Journaliste = poser des limites à la croissance du PIB

La croissance est partout, même au Bhoutan. Ce petit pays, adepte du bonheur national brut, possède un jeune roi qui préfère marcher pour se rendre dans les hameaux isolés plutôt que se déplacer en hélicoptère. Mais il y est accueilli avec des boissons américaines, Fanta ou Coca-Cola, plutôt qu’avec la boisson locale, l’ara*. Ecrasé par le poids de sa dette, le Bhoutan dépend aussi de l’assistance financière indienne qui manipule le cours du gaz importé et exploite des centrales surpuissantes le long des fleuves bhoutanais. La réalité de la croissance économique fait peu de cas du bonheur national brut.

La croissance est partout, surtout en Chine. Les journalistes du MONDE** sont dithyrambiques : « Ce pays pourrait bénéficier d’une croissance du PIB de 7,5 % en 2013… Il a profité d’un regain de la demande extérieure et d’un rebond de la demande intérieure… Bons résultats des ventes au détail et des ventes de véhicules individuels… Bonne nouvelle, la production industrielle progresse de 9,7 %… » Si l’article se termine sur le mode dubitatif sur le rythme futur de cette croissance, il ne remet nullement en question l’idée même de croissance.

Or nous savons que le Produit intérieur brut n’a rien à voir avec le Bonheur national brut. Nous savons que la mondialisation des échanges commerciaux est source de déséquilibres durables. Nous savons que la course à la consommation est une course à l’abîme. Nous savons que la multiplication des véhicules individuels est une aberration à l’heure où le pétrole se raréfie. Nous savons que la production industrielle globale ne dit rien de l’utilité réelle de cette production. Nous savons aussi que l’appétit gargantuesque de la Chine pour les ressources naturelles qui contribue à leur raréfaction sera source de conflits entre nations. Nous savons que la croissance économique de la Chine s’accompagne d’un bilan écologique désastreux. Tout cela, les journalistes Alain Faujas et Brice Pedroletti font semblant de l’ignorer. Leur article d’éloge de la croissance n’est pas un bon article. Mais il est significatif d’une société globalisée qui a oublié le sens des limites en répétant constamment : « croissance, croissance, croissance. » D’ailleurs le président français François Hollande ne s’exprime pas autrement !

* LE MONDE du 9 août 2013, L’Elvis du Bhoutan décoiffe la monarchie

** LE MONDE du 11-12 août 2013, L’économie chinoise montre des signes de rebond

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1 réflexion sur “Journaliste = poser des limites à la croissance du PIB”

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