La France accro grave aux fossiles

On a trop longtemps bercé les consommateurs par l’achat aux prix les plus bas, les grandes surfaces semblent à notre service, la publicité omniprésente nous fait aimer l’abondance à crédit, on croit que la voiture individuelle est absolument nécessaire, etc. Un socialisme mal conçu nous fait éviter les sujets qui fâchent comme la sortie des fossiles, la lutte nécessaire contre l’endettement public, la retraite à des conditions difficiles, le poids des enfants de trop vu la finitude des ressources, etc. Dans un monde soumis aux diktats du croissancisme, toute parole discordante est ignorée. C’est pourquoi l’article du MONDE du 12 novembre 2025 nous semble annoncer une ère nouvelle, celle de l’inéluctable effondrement à venir :

« La dépendance de la France au pétrole et au gaz menace son économie »

Jean-Marc Jancovici a déjà prévenu depuis 20 ans de cette situation préoccupante. N’étant entendu de personne ou presque il a lancé l’idée du ShiftProject qui travaille beaucoup, produit d’excellents rapports qui finissent par attirer l’attention de ceux qui sont les plus concernés : les politiques et les médias. Mais on peut craindre qu’il ne soit trop tard.

Marie de Vergès : Le conflit russo-ukrainien a remis au premier plan les enjeux de sécurité énergétique. La dépendance de la France aux énergies fossiles n’est pas seulement un problème pour le climat. Elle menace aussi le fonctionnement économique futur de notre pays. Soit une « double contrainte carbone », selon les termes de The Shift Projet. Si le pays produit une électricité largement décarbonée, grâce au nucléaire et aux sources renouvelables, celle-ci ne représente qu’un cinquième de ses besoins en énergie finale. Le reste est importé et repose essentiellement sur les combustibles fossiles. Au total, les entreprises et les ménages français dépendent toujours à plus de 70 % du pétrole, du gaz et du charbon, pour leur consommation d’énergie.

Au début des années 2000, plus d’un tiers de ses importations énergétiques – en pétrole notamment – provenaient de pays européens (Royaume-Uni, Pays-Bas, Norvège) ; en 2022, ces derniers n’en représentaient plus que 20 %. Sept des dix premiers fournisseurs de pétrole de la France pourraient voir leur production dégringoler d’ici à 2050. Parmi eux, des pays tels que l’Algérie ou le Nigeria risquent de plus arriver à sortir suffisamment de barils pour satisfaire leur consommation domestique, compromettant leur capacité d’exportation vers la France. Autrement dit, la disponibilité de l’énergie aujourd’hui essentielle à l’économie et au train de vie des Français est tout sauf garantie.

Le point de vue des écologistes

La première crise pétrolière (choc de 1973), c’est le siècle dernier, choc oublié du grand public ; on fait comme si cela ne devait jamais arriver à nouveau. Grave erreur stratégique. Alors que la France importe CHAQUE JOUR environ 170 MILLIONS d’euros de matières fossiles, on peut raisonnablement se dire que nombre de nos concitoyens n’ont pas encore compris les enjeux qui se dressent devant nos sociétés énergivores. Le prix du carburant flambera un jour prochain. Tout le monde subira le blocage des raffineries par des routiers en colère contre la hausse du gazole et les Gilets jaunes seront à nouveau de sortie. Le prix de l’alimentation flambera, l’inflation fera des ravages. C’est le chaos assuré.

– En 1972, le rapport sur les limites de la croissance nous avait déjà averti, c’est l’effondrement garanti au cours du XXIe siècle si on continue sur notre lancée.

https://biosphere.ouvaton.org/de-1970-a-1979/2651-1972-les-limites-de-la-croissance-ou-rapport-du-club-de-rome

– En 1974 un candidat à la présidentielle porte un programme écolo de rupture avec le croissancisme, en vain.

https://biosphere.ouvaton.org/de-1970-a-1979/926-1974-lecologie-ou-la-mort-a-vous-de-choisir-la-campagne-de-rene-dumont-les-objectifs-de-lecologie-politique

– En 1979, un spécialiste de l’automobile nous avertit.

