A la veille du lancement des débats le 12 mai dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, la ministre de la santé Catherine Vautrin veut « compléter » la rédaction du texte sur l’aide à mourir pour un accès encore plus encadré, en définissant plus strictement le droit de recours par des malades en « phase avancée ». Comme « le discernement est absolument majeur », elle va aussi déposer « au nom du gouvernement un amendement pour rétablir le délai de réflexion incompressible de 48 heures à compter de l’accord des médecins ». Quant à savoir si cette réforme, qui divise jusqu’au sein du gouvernement et n’a eu de cesse d’être retardée, sera adoptée avant la fin du quinquennat, la ministre se veut « extrêmement prudente ».
Donc ce qui compte pour la ministre, c’est le pouvoir des médecins, l’obligation des soins palliatifs et un discernement des citoyens qui n’existe pas. Même LE MONDE va dans ce sens avec Sara Piazza.
Sara Piazza : « Liberté individuelle », « droit ultime », « avancée sociale » : la proposition de loi actuellement réexaminée, qui vise à légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, est aujourd’hui portée par une partie de la gauche comme un combat progressiste. Et si elle relevait plutôt d’une fiction libérale, celle d’un individu autonome jusqu’à sa mort ? La « liberté individuelle » est vaine sans les conditions socio-économiques qui permettent de choisir. Un « choix » posé dans la précarité, l’isolement, le manque de soins n’est pas un vrai choix. Il est induit, parfois intériorisé. Des conditions de vie dégradées ou des représentations sociales délétères biaisent fondamentalement le prétendu choix libre et éclairé. Plutôt que d’ouvrir la porte à la mort médicalement administrée, consacrons nos moyens à nos services publics à combattre les inégalités d’accès au soin et à l’accompagnement.
Le point de vue des écologistes prêts à mourir
Michel Sourrouille : Sara, permettre l’aide à mourir n’est pas incompatible avec l’idée de donner des moyens aux soins palliatifs. Au contraire, ceux qui décident d’abréger leur vie laisse plus de moyens financiers pour ceux qui veulent finir comme des grabataires. Quant à ton argument d’une liberté de choix sous contrainte, rappelons qu’il n’y jamais de liberté absolue, mais de choix socialement orienté. Tu as l’air de défendre l’extension de clientèle pour alimenter ton job de psychologue en service de soins palliatifs, nous aimerions aussi savoir explicitement si ce sont des conceptions religieuses qui te poussent à vouloir nous empêcher de choisir notre mort ? Google nous indique que tu es chrétienne.
Alain29 : Les soins palliatifs sont une chose, le droit à mourir dignement en est une autre. Tout à fait d’accord pour développer les soins palliatifs dont l’accès doit être garanti à tous. Mais le choix de sa mort est un droit fondamental qui ne prive personne de ses convictions intimes, qui n’oblige personne, qui laisse intact le droit personnel de s’y refuser. Ce débat est un archaïsme renvoyant à l’époque où les religions dictaient la loi.
Phillhermite : En plus, le projet de loi est très restrictif, il faut être à l’article de la mort pour être éligible. Alzeimer/Parkinson ne rentre pas dans le cadre. Et là, c’est parti pour plusieurs années en ehpad (avec les inconvénients que l’on connaît). La personne perd la mémoire, la liberté de mouvement et on l’oblige à vivre avec sa maladie, sa prison jusqu’au bout. Ces politiques n’ont aucune humanité. Il faut leur dire aussi que ça permet aussi de réduire le déficit de la sécu et de la retraite.
Merle : Bon finalement la Suisse et la Belgique restent encore les 2 solutions, nos politiques cathos français sont tellement timorés sur ce sujet pourtant crucial. Nos ministres ont le droit d’être contre une telle mesure à titre personnel mais n’ont pas le droit moral d’imposer leur choix à toute une société.
Nos articles sur le libre choix
Euthanasie, éternel débat sur le libre choix
extraits : Notre mort nous appartient, c’est notre ultime liberté, elle n’appartient ni à dieu, ni aux religieux, ni aux médecins qui ont beaucoup trop de pouvoir et dont la consultation sur ce sujet devrait être purement technique. Parlons de décolonisation des esprits opprimés par le préjugé que notre liberté peut être contrainte par un pouvoir, religieux ou médical, paternaliste. Le choix revient au sujet. Personne n’est forcé….
