Fin de vie, Sénat et soins palliatifs

Le Sénat a rejeté, le 28 janvier 2026, la proposition de loi sur l’aide à mourir, après l’avoir vidée de sa substance une semaine plus tôt. Pourtant, ce texte est souhaité depuis longtemps par une majorité de Français.

Christine Jordis : Les sénateurs LR voulaient remplacer l’« assistance médicale à mourir » par un « droit au meilleur soulagement possible de la douleur et de la souffrance ». Quel abus de pouvoir inacceptable est-ce là : vouloir imposer aux autres une morale qui ne dépend que de nos opinions propres ? On peut imaginer que nombre des sénateurs à une aide à mourir se recommandent d’une loi divine qui nous interdirait de mettre fin à nos jours ; autrement dit, une loi qui nous ordonnerait d’accepter une mort dite « naturelle ». « Naturelle », cette mort ? En 1740, l’espérance de vie se situait à 25 ans ; en 1810, grâce aux progrès de la médecine, à 37 ans ; aujourd’hui, à environ 80 ans pour les hommes et 86 ans pour les femmes. Qu’y a-t-il de naturel dans une vie aujourd’hui prolongée par les progrès de la médecine, jusqu’à nous réduire, parfois, à l’état de légumes ?

Comment accepter que notre mort ne soit qu’une basse affaire de discussion entre politiciens ? Notre mort nous appartient, à nous, seulement à nous, et à personne d’autre : ni aux soignants, ni aux religieux, ni aux parlementaires. Que l’on développe les soins palliatifs, certes, est une nécessité. Mais qu’on ne nous prêche pas une solidarité au pied du lit des mourants alors que la première preuve d’un tel sentiment serait de respecter la volonté de la personne concernée. Faudrait-il donc se tirer une balle dans la bouche ou se jeter par la fenêtre ? Un procédé pris dans la tranquillité d’une chambre auprès de ses proches vaut tout de même mieux que des solutions aussi extrêmes.

Quelques éléments de débat

Philippullus : La principale opposition à l’aide à mourir ne vient pas de la religion qui est bien peu respectée à l’heure actuelle par toutes les croyantes qui choisissent l’avortement. L’origine principale du blocage vient des professionnels des soins palliatifs qui parlent de compassion, mais qui en réalité veulent conserver leur gagne-pain.

Bandera : On lit : « Notre mort nous appartient, à nous, seulement à nous, et à personne d’autre : ni aux soignant… » Justement la majorité des soignants ne veut pas être associée à ce geste ignoble que la loi voudrait les obliger à exécuter. Exécuter au sens « propre ». La loi Léonetti est aujourd’hui suffisante. Que cette Christine Joris visionne le film Soleil vert, pour voir la société affreuse qu’elle appelle de ses vœux.

zitouni en réponse à Bandera : une majorité n’a jamais été une totalité.

Tarbes en réponse à Bandera : « geste ignoble », c’est déjà votre morale personnelle qui parle. Certains y verront un geste libérateur, et il est d’abord question de permettre aux malades de se suicider dignement. Sur la position majoritaire des soignants, d’une part j’aimerais avoir des sources fiables, d’autre part quand je serai en train de mourir dans des souffrances insupportables, comme ça arrive encore, mes soignants pourront aller s’enfoncer leurs principes bien profond, et je ne vois pas au nom de quelle morale on pourrait bloquer ma décision

Georges Serein en réponse à Bandera :Il ne s’agit pas de rendre obligatoire le suicide mais de ne plus l’interdire. Soyez rassuré !

Dufiloy en réponse à Bandera : Pourquoi avez vous si peur ? Et réellement de quoi ? De la mort elle-même ? C’est pourtant ce qui nous attend, qu’on la retarde ou non.

En savoir plus sur les soins palliatifs

Fin de vie et arrêt des soins palliatifs

extraits : Les quelque 170 participants appelés à siéger à la convention citoyenne sur la fin de vie, qui s’ouvre le 9 décembre 2022 au Conseil économique, social et environnemental (CESE), vont se réunir neuf week-ends de trois jours jusqu’au 19 mars 2023 pour tenter de répondre à la question formulée par la première ministre, Elisabeth Borne : « Le cadre d’accompagnement de la fin de vie est-il adapté aux différentes situations rencontrées ou d’éventuels changements devraient-ils être introduits ? » Les praticiens des soins palliatifs se déclarent opposés pour la plupart à une légalisation de l’euthanasie….

Remise des conclusions de la Convention citoyenne (3 avril 2023)

extraits : Dans son rapport final, la Convention citoyenne sur la fin de vie se prononce en faveur de l’ouverture, sous conditions, du suicide assisté et de l’euthanasie. Le président de la République a annoncé un projet de loi d’ici la fin de l’été.

– À 75,6% la Convention se positionne en faveur d’une aide active à mourir, considérant que le cadre légal en vigueur (loi Clayes-Leonetti de 2016) est insuffisant. Elle évoque par exemple la limite posée par la loi, dans l’état actuel, sur la pratique de la sédation profonde et continue.

– Sur la question du suicide assisté ou de l’euthanasie, la Convention se prononce pour une mise en place conjointe des deux, considérant que choisir une des deux solutions ne répondrait pas à la diversité des situations rencontrées.

– La Convention pose comme préalable que la volonté du patient soit entendue et respectée en prenant en compte sa capacité de discernement, qu’elle soit exprimée directement ou indirectement (par une personne de confiance).

– La question de l’âge à partir duquel une aide à mourir est envisageable n’a pas été tranchée….

Fin de vie, démographie et écologie (extraits)

Nous répondons à la question d’un de nos commentateurs, Michel : « Que viennent faire les écologistes (qui veulent en finir avec la vie) dans le débat politique sur le suicide assisté ? »

Réponse : Le droit à la vie n’est pas un principe intangible, il est modulable selon l’évolution de la conscience sociale et écologique. Sur une planète de 8 milliards d’êtres humains, surpeuplée, on peut s’interroger aussi bien sur les conditions de donner la vie comme sur les modalités de sa mort. Le mouvement gink (pas d’enfant pour des raisons écologiques) est une option de départ. L’interruption volontaire de vieillesse (ou de maladie) une autre en fin de course. L’essentiel dans les deux cas est de respecter la liberté de choix des personnes. Mais si on ne limite pas la population en proportion des ressources disponibles, alors il y a mortalité non désirée, famine, guerre ou épidémie comme l’a montré Malthus et l’histoire humaine….

6 réflexions sur “Fin de vie, Sénat et soins palliatifs”

  1. (suite) Et là encore d’un côté les verts, les bien-pensants, de l’autre les rouges, les andouilles, les maudits. Enfin, cette fois un seul rouge, qui nous parle de Soleil vert. Bandera seul contre tous, les autres andouilles. Qui pensent que les pires des maudits sont les professionnels des soins palliatifs. Misère misère !

    – « En 1740, l’espérance de vie se situait à 25 ans […] Qu’y a-t-il de naturel dans une vie aujourd’hui prolongée par les progrès de la médecine, jusqu’à nous réduire, parfois, à l’état de légumes ? » (Christine Jordis)
    Une fois qu’ON a dit «naturel»… ON a tout dit. Plutôt rien du tout. C’est comme quand ON dit que c’est la nature humaine. Autrement dit circulez il n’y a plus rien à voir, ni à dire, c’est comme ça, amen et inch’Allah !
    Ceci dit, mais qui souhaite vivre et finir comme un légume !?
    Et là encore… mais c’est quoi cet «argument» !? (à suivre)

    1. (suite) La réalité des choses, c’est que tout le monde veut vivre le mieux possible.
      Et ça ON peut dire que c’est naturel. Et puis un jour mourir, parce qu’il le faut bien.
      Mais pas comme un chien. C’est à dire sans trop souffrir, bien sûr. Et à ce moment là, être entouré, accompagné.
      Sauf que aujourd’hui «bien vivre» ça veut dire (entre autres) rester jeune, beau et performant le plus longtemps possible. Courir et bander jusqu’à 100 ans, et plus si affinités. Et puis être assisté, de tous les côtés. Aujourd’hui vivre et mourir «dans la dignité» c’est ça. (Vivre et penser comme des porcs – Gilles Châtelet).
      Et tout ça pourquoi ? Eh ben parce que je le veau bien (pub L’Oréal), tout connement !

      Et puis en attendant, braves gens, sachez que :
      – « Si vous tombez malade, c’est presque toujours de votre responsabilité. »
      (lecho.be/sabato/bien-etre 30 janvier 2026)
      Ben voyons. Et si vous restez toujours qu’un pauvre con c’est pareil. (à suivre)

      1. Parti d’en rire

        Alors vivement que le Progrès (qui progresse, pour des siècles et des siècles amen) nous rende immortels. Et là enfin, adieu toutes ces conneries !
        Comme ON ne sait jamais… en cas de grave maladie, ON pourra toujours se faire greffer des organes tout neufs, obtenus dans des éprouvettes. Et même se faire mettre des super machins high-tech. Et avec ça, ON repartira comme en 40. Pour 100 ans de plus.
        Ben oui, plus c’est long plus c’est bon ! C’est comme avec un vélo, avec un bon entretien et en remplaçant les pièces usées ON n’en verra jamais la fin. Plus besoin alors de produire toujours plus de vélos, ni de se reproduire comme des lapins.
        Et là, enfin, la Biosphère nous remerciera. Et même qu’elle nous bénira !

      2. Folie actuelle

        – « L’idée de repousser les limites de la vie fascine depuis l’Antiquité, mais aujourd’hui, c’est dans la Silicon Valley que ce rêve se réinvente. Les fortunes colossales de certains investisseurs, à l’image du capital-risqueur américain Bryan Johnson, alimentent un secteur en pleine expansion: celui de la longévité. »
        (Les experts alertent sur trois défis majeurs qui freinent l’essor fulgurant de l’industrie de la longévité – 24matins.fr 20 septembre 2025)

        – « La société attend des retraités qu’ils vieillissent « en bonne santé », qu’ils demeurent autonomes et discrets, comme si l’idéal était de vieillir sans jamais peser [etc.] » (Démographie : « La société de la longévité nous oblige à sortir de l’obsession de la performance » la-croix.com 21 janvier 2026)

        1. esprit critique

          (et fin) De mon point de vue… cette obsession (folie) de la performance (toujours plus) qui s’observe partout… et qui va maintenant jusqu’à vouloir repousser la mort, et nous mettre dans nos pauvres têtes des idées pourries… comme celle que la maladie est un choix (sic), que les malades et les vieux sont des boulets, et j’en passe… est un problème bien plus important que celui de ce «choix» entre soins palliatifs et euthanasie. Tout est lié certes.

  2. – « Pourtant, ce texte est souhaité depuis longtemps par une majorité de Français. » (Biosphère)
    – « Si j’ai raison contre tout le monde, j’ai déjà la majorité d’une voix » (Thoreau)

    L’Opinion (celle du Gros Animal) est à géométrie variable. Non seulement parce qu’elle n’est qu’une girouette (un jour dans un sens, le lendemain dans l’autre), mais parce que tantôt ON nous dit qu’il est ridicule (mal) de vouloir faire comme tout le monde (comme les autres), et tantôt ON nous dit que c’est bien. En fait, lorsque l’Opinion va dans le sens de ce qu’ON souhaite ou pense personnellement… là ON bénit la Démocratie. Dans le cas contraire ON maudit la Démocrassie.
    Dans ce genre de «débat», se servir de l’Opinion, en faire un argument, n’est rien d’autre que du populisme de bas étage. Et même de l’hypocrisie, notamment quand ON passe son temps à la conspuer. (à suivre)

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