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(7 octobre 2018) Immigration, l’écologie politique est-elle humaniste
Une certaine gauche, plus ou moins écologique, prône l’ouverture sans frontières. Ainsi la motion de la commission Immigration d’ EELV (présentée au Conseil fédéral fin septembre 2018)
« L’Europe ne doit pas être une forteresse, mais au contraire tendre vers l’ouverture des frontières ; La mise en place d’un titre de séjour européenne « résident.e étranger.e » doit permettre la libre circulation et libre installation de personnes étrangères au sein de l’UE ; Sortir de la logique sécuritaire qui régit actuellement les politique migratoires ; La Méditerranée n’est pas destinée à être un cimetière pour les personnes abandonnées au naufrage ; L’aide au développement doit viser à réduire les inégalités, et non à empêcher les migrations… »
Bien entendu toutes ces propositions sont un idéal à atteindre, l’utopie se rêve avant d’être réalisé. Mais une écologie mise en acte tient compte des limites, doit gérer le long terme et ne pas s’appuyer sur de faux raisonnements. Prenons point par point l’exposé des motifs de la commission Immigration :
EELV : « Notre position découle d’une vision spécifique à l’écologie politique, celle d’un monde qui forme un tout par-delà le quadrillage national, et dont les parties se doivent d’être solidaires du fait d’un destin inévitablement partagé. »
Biosphere : Bien entendu la biosphère est un espace interdépendant, l’écologie scientifique considère que les parties et le tout sont indissociables au niveau biophysique. Mais les espèces qui constituent le Vivant ont un comportement migratoire qui est propre à leur espèce. Il y a des espèces qui migrent très loin, d’autres qui se contentent d’un territoire très réduit. Le trait commun, c’est l’adaptation à une niche écologique qui permet à chaque espèce de subsister durablement. La spécificité des migrations humaines, c’est qu’elles ont progressivement envahies le territoire de toutes les autres espèces, réduisant leur espace vital dans des proportions le plus souvent insupportables conduisant à l’extinction massive des espèces. Ces migrations ont même entraîné la disparition des autres hominidés, pensons aux Néandertaliens ou à la volonté d’éradication de peuples autochtones. Homo sapiens a historiquement résolu ses problèmes de surpopulation et d’approvisionnements défaillants pas l’invasion du territoire des autres. Or aujourd’hui notre espèce vit sur une planète close et saturée d’humains au point où on a même dépassé la capacité de régénération globale de la planète (cf. l’empreinte écologique).
Dans ce contexte, la tendance que doit prôner l’écologie politique, c’est d’arriver à la concordance entre une population humaine et sa biorégion, son propre écosystème, son Lebensraum (espace vital). Actuellement la définition la plus institutionnalisée de cette obligation de vivre de ses propres ressources est le cadre national ou ethnique (une culture homogène). Échapper à ce cadre, c’est promouvoir des luttes interethniques, conflits souvent meurtriers qui se multiplient actuellement sur toute la surface du globe. Bien entendu l’écologie n’est pas nationaliste en soi, elle dit au contraire que le plus adapté à la durabilité est la constitution de communautés de résilience sur un territoire restreint, alliant l’autonomie alimentaire et énergétique à la décentralisation du pouvoir. L’écologie est pour une relocalisation, pas pour la libre circulation des hommes et des marchandises, idéologie à la base d’un libéralisme économique dévastateur.
EELV : « L’ambition de l’écologie politique est de faire humanité dans un monde commun. »
Biosphere : les mots sont trompeurs, « humanité » est mis à toutes les sauces, entre humanisme et humanitaire. Notons d’ailleurs qu’il s’agit de mettre l’anthropocentrisme au premier plan, ce que critique une écologie digne de son nom. Un « monde commun » est d’une complexité de définition encore plus effrayante : avec qui partager ce monde et quels sont ses contours ? Tant que l’espèce humaine n’aura pas acquis le sens des limites, à commencer par l’adaptation de son niveau de population aux capacités de charge de son milieu, définir un « monde commun » se révélera impossible. L’histoire humaine est une longue litanie de conflits de territoires, d’invasions, de colonialismes, d’impérialisme… Se dire « citoyen du monde » est bien sûr une option pour revendiquer son pacifisme, pas pour justifier les migrations humaines.
EELV : « Le droit à la mobilité de chaque individu est l’horizon vers lequel tendre. »
Biosphere : Prenons la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui définit nos droits : « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. » Le philosophe Etienne Balibar a souligné le caractère ambigu de ce texte, il manque l’obligation pour tout État d’accepter l’entrée des étrangers ! Balibar estimait à juste titre qu’il existe « un point où la liberté non contrôlée se détruit elle-même ». Le droit à la mobilité est un facteur prépondérant de la dégradation de la biosphère et des relations humaines. Richard Heinberg lie conscience écologique et limitation des migrations : « L’opposition à l’immigration incontrôlée est souvent assimilée à tort à la xénophobie anti-immigrés. Mais dans une perspective écologique, l’immigration n’est pratiquement jamais souhaitable. Lorsqu’elle se fait massivement, elle ne fait que mondialiser le problème de surpopulation. De plus, ce n’est que lorsque les groupes humains se sont enracinés dans une zone particulière, au fil de plusieurs générations, qu’ils développent un sens des limites en termes de ressources. » Or la mobilité humaine est sans précédent. En 2012, nous cumulions déjà 214 millions de migrants internationaux et près de 1 milliard en comptant les migrations internes. Cela s’accompagne nécessairement de perception anxiogène et d’image négative des migrants, de manifestation de xénophobie et d’attitudes discriminatoires. Une attitude politique d’ouverture des frontière sans aucun filtre ne peut que nourrir la percée électorale de l’extrême droite et des partis nationalistes.
EELV : « Droits humains et droits de la nature sont indissociables. »
Biosphere : Notons que le discours d’EELV sur les migrations ne parle jamais de toutes les analyses écologiques que nous venons de faire. Dire que « Droits humains et droits de la nature sont indissociables » n’est donc qu’un discours auto-justificatif sans aucune réalité. Cette soi-disant « écologie politique » est hors sol, même pas utopique, complètement absurde. EELV devrait prendre exemple sur l’association suisse Ecopop (Ecologie et Population) qui s’occupe depuis 1970 de l’impact de la démographie sur la nature et les ressources naturelles. EELV devrait nuancer ses propos sur les phénomènes d’émigrations et soutenir fortement les mouvements de relocalisation humaine.
(30 mai 2014) migration irrégulière en France, tout n’est pas possible
EELV a un laboratoire des idées, constitué par ses commissions thématiques. Mais, loin de réfléchir à une solution pérenne, la commission immigration d’EELV se contente d’être la courroie de transmission des associations d’aide aux immigrés. Dans ses échanges internes, jamais il n’est question d’écologie et du sens des limites sur une planète close et saturée d’humains. Pourtant Marine Tondelier, membre du BE en charge des commissions, était clair sur le statut de ces commissions : « Il existe au sein du parti des lieux de réflexions et de débats que l’on appelle les commissions thématiques. Elles participent à l’élaboration des orientations du parti… ».
Analysons la Charte des Verts mondiaux adoptée à Canberra en 2001 qui sert de texte fondateur pour l’ensemble des mouvements se réclamant de l’écologie politique. En vertu de ce texte, il est demandé à l’ensemble des adhérent/es d’EELV d’adhérer au principe suivant (le 26ème) : « Le devoir d’accueil et la solidarité active aux réfugiés politiques, économiques et environnementaux. » Il ne s’agit donc pas de libre entrée en France pour les immigrés, il s’agit de prendre en charge les réfugiés dont le statut est reconnu comme tel par les lois en vigueur du pays. Il ne s’agit pas de protéger une Europe forteresse contre des hordes barbares. Il s’agit simplement de reconnaître que tout n’est pas possible, tous les pays filtrent les entrées sur leur territoire.
L’écologie politique, ce n’est pas déclamer de grands principes, c’est essayer de faire concrètement face à des problèmes complexes qui sont à la fois socio-économiques et écologiques. Une liberté totale de circulation est incompatible avec le fait de viser l’harmonie avec l’ensemble du monde vivant. C’est parce que le principe marchand de « libre circulation » des marchandises a été imposé au monde par les puissances dirigeantes que les sociétés humaines sont complètement déstabilisées. C’est parce que le principe de « libre circulation » des hommes a envahi les écosystèmes de la presque totalité des non-humains qu’il n’y a plus d’harmonie de notre espèce avec le reste du monde vivant.

Les hommes doivent se sentir de quelque part, d’un pays, d’une culture, ce monde sans frontière est une aberration, une vue de l’esprit, ce serait en réalité un terrible appauvrissement de l’humanité dans sa diversité et un terrible risque pour la démocratie et la liberté avec la menace d’un gouvernement mondial sans aucun échappatoire. Comme le serait d’ailleurs l’espéranto, une langue sans attache, sans histoire, sans exceptions, une langue en cela infiniment pauvre.
Pourquoi une vue de l’esprit serait-elle forcément une aberration, autrement dit un égarement de l’esprit ? Une utopie est-elle une aberration ?
C’est malheureusement en ce sens que beaucoup trop de gens entendent ce mot. Pour eux un utopiste est un doux rêveur, un pauvre malade de la tête qui prend ses rêves pour des réalités. Alors que pas du tout, un utopiste est tout simplement quelqu’un qui réfléchit, qui construit et déconstruit, qui ose décoloniser son imaginaire. Chez celui-là, la première des aberrations (ou absurdités) qui lui saute aux yeux, ce sont justement ces frontières. Ces lignes le plus souvent fictives, tracées arbitrairement. Et que nous voyons bien trop souvent matérialisées par des clôtures (enclosures).
Pourquoi un monde sans frontières signerait-il la fin des diversités, des particularismes etc. qui font justement notre richesse ? En quoi menacerait-il nos terroirs, nos fromages, nos traditions, nos patois etc. ?
J’invite à lire ce vieil article de Pierre Manent (philosophe) :
– Un monde sans frontières ? (cairn.info/revue-pardes-2012-2-page-37)
Et de tenter de répondre aux questions que pose Pierre Manent, dans sa conclusion :
– « Mais après avoir vécu si longtemps hors de chez soi, comment rentrer chez soi ?
Et qu’y retrouverons-nous ? »
La mienne, conclusion. En attendant, que les esprits s’illuminent, que cette utopie se réalise… s’il nous faut des frontières… essayons au moins de ne pas les voir comme quelque chose de sacré.
Et arrêtons de penser comme de vulgaires propriétaires.
MA voiture, MA femme, MA poule, MA patrie, MON petit «chez moi» etc. etc.
Sans oublier MON corps, qui bien sûr m’appartient ! La bonne blague.
– « Le dilemme est énorme, du moins pour celui à qui la morale parle encore. Entre sauver son petit confort de petit-bourgeois occidental, son cadre de vie, son air pur et les petits oiseaux, et sauver ce qui lui reste d’humanité… en effet ce n’est pas facile. » (Michel C 7 octobre 2018 à 13:48)
Quand ON se dit citoyen du monde, et qu’ON se veut logique… ON devrait au moins réfléchir à cette idée anarchiste : À bas toutes les frontières !