Fin de vie, libre choix ou principes moraux ?
extraits : La fin de vie est un dilemme devant lequel la morale est impuissante. S’indigner au nom de grands principes, qu’est-ce d’autre sinon user d’autorité et, par paresse, se dispenser de donner des arguments ? La jurisprudence est préférable à la doctrine tant il est difficile de tenir le juste milieu entre « deux tentations de faire le bien : l’acharnement thérapeutique et l’euthanasie ». Mais la jeunesse sera peut-être heureuse d’apprendre que lorsqu’elle ne sera plus en capacité de mourir toute seule, par elle-même, comme une grande, elle pourra bientôt compter sur une aide de l’Etat. Elle n’aura qu’à demander….
Fin de vie et arrêt des soins palliatifs
extraits : Il nous paraît hallucinant que le gouvernement ménage d’emblée le corps des médecins gagnant leur vie par les soins palliatifs et l’acharnement thérapeutique au détriment des usagers, ceux qui ont personnellement besoin qu’on arrête de les « aider » à survivre. Rappelons que dans un sondage Ifop d’octobre 2022, les Français expriment leur rapport à l’aide active à mourir. 78% des Français attendent de la convention citoyenne sur la fin de vie qu’elle légalise l’aide active à mourir ; 79 % des Français se disent confiants dans un médecin qui se déclarerait favorable à l’euthanasie ; 77% des Français se disent confiants dans un médecin qui déclarerait pratiquer des euthanasies ; 82 % des Français considèrent l’euthanasie et le suicide assisté comme des soins de fin de vie à part entière…..
Fin de vie, les médecins n’ont rien à en dire
extraits : Il va y avoir, croit la présidente de la SFAP (Société française d’accompagnement et de soins palliatifs), des « conflits d’interprétation » entre médecins et malades à propos de l’aide à mourir. Pour qui se prennent ces médecins : de nouveaux prêtres ? La réponse de fond est la suivante : le médecin est au service du malade et ses états d’âme personnels, ses dogmes ou ses névroses n’ont pas à intervenir ! S’il y a des « conflits d’interprétation » entre les médecins et le patient, l’avis du patient doit prédominer….

Les députés ont approuvé, samedi 17 mai, la création d’un « droit à l’aide à mourir », et rétabli le principe selon lequel les patients devront s’auto-administrer la substance létale, sauf lorsqu’ils ne sont pas en capacité de le faire. L’Hémicycle est revenu sur la version adoptée en commission à la mi-avril, qui accordait à la personne souhaitant recourir à l’aide à mourir la liberté de choisir entre auto-administration du produit létal et administration par un médecin ou un infirmier. L’auteur et rapporteur du texte, Olivier Falorni, a exprimé son « désaccord » avec la remise en cause du « libre choix », rappelant qu’il s’agissait d’un « des points cruciaux » pour la convention citoyenne qui avait été mise en place par le président de la République, pour réfléchir sur le sujet. (à suivre)
(suite) Dans la soirée, l’Hémicycle a commencé à discuter d’un autre article-clé, celui définissant les critères d’éligibilité à l’aide à mourir. Cinq critères cumulatifs sont prévus dans le texte issu de la commission : être âgé d’au moins 18 ans ; être Français ou résidant en France ; être atteint d’une « affection grave et incurable, quelle qu’en soit la cause, qui engage le pronostic vital, en phase avancée ou terminale » ; cette dernière provoquant une « souffrance physique ou psychologique » réfractaire aux traitements ou insupportable ; être apte à manifester sa volonté de façon libre et éclairée.
Notons qu’un amendement souhaitant ouvrir la possibilité d’une aide à mourir en tenant compte des directives anticipées a été rejeté.
Cet aspect là des délibérés est totalement incompréhensible. Cela signifie que le contenu d’un testament rédigé en bonne et due forme et signé d’une personne défunte n’a alors lui non plus aucune valeur ! Le libre choix n’est plus une valeur même s’il est reconnu juridiquement.
Toujours la même chanson ! Et chacun la sienne. C’est ce que nous rencontrons avec les commentateurs sur ce blog (et ailleurs). Cela voudrait dire qu’on ne peut jamais arriver à un consensus et que la démocratie est impossible. Pourtant des citoyens éclairés, c’est la tentative que nous portons sur ce blog. Nous sommes d’accord avec Corine Pelluchon, les décisions politiques doivent être articulées à des valeurs communes. En matière de fin de vie puisque c’est le sujet, la valeur de référence est le libre choix, support de la démocratie. Soins palliatifs et euthanasie ne sont pas en compétition. Il n’y a pas débat, un parlement n’aurait alors plus grand chose à discuter. Ceux qui préfèrent les soins palliatifs peuvent y accéder et faire pression si les moyens sont insuffisants. Ceux qui veulent la dernière pilule pourraient dans l’idéal l’acheter librement en pharmacie.
