmurent : “On avait raison trop tôt, et on a vieilli trop tard.” Le champ de bataille politique est jonché de casques verts pomme, troués par la logistique socialiste et la propagande macronienne. À gauche, on parle inclusion et intersectionnalité ; à droite, relocalisation et patrimoine ; au centre, start-up nation et sobriété numérique. Tout le monde est écolo à 5 %, comme on met 5 % d’avoine dans une galette industrielle pour pouvoir écrire “riche en fibres”.
Sou rouillé, lucide, note les ruines, mais pas avec amertume : il constate simplement que la guerre des pastèques est terminée. Les rouges et les verts sont retournés à la terre — mais pas ensemble. Et moi, le sou rouillé, dernier témoin au fond de la gamelle, je vous le dis : L’écologie n’est plus un parti. C’est un souvenir, un relent, une poussière d’idéal qu’on respire encore dans le vent des ruines. Les jeunes qui viendront ne fêteront pas la victoire, mais le retrait des troupes. Ils referont tout, autrement. Sans drapeau, sans sigle, sans congrès. Juste avec la rage tranquille de ceux qui savent que la planète n’a plus de seconde mi-temps.
Si j’ai bien compris tout ça … je ne vois pas ce que Biosphère pourrait cette fois venir rajouter. Comme en septembre dernier, avec l’article “écologie de rupture, vernis vert, dystopie grise”, où il a tout torpillé. Pas forcément coulé.
J’ai quand même hâte de voir la suite.
Pas seulement pour les partis écologistes.
– « Le discours sur la « crise », le « déclin » ou plus récemment la « mort » des partis politiques a pris aujourd’hui la forme d’une véritable doxa. Nombre d’acteurs politiques, journalistes, commentateurs mais aussi universitaires semblent convaincus que cette forme d’organisation politique apparue dans le courant du XIXe siècle est aujourd’hui en voie d’extinction. […] »
( Vers la fin des partis politiques ? idil.edu.umontpellier.fr/files/2023/08)
– Les partis politiques vont-ils disparaître ? (radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/ 18 janvier 2023)
– Crise issue de la dissolution de 2024 en France (Wikipédia)
– etc. etc.. etc.
– « 2) Le futur de l’écologie politique n’a plus besoin d’un parti spécifiquement écolo »
Je ne dirais pas ça. Par contre je dis que l’écologie politique ne devrait plus avoir besoin d’aligner ses différents poulains (pouliches ou bourrins) sur la ligne de départ d’une farce électorale.
Et surtout pas à la Présidentielle. Et ceci pour les raisons qui sont dites dans cet article.
– « La question se pose désormais, quel est LE parti qui représente effectivement au mieux l’écologie ? Il n’y a plus de réponse fiable et durable. »
Si effectivement il n’y a plus de réponse fiable et durable, alors pour moi la question ne se pose plus. Mieux vaut encore se poser la question de savoir quel est LE parti qui représente au mieux la liberté, l’égalité, la fraternité, la solidarité… et/ou à l’inverse la soumission, la compétition, la loi du plus fort etc.
Ceci dit, et pour faire le lien avec l’article précédent, Cécile Duflot a raison sur ce point :
– Cécile Duflot : « Quand l’union politique sonne faux, elle devient un obstacle »
(sixactualites.fr 6 novembre 2025)
Elle dit également « Quand on sent qu’elle est factice, l’union c’est pire que tout ».
C’est sûr. Et on en revient encore à cette affaire de confiance, sans laquelle tout s‘écroule.
Quand on en est à ne plus pouvoir faire confiance à personne, ni en rien du tout, ou alors en n’importe quoi, ce qui est pareil… alors c’est la fin de tout. Et j’ai bien peur que nous en prenions le chemin. Les mensonges et les trahisons, mais aussi la peur, le ras le bol, la Grosse Fatigue, la Grande Confusion, les fake news, l’IA… tout ça n’arrange pas la confiance.
D’autre part elle réfute l’idée (pour 2027) d’une primaire cantonnée aux partis de gauche. Disant que c’est «une machine à créer des divisions». Ce qui n’est pas faux. Seulement les divisions n’ont jamais eu besoin d’attendre les primaires pour exister.