Homo sapiens, espèce nuisible

On n’a pas pu observer un seul spécimen depuis plus de cinquante ans, le phoque moine des Caraïbes est donc considéré comme une espèce éteinte (LeMonde du 17.06.2008). Ce n’est qu’un exemple particulier de l’extinction massive des autres espèces entraînée par homo sapiens. Tous les autres habitants de notre planète sont considérés par les humains soit comme des choses bonnes à manger ou à utiliser, soit comme des concurrents directs pour l’espace vital et l’accès aux ressources naturelles. Ces disparitions en masse font penser à ce bon docteur qui, au début des années 1950, a transmis volontairement aux lapins une épizootie, la myxomatose, pour les détruire. Des centaines de millions de lapins de garenne moururent dans toute l’Europe, mais c’est finalement le docteur qui gagna le procès intenté contre lui : le lapin fut déclaré « animal nuisible » puisqu’il fut jugé par le tribunal l’un des plus grands ennemis des récoltes. Pourtant, du point de vue de la Biosphère, il n’y a aucune différence entre les espèces ; c’est seulement le parti pris unilatéral des homo sapiens de faire un classement entre espèces, utile ou nuisible, belle ou moche, mangeable ou tabou. Les végétariens ne veulent pas attenter à la vie animale, mais la vie végétale a tout autant de valeur que la vie humaine.

 D’une manière ou d’une autre, une société biocide qui tue à outrance et combat  à coup de pesticides les insectes, les champignons (fongicides) et les « mauvaises » herbes (herbicides), les escargots, les « nuisibles » et même les vers de terre s’en prend forcément à elle-même. C’est l’espèce humaine qui est nuisible pour la Biosphère, et elle se nuit forcément à  elle-même. Les personnes qui veulent à notre époque toujours plus de croissance économique et démographique sont des personnes nuisibles pour la santé de la Biosphère, et en conséquence pour l’espèce humaine elle-même. Homo sapiens, à classer comme homo demens.

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1 réflexion sur “Homo sapiens, espèce nuisible”

  1. Cet article est critiqué par Stéphane Ferret dans son livre « Ethique de la nature et philosophie de la crise écologique (Seuil 2011, p.208-209) dont LeMonde des livres fait la promotion. Nous exerçons notre droit de réponse.

    Ce directeur d’un cabinet de conseil d’entreprise commence par fractionner l’article susvisé, ce qui peut bien entendu dénaturer le sens de nos propos. Ensuite il nous fait un procès d’intention : « Le nouveau Dieu de notre époque est la biosphère. » Puis il analyse nos propos en deux coups de cuiller à pot : « Considérer que la vie végétale a la même valeur que la vie humaine en dit long sur l’état de santé philosophique et sur l’état de santé tout court de notre société. Le problème est qu’il ne s’agit pas d’un texte isolé. » Après quelques incidentes sans rapport avec notre texte, il revient à la charge : « Les interprétations incohérentes de la métaphysique non-H mal assimilée peuvent conduire à une sacralisation excessive de n’importe quel existant. Ici les végétaux. » Nous faisons remarquer à St. Ferret que les végétaux viennent en premier dans la chaîne alimentaire. Sans végétaux, St. Ferret n’existe pas. Et St. Ferret dédie son livre à « Herbe et Dune ». Humour involontaire sans doute…

    Finalement Stéphane Ferret s’est bien gardé de laisser un commentaire rattaché à cet article. C’est vrai que c’est plus facile d’affirmer des choses dans un livre sans contradicteur possible. C’est d’ailleurs un de rares avantages d’Internet, l’interactivité quand elle est intelligente !

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