Guerre du pétrole, réalité et faux semblants

La part des produits pétroliers domine encore dans la consommation finale mondiale d’énergie (40 %). Nous sommes donc extrêmement dépendants et pourtant nous faisons comme si le prix du litre d’essence (ressource non renouvelable) devait être similaire au prix du litre de lait entier (ressource renouvelable).

Jean-Baptiste Fressoz : En 2017, rendant visite au siège de la CIA, Donald Trump déclare que les Etats-Unis auraient dû « prendre le pétrole » irakien après l’invasion de 2003, ajoutant qu’« il y aurait peut-être une seconde chance ». Ce genre de déclaration relève de ce que Vitalis appelle « l’oilcraft ». Le terme n’est pas facile à traduire. Par analogie avec statecraft, l’art de gouverner, il désigne un ensemble de récits qui font du pétrole une source quasi magique de puissance politique. Malgré une occupation militaire prolongée, le pétrole irakien est demeuré une marchandise échangée sur le marché mondial, soumise à des logiques commerciales. Il est resté accessible, y compris, et même surtout, à des puissances rivales de Washington, comme la Chine…C’est cette leçon que Donald Trump refuse de tirer lorsqu’il affirme que les Etats-Unis auraient dû « prendre le pétrole » irakien – et qu’ils vont se rattraper sur celui du Venezuela.

Le pétrole n’est pas une sorte de trésor souterrain que l’on peut « prendre » : il n’a de valeur que par l’investissement, par l’absence de substitut, par l’expertise des entreprises qui savent l’extraire, par l’intégration aux marchés – tout ce qui fait aujourd’hui défaut au Venezuela. Donald Trump n’est un qu’un croyant naïf. Le problème, c‘est qu’une mauvaise histoire dans un cerveau mégalomaniaque peut engendrer d’immenses désastres.

Michel Sourrouille : L’essentiel dans le discours de Jean-Baptiste, c’est que les conditions d’extraction du pétrole devient de plus en plus coûteuse et donc que le prix du baril doit augmenter. Plus c’est rare, plus c’est cher. Si l’offre est égale à la demande à un moment donné, avec des prix bas et relativement stable, c’est de la myopie. La constance du marché à ne pas envisager le long terme nous envoie dans le mur, une augmentation brutale du baril, un choc pétrolier suivie d’une crise internationale d’autant plus aigu qu’on commencera à envisager la fin du pétrole trop tard. Trump et son « drill, baby drill , n’est que les derniers gémissements des politiciens qui croient encore au miracle.

Un système international cohérent ferait en sorte qu’on programme une augmentation constante du prix des carburants pour préparer la population à se passer de ressources fossiles dont on rappelle que leur combustion entraîne le réchauffement climatique. Sinon pétrole apocalypse !

Les commentaires sur lemonde.fr montrent qu’on regarde la réalité par le petit bout de la lorgnette, on occulte complètement ce qui conditionne notre avenir.

JeDubiteTuDubites : Ça doit faire partie du boulot du CNRS de produire des lignes publiées par Fressoz. Avec nos impôts bien sûr !

Makaevitch : Et si l’objectif de Trump était plutôt de contrôler des pays exportateurs de produits pétroliers vers la Chine ?

Oblomov : prix élevés sur le marché signifie prix élevés à la pompe pour l’électeur, et coûts plus élevé pour l’industrie utilisant de l’énergie à base de pétrole. Pas de quoi favoriser le succès de l’économie trumpienne.

LINDAKIEU : Le slogan de Obama est « Yes, we can » et il n’a rien foutu. La quasi-totalité des experts et médias mainstream ont prédit des échecs de Trump. Il a réussi deux fois à se faire élire.

Jacque P : le pétrole est la première source d’énergie mondiale, point. Et les conseillers économiques et politiques de Trump ne se trompent pas, croyez moi – surtout lorsqu’il s’agit de faire du profit, n’est-ce pas? Donc, oui, les USA ont investi le Venezuela pour ses ressources pétrolières.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Octobre 1974, 50 ans déjà, le 1er choc pétrolier

extraits : Nos dirigeants ont la mémoire courte, ils font comme si le premier choc pétrolier n’avait pas eu lieu, ni les suivants. Ils restent croissancistes. Ils attendent donc le choc pétrolier ultime, celui qui fera en sorte que nous devrons agir dans l’urgence, de façon conflictuelle au niveau national (manifestations contre la hausse des prix) et international (conflits pour la répartition des ressources rares). Voici comme piqûre de rappel ce qui s’est passé en 1973-1974…

6 réflexions sur “Guerre du pétrole, réalité et faux semblants”

  1. Le premier article de notre blog « biosphere » a été posté le 13 janvier 2005, il propose chaque jour un « point de vue des écologistes ». Hébergé par le serveur ouvaton.org, c’est un Journal indépendant sur l’actualité, nous ne sommes alignés sur aucune chapelle.
    https://biosphere.ouvaton.org/blog/
    Ce blog est directement relié à un site, on peut aller de l’un à l’autre rapidement.
    https://biosphere.ouvaton.org/
    Notre site « biosphere » est relativement statique, les contenus y sont organisés par pages pour la plupart anciennes. Mais c’est un « réseau de documentation des écologistes » qui fournit à peu près toute la culture que devrait avoir un écologiste militant. Nous avons une volonté de formation des citoyens. Nous ne sommes pas un réseau social qui met en contact n’importe qui pour n’importe quoi grâce à Facebook, TikTok, Twitter (X)…
    Prière par vos commentaires de faire en sorte d’améliorer l’intelligence collective, merci.

  2. Esprit critique

    – « Les commentaires sur lemonde.fr montrent qu’on regarde la réalité par le petit bout de la lorgnette, on occulte complètement ce qui conditionne notre avenir. » (Biosphère)

    Si je prends seulement celui de Jacque P … de mon point de vue je ne vois pas ce qui cloche. Il ne fait que décrire là ce qui EST. Autrement dit la Réalité. Maintenant s’il s’agit de dire que tout ça ne durera pas éternellement, c’est une évidence.
    Ce qui conditionne notre avenir (sic) ce n’est pas seulement le Pétrole, son accès, sa rareté croissante etc. Ni même l’Énergie. N’oublions pas que notre mode de vie nécessite quelque chose comme l’équivalent de 500 « esclaves énergétiques » 24h/24 (Voir Jancovici).
    Ce qui conditionne notre avenir c’est aussi l’accès à l’eau, potable évidemment, à une nourriture saine, à un air pur. N’oublions pas les besoins essentiels (Pyramide de Maslow). Parmi lesquels la Sécurité, et donc la Paix. (à suivre)

    1. esprit critique

      (suite) Et c’est là qu’ON me dira que sans Pétrole, tout ça ne pourrait pas être assuré (ou satisfait). Ce à quoi je réponds qu’ON manque vraiment d’imagination. Que ce n’est pas spécialement le Pétrole (des autres) qui anime le Cinglé (entre autres). Que là encore le Pétrole, comme l’Énergie, et comme le Pognon, ne sont que des prétextes (façon de dire). Ce qui fait bander tout ce «joli» monde n’est rien d’autre que ce qui vient en 4ème et 5ème positions sur la Pyramide de Maslow. Besoin d’estime et d’accomplissement de soi. Autrement dit cette Puissance qu’ON représente aux yeux des autres…
      Et celle qu’ON SE représente, à ses propres yeux.

      – « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». (Étienne de la Boétie)
      Comptons-nous et comptons-les… arrêtons de les prendre au sérieux… n’essayons surtout pas de les singer. Et en voyant leur «réussite»… soyons fiers d’avoir échoué.
      Ceci juste pour dire qu’ON a urgemment BESOIN de décoloniser nos imaginaires.

  3. Jean-Baptiste Fressoz et Michel Sourrouille nous disent que l’extraction du pétrole devient de plus en plus coûteuse… Oui, et alors ? Déjà n’oublions pas que l’économie est très loin d’être une science exacte. Et que les explications de tous ces experts et autres «experts» en économie ont leurs limites. Et ne parlons même pas des «Nobels» d’économie.
    Qu’est-ce qui fait qu’un jour le prix du Baril s’envole… et qu’un autre il dégringole ?
    Qu’il dégringole même au point de passer en dessous de Zéro (- 37 dollars en mai 2020).
    Une mouche qui passe, et hop ça monte ! Si elle pète en passant, plouf ça dégringole.
    La Bourse c’est du grand n’importe quoi. La théorie de la rareté (plus c’est rare plus c’est cher) ne vaut pas grand chose non plus. Combien vaut la tonne de trèfle à quatre feuilles ?
    Celle de l’Offre et la Demande (la Poule et l’Oeuf) pareil.
    Et le Temps c’est de l’Argent, quelle blague ça encore ! (à suivre)

    1. (suite)
      La seule chose qui peut conditionner l’extraction du pétrole (énergies fossiles) c’est EROI.
      Dit aussi TRE (Taux de retour énergétique). En terme d’énergie (kWh, joules, tep…), quand il faudra dépenser l’équivalent d’1 baril de pétrole pour en pomper 1 seul… il n’y a aura plus que les Shadoks pour pomper. Les Shadoks sont tellement cons qu’ils sont capables d’en injecter 2 pour en pomper 1.
      Bien que ce TRE fonde comme neige au soleil, en 2022 il était encore de 9 pour le pétrole et de 25 pour le gaz. Autant dire de juteux profits en vue pour un moment encore.
      Dit en passant, d’après certaines études… le TRE de l’énergie nucléaire serait inférieur à 1. Autant dire qu’il ne vaut mieux pas trop parier là-dessus. Mais bien sûr ON pourra toujours dire le contraire. (à suivre)

      1. (et fin) En attendant, ce point de bascule… la seule chose qui continuera à gouverner le monde c’est le POGNON. Le Pognon qui fait la Puissance.
        La Puissance qu’ON exprime en dollars et en tonnes de chair à canon (PIB).
        Le Pognon POUR acheter ou pomper du pétrole, et du gaz. Le Pognon POUR extraire toujours plus de matières. Pour construire des gratte-ciels, toujours plus hauts. Et des pétroliers, des porte-avions, toujours plus gros. Le Pognon pour produire des armes.
        Des armes pour assurer sa «défense», sa «souveraineté», son «indépendance»…
        La bonne blague ! Autrement dit, des armes pour pouvoir « prendre le pétrole » et les ressources des autres. Autrement dit VOLER ! Et c’est ce que fait Trump, entre autres.
        Et n’oublions le Pognon pour la Transition.
        La fumeuse Transition pour sauver le Syst… oh pardon… le climat et la planète !
        Bref, laissez-moi rire !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *