Jean Pisani-Ferry délégitime le concept de décroissance

Les hérauts de la croissance verte nous expliquent le découplage entre émissions de gaz à effet de serre et croissance. Une chimère, croissance et GES vont de pair ! Tentons alors de reposer les termes du débat : un indicateur comme le PIB est fait pour indiquer si les politiques publiques vont dans le bon sens. Or le PIB (Produit intérieur brut) agrège des éléments à la fois positifs et négatifs pour la société. D’où le discours de Robert Kennedy, qui dira du PIB qu’il comptabilise positivement la destruction des forêts, la fabrication d’armes, mais laisse de côté la santé et l’éducation de nos enfants. Mesurant uniquement les flux, le PIB peut nous donner l’illusion de nous enrichir, alors même que nous détruisons notre patrimoine naturel. Il est pourtant devenu un indicateur fétiche auquel nous sommes attachés de manière quasi obsessionnelle… Jean Pisani-Ferry y croit encore !

Jean Pisani-Ferry : Depuis le rapport de la commission Stiglitz-Sen-Fitoussi de 2009, on sait que le produit intérieur brut (PIB) est une mesure biaisée de la performance économique. Il ignore notamment tant la détérioration du climat induite par les émissions de gaz à effet de serre que la baisse du capital naturel résultant du rétrécissement des espaces naturels et de la dégradation de la biodiversité. Une controverse s’est alors nouée autour du thème de la décroissance. La décroissance est un concept flou dont la séduction est fortement diminuée par le ralentissement du pouvoir d’achat et les sirènes populistes. Certes le terme de décroissance traduit un rejet louable du consumérisme effréné, mais il n’a macroéconomiquement pas de sens clair. Le débat public serait plus pertinent si les comptes nationaux produisaient deux mesures de la croissance : l’une traditionnelle (le PIB), l’autre corrigée des effets de l’activité économique sur le climat et la nature. Cet indicateur alternatif permettrait de mieux apprécier la performance économique du pays et inciterait les gouvernants à des politiques plus respectueuses de l’environnement. Les « décroissants » seraient obligés de reconnaître le coût économique des politiques qu’ils préconisent.

Le point de vue des écologistes décroissants

La décroissance est un terme-obus, choisi pour montrer la direction à prendre. Il n’a jamais prétendu être autre chose, marquer une volonté de construire des modes de production différents, moins polluants, plus respectueux des hommes et de la nature. Jean Pisani-Ferry n’a comme souci principal que de perpétuer le PIB comme indicateur clé, et donc garder l’essentiel du statu quo, business as usual. Sans me tromper beaucoup, je peux dire que si on défalque du PIB le coût des dommages que sa croissance induit sur l’état de santé de la population, l’épuisement des ressources naturelles et les dégradations de tous ordres, déforestation, réchauffement climatique, pollutions diverses, etc., on verrait statistiquement que nous ne sommes plus dans un régime de croissance économique mais au contraire de décroissance.

Le problème, c’est que si la politique ne veut pas maîtriser la décroissance de tout ce qui a un impact négatif sur les humains et la nature, alors nous aurons une décroissance subie, ce que les économistes orthodoxes appellent récession, crise, ou même effondrement. On le savait depuis 1972 et le rapport du MIT sur les limites à la croissance, mais est-ce que Pisani-Ferry a lu ce rapport ? On en doute.

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Pour sortir du fétichisme consacré au PIB

extraits : En 2005, Gadrey et Jany-Catrice publiaient un livre sur les nouveaux indicateurs de richesse. Le livre démarre sur une critique du PIB (simplement égal à la consommation + l’investissement) pour aborder ensuite les indicateurs alternatifs comme l’empreinte écologique, l’IPV (indicateur de progrès véritable) ou l’IBED (indicateur de bien-être véritable).  Ces indicateurs sont par nature complexes, ainsi cette formule : IBED = consommation marchande des ménages + services du travail domestique + dépenses publiques non défensives + formation de capital productif (investissement) – (dépenses privées défensives + coûts des dégradations de l’environnement + dépréciation du capital naturel). Les dépenses défensives sont définies par les dépenses (et la production correspondante) qui servent à réparer les dégâts provoqués par des activités humaines de production ou de consommation. Certains analystes estiment que la moitié des dépenses publiques sont de type défensif, ce qui diminue d’autant le bien-être véritable.

Lire Les nouveaux indicateurs de richesse de Gadrey et Jany-Catrice (édition La Découverte, 2005)

Pour en savoir encore plus

24 mai 2020, Post-covid, remplaçons le PIB par le BNB

9 août 2017, Le PIB s’accroît car l’eau et l’air sont des biens rares !

14 août 2014, Une bonne nouvelle, la croissance du PIB est en panne

23 avril 2014, Le PIB va s’effondrer avec le prochain choc pétrolier

13 août 2013, Journaliste = poser des limites à la croissance du PIB

16 réflexions sur “Jean Pisani-Ferry délégitime le concept de décroissance”

  1.  » La décroissance est un concept flou dont la séduction est fortement diminuée par le ralentissement du pouvoir d’achat et les sirènes populistes. »

    Quelle blague cette affirmation ! Genre le pouvoir d’achat n’intéresse que les mouvements populistes ! Puis les élus UmPs au Sénat, à l’Assemblée nationale, les instances européennes, à l’Élysée, ils ne seraient pas intéressé par le pouvoir d’achat au regard des rémunérations stratosphériques qu’ils se sont voté pour eux mêmes ? Tous ces élus UmPs sont ils prêts à baisser leurs rémunérations pour sauver l’environnement ? Quel mépris !

  2. degrowth studies = faux amis(h)

    – « La plus grande force du capitalisme libéral réside dans sa capacité à tout vampiriser, absorber, dévoyer, récupérer. Nous l’avons vu avec l’écologie (MM. Hulot, YAB & Cie). C’est contre cela qu’est née l’idée d’utiliser le mot de décroissance. […] Maître dans l’art de la dénaturation et de la récupération, le capitalisme libéral va produire un discours, et des agents pour le porter, pour « subvertir ce qu’il y a de subversif dans la décroissance » […] Il s’agit de réingurgiter la décroissance dans le grand bain du quantifiable, pour la retourner comme son meilleur argument. Simplement on pourrait dire qui si décroissance veut réhabiliter la notion de limite pour revendiquer la pluridimensionnalité de notre condition humaine, les degrowth studies se servent d’elle pour nous enfermer de plus belle dans un monde réduit aux chiffres. »
    ( Décroissance : la récupération en cours….???? ocparis.canalblog.com/archives/2023/07/09 )

    1. La décroissance est un art de vivre

      – « Construire une société autonome, frugale, conviviale et partageuse, cela suppose de remettre l’économie à sa place et d’en finir avec l’idéologie du développement.
      Mais voici que des universitaires en vogue s’exprimant en globish inscrivent leurs « degrowth studies » dans le courant de l’économie alternative : la décroissance risque t-elle d’être vidée de sa substance ? »
      ( Transmission, triomphe ou trahison : de la décroissance aux « degrowth studies »
      Par Serge Latouche – La Décroissance N°219 )

  3. La décroissance consentie ne sera pas au rendez vous, c’est évident nous avons trop de dettes et pour les rembourser il faut absolument de la croissance, il faut que le taux de croissance soit supérieur aux taux de crédits ! Puis appliquer de la décroissance, c’est provoquer une crise sociale inédite, même la révolution française de 1789 paraîtrait comme une simple chamaille de cours de récréation en comparaison ! D’autant plus qu’habituer les individus à percevoir des revenus sans travailler et sans effort par des allocations ou en faisant semblant de travailler par des subventions (entreprises, Ong et associations) ou des planques dans les administrations publiques (recrutement de fonctionnaires), risque de rendre les gens encore plus violents le jour où vous les privez de leurs rentes à la paresse, car ils ne savent pas gagner de l’argent autrement qu’en se tournant les pouces !

    1. Tous ces gens là ne savent rien faire, ils ne savent pas créer de la valeur ajoutée pour subvenir à leurs propres besoins par eux mêmes en toute autonomie ! Sans argent publique pour leurs verser des rentes afin de consommer des biens et services sans effort, ils crèvent ! Alors ils deviendront violents pour qu’on maintienne leurs rentes car ces rentes à la paresse sont leur seul moyen de subsistance !

      Après viendra la décroissance subie, lorsqu’il n’y aura plus assez de ressources naturelles pour faire fonctionner ce système d’assistanat… Ce sera le même scénario violent, hormis qu’il sera inévitable et se couplera à guerres épidémies et famines ! En attendant les UmPs ne préparent pas les populations à devenir autonome pour amoindrir la crise future, les UmPs jouent la montre en maintenant ce système d’assistanat par encore plus de dettes… On vit à crédit pour repousser les douloureuses à venir…

      1. blablabla et inch Allah !

        Donc… appliquer de la décroissance, c’est provoquer une crise sociale inédite (sic).
        Mon dieu quel manque d’imagination !
        En attendant … c’est avec des « penseurs » (économistes, historiens, prédicateurs etc.) dans ton genre qu’ON prépare les populations au pire.

        1. Arrête avec ton imagination absurde ! On n’est pas dans le monde imaginaire de Peter Pan mais on vit dans un monde concret ! Comment remplies tu du jour au lendemain les ventres en nourriture de 75% des français sans argent public ? Comment loges tu 75% des français sans allocations ? Comment permets tu à 95% des français à rembourser leurs crédits ? Comment ton imagination soigne médicalement 100% des français sans argent public ? Vas y expliques nous comment ton imagination de Peter Pan peut concrétiser tout ça ? Tu peux raconter tous tes bobards imaginaires que tu veux, mais 75% minimum des français dépendent de l’argent public pour vivre !

        2. Si on additionne les enfants à l’école, les adolescents au lycée et collège, les jeunes adultes à l’université, les chômeurs, les retraités, les personnes handicapées, les fonctionnaires inutiles dans les administrations, les élus, les patrons d’entreprise zombie (ceux qui vivent de subventions pour remplacer le vrai chiffre d’affaire par de la création de valeur ajoutée), alors combien de vrais travailleurs actifs pour subvenir aux besoins de tout ce beau monde ?

        3. parti d'en rire

          Combien de vrais travailleurs actifs pour subvenir aux besoins de tout ce beau monde ? Ben un seul bien sûr.
          Et ce grand vaillant c’est est Toi bien sûr ! Alors au boulot va.

  4. esprit critique

    Chaque numéro du journal La Décroissance regorge de citations (déclarations) du genre :
    – « Si la France est faite pour la gloire, explique t-il [Bruno Retailleau], alors la décroissance signifie la servitude » (N°219 – P.5)
    – « Pour renouer avec la puissance, il nous faut rompre avec l’idéologie de la décroissance avec un mot d’ordre simple : produire, produire, produire ! » (Jordan Bardella. N°219 – P.32)
    – « Merci France Inter de nous redonner pour une fois un peu d’optimisme sir #écologie en parlant de cette découverte de Véronique Gouverneur sur les PFAS [polluants éternels] ! Face aux marchands de peur, tenants de la décroissance , vive l’écologie de progrès par la science ! » (François de Rugy. N°218- P.5)

    Force est de constater qu’il existe bon nombre d’individus qui n’ont pas besoin de beaucoup réfléchir pour se faire une idée. LEUR idée, point de vue etc.
    (à suivre)

    1. esprit critique

      (suite) Il faut croire que ces gens là ont un 6ème sens leur permettant de transformer instantanément les mots qu’ON leur sert en idées (concepts) qui «vont bien».
      C’est ainsi qu’ils peuvent se positionner POUR ou CONTRE en un rien de temps.
      Force est de constater, ensuite, qu’il existe bon nombre de mots qui se prêtent fort bien à cet exercice. Je pense de suite à ce fumeux WOKISME, que certains sur ce blog feraient brûler. Ceux-là le voient partout, notamment dans les facultés où il serait en train de polluer l’imaginaire des jeunes, misère misère ! Et en même temps, comme dit l’autre, je pense à GAUCHISTE. Et je remarque au passage que ce sont généralement les mêmes qui assimilent ces deux mots, les cuisinent à leur sauce, pour les traduire par tout ce qui est de plus négatif : HORREUR, IGNOMIMIE, SALOPERIE, ÉPOUVANTABLE et j’en passe.
      (à suivre)

      1. esprit critique

        (suite) Pour dire à quel point certains esprits sont confus, si ce n’est tordus, en tous cas malades, très malades, selon certains Marine Le Pen serait une épouvantable gauchiste. Mieux encore, en matière de grand n’importe quoi :
        – Musk contre attaque et reproche à Donald Trump d’être un épouvantable gauchiste (msn.com)

        En fait nos penseurs, qui n’en ont que le nom, me font penser aux chiens de Pavlov. Conditionnés, dressés.
        – « À force de répétitions [etc.] il devrait être tout à fait possible de prouver qu’un carré est en fait un cercle. Car après tout, que sont  » cercle  » et  » carré  » ? De simples mots. Et les mots peuvent être façonnés jusqu’à rendre méconnaissables les idées qu’ils véhiculent. » (Goebbels)
        Et c’est ainsi que dans leurs cerveaux, le mot DÉCROISSANCE produit cet effet de répulsion.
        (à suivre)

        1. esprit critique

          (et fin) Force est de constater, enfin, qu’après avoir été abondamment moquée et ringardisée, la décroissance est aujourd’hui attaquée violemment. Notamment à droite. C’est dans l’ordre et la logique des choses. Il faut donc s‘attendre à ce qu’elle soit prochainement criminalisée.
          En attendant, sans pour autant dire, comme l’a osé un certain misérable (3 juillet 2025 à 11:07 “GAZA, l’ignominie faite juive”) que si « la décroissance » le dit, alors c’est la vérité révélée … j’ose toutefois affirmer que le journal La Décroissance est un des meilleurs outils à notre disposition pour penser ce concept. Le plus largement et/ou profondément possible.
          Comme avec cette question dans le dernier numéro (N°219 – P.30) :
          « La décroissance doit-elle être élégante ? » 😉

  5. Didier BARTHES

    Tout à fait d’accord sur le premier point, la déconnexion évoquée est une chimère.
    Par contre je suis plus réticent sur les points concernant la possibilité d’entrer dans les comptes de la nation et sous forme de nombres les choses de la nature qui, selon moi, sont non mesurables. Ce qui ne veut pas dire que l’on ne doit pas les prendre en compte et tout faire pour les protéger, mais que la valeur d’un arbre, d’un animal, d’un paysage ne peut être réduite à des chiffres

    1. Certes il y a des choses qu’ON ne peut pas mesurer, chiffrer, et certaines qu’ON ne devrait surtout pas chercher à traduire en euros ou dollars. Toutefois il en existe une foultidude d’autres qui peuvent très bien l’être. L’obésité, la malnutrition, les maladies, l’illettrisme, les armes, les violences, la Pub, la bétonisation, les fortunes et j’en passe. Seulement je pense que Pisani-Ferry ne l’entend pas comme moi. Quelque part c’est normal, puisqu’il dit la décroissance est un concept flou.
      En fait pas si flou que ça, je dirais plutôt… embarrassant. Pour lui et pour EUX évidemment. C’est juste pour ça qu’il tente de nous enfumer avec son nouvel «indicateur alternatif».

      1. – « Non, la décroissance n’est pas un concept flou » : dix économistes répondent à Jean Pisani-Ferry (Le Monde 05 juillet 2025)

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