La fusion nucléaire, rêverie de start-up

Qui sera la première à envoyer un électron de fusion dans le réseau électrique ? De l’Allemagne à la Chine, en passant par les Etats-Unis et la France, plus d’une cinquantaine de start-up se livrent à une farouche compétition pour contrôler cette énergie, « promesse d’une source