L’observateur ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance de l’homme et la gravité des épreuves qui le guette. Comme le gouvernement crie au feu d’une voix rassurante et qu’on n’aperçoit pas d’incendie, personne n’y croit. Jusqu’au jour où la baraque flambera. Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine à chaque congé dans des encombrements imbéciles ? Cette situation me paraît beaucoup plus inquiétante encore que celle des Français en 1938. Ceux qui acceptaient de regarder les choses en face apercevaient au-delà des frontières la lueur des torches illuminant les manifestations wagnériennes, ils entendaient les bruits de bottes rythmant les hurlements hystériques du Führer. Tous les autres refusaient de voir et d’entendre. On se souvient de notre réveil en1940.

https://biosphere.ouvaton.org/de-1970-a-1979/495-1979-vivre-sans-petrole-de-ja-gregoire-

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4 réflexions sur “La France accro grave aux fossiles”

  1. Et en même temps « Un rapport d’Amnesty International et du Better Planet Laboratory révèle que les infrastructures fossiles menacent la santé et les moyens de subsistance d’environ deux milliards de personnes à travers le monde. »
    (La persistance de la dépendance mondiale aux énergies fossiles bien au-delà de 2030 : un défi majeur pour l’avenir énergétique – climatedebtagents.com 13 novembre 2025)

    ShiftProject, Amnesty International, Better Planet Laboratory et j’en passe !
    Tout le monde aboie (blablabla) et la caravane passe.

    1. Une fois qu’ON a compris que le Pétrole (énergies fossiles) ne sert pas qu’à faire rouler nos bagnoles et à produire de l’électricité… et que même avec des bagnoles aussi «propres» que le sont nos superbes centrales nucléaires ON reste encore largement dépendants de ce satané Pétrole… ne serait-ce qu’avec nos importations… alors là c’est la douche froide.
      Merde alors, et comment qu’ON va faire ?
      Dire adieu à notre sacro-saint mode (train) de vie… non ça c’est pas possible ! Non ça c’est trop dur, c’est inimaginable, même que c’est ingérable, invivable et tout et tout !
      Alors en attendant, eh ben ON se protège. Et c’est normal. ON oublie… ON se raconte des histoires, qui nous font du bien, voire du mal… à chacun sa came.

      1. hi-han hi-han hi-haaaan !!!

        En attendant, ON vit sur une autre planète :

        – « On ne vit pas sur une île »: Sébastien Lecornu plaide pour ne pas dissocier le débat sur la fiscalité de l’attractivité et la croissance (msn.com/fr-fr/finance/economie)
        – Bonne nouvelle ! La croissance en France sera « d’au moins » 0,7 % en 2025 et 0,9 % en 2026 (20minutes.fr/economie/)
        – « Si le redressement des comptes publics est un impératif absolu pour résorber la dette, il est avant tout nécessaire de stimuler la croissance en déverrouillant les contraintes qui pèsent sur notre économie, » (Jordan Bardella : «La croissance, cette arme méprisée face au mur de la dette» – lefigaro.fr)
        – etc. etc. etc. Croissance, croissance, croââââssance !!!

      2. choisis ton camp camarade !

        Toutefois il y en a d’autres qui ont compris… ON les appelle les décroissants.
        Oh mon dieu non pas ça !!!
        – Jean-Luc Mélenchon : « Je m’interdis le mot croissance » (reporterre.net)
        – Jean-Luc Mélenchon, l’homme le plus détesté de France… jusqu’au second tour de la présidentielle ? (lopinion.fr/politique/ 6 nov 2025)
        – Croissance : c’est reparti… comme en 14 (npa-lanticapitaliste.org 2 février 2022)

        Et d’autres qui commencent à comprendre :
        – Revoir notre rapport à la croissance (parti-socialiste.fr/)

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