La situation est la même que pour l’IVG, avorter ou non, chacun son choix…
Emmanuel Macron déclare le 13 mai sur TF1, qu’il pourrait organiser un référendum sur la fin de vie. Paradoxe, en octobre 2022 dans l’avion qui le ramenait Rome où il s’était entretenu avec le pape François, Macron avait estimé que « constitutionnellement, la fin de vie n’est pas un sujet de référendum ».
De toute façon l’article 11 de la Constitution dispose qu’un référendum peut porter « sur l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent. » La réforme de la fin de vie a trait aux droits et libertés individuelles, elle n’entrerait donc pas dans le champ de l’article 11. Dès lors qu’il n’existe aucune jurisprudence en la matière, ce sera au Conseil constitutionnel d’en juger.
– « Choix de société ou problème de santé publique, marque d’autonomie ou refus de la vulnérabilité, l’euthanasie ne cesse d’interroger l’être humain sur sa propre condition. En ce sens, et comme le souligne Éric de Rus* dans cette étude, l’euthanasie est d’abord une question philosophique de l’être humain qui se questionne sur « le sens et la valeur de son existence et sa mise à l’épreuve par la souffrance ». (Euthanasie et sens de l’existence humaine. Une contribution philosophique à l’éthique – ieb-eib.org 03/05/2023)
-« Deux visions du politique et de la finitude sont en compétition. Pour les uns, les lois servent à cautionner toutes les pratiques, et l’autonomie est absolue. Les autres veillent à la fonction symbolique des lois. Ils refusent de calquer la justice sur les seuls désirs individuels et ne séparent pas le droit d’une réflexion philosophique sur la condition humaine. Le politique, loin de se réduire à la politique ou à l’art de conquérir et de conserver le pouvoir, suppose que les décisions soient articulées aux valeurs communes que nous continuons d’honorer. » (Corine Pelluchon – L’euthanasie, un choix de société – espace-ethique.org 21 Mai 2008)
– « Sur l’euthanasie, la ligne de fracture n’est donc pas essentiellement entre croyants et non-croyants, comme le présentent souvent certains de ses défenseurs, mais entre partisans d’une société porteuse d’un projet solidaire à « valeur ajoutée » pour les individus et adeptes du libéralisme philosophique, verso du libéralisme économique.
La dénonciation de l’euthanasie est un choix de société pour la solidarité, pour la protection des pauvres, un choix de progrès humain parce que collectif. »
(« L’euthanasie est le dernier avatar du libéralisme philosophique et économique »
la-croix.com 8 mai 2024)
-« Une très large majorité des Français se déclarent favorables à la légalisation de l’euthanasie, perçue comme compassionnelle et cohérente avec le droit de chacun de disposer de sa vie. Mais, dès lors que l’on entre dans le vif du sujet, les certitudes s’effacent, tant il est difficile, individuellement et collectivement, de négocier avec l’interdit de tuer. Comment penser l’impensable ? »
(L’euthanasie, un cas de conscience – psychologies.com 21 février 2024)
J’ai déjà dit que j’étais d’accord avec ce que dit là Sara Piazza. Je rappelle au passage que je suis de gauche, que je ne suis pas une grenouille de bénitier, pas plus qu’un bouffeur de curés.
Suis-je un écologiste prêt à mourir ? J’ai déjà dit X fois que je n’osais plus me dire écologiste.
La raison vous la savez, non pas que je me foute de l’environnement, c’est juste mais parce qu’aujourd’hui ce mot ne veut plus rien dire. Aujourd’hui l’écologie se marie à toute les sauces, même les plus pourries.
Suis-je prêt à mourir ? Comme tout le monde je suppose. Je ne pense pas non plus qu’il y aurait un meilleur moment qu’un autre… pour mourir. En attendant je ne suis pas pressé.
( à suivre)
suite) Bref, j’ai déjà dit ce que je pensais de cette réponse de Michel Sourrouille à Sara Piazza. Celle d’Alain29 est plus mesurée, seulement elle nous renvoie encore à ces notions de «liberté individuelle», de «droit ultime» et de «libre choix». Ce dont parle justement Sara Piazza, et ce dont j’en ai rempli des pages. Résultat ON n’avance pas, ON tourne en rond, ON s’enfonce… et ON appelle ça un «débat». De mon point de vue, de quoi peu importe, l’argument (avec ou sans «») de Phillhermite, selon lequel (je cite) ces politiques n’ont aucune humanité… qu’il faut leur dire aussi que ça permet aussi de réduire le déficit de la sécu et de la retraite… est tout simplement misérable.
Quant à ce que raconte ce Merle, finalement c’est comme ce que moi je raconte. Toujours la même chanson ! Et la encore à chacun là sienne.
En résumé, nous sommes toustes des merles chanteurs. 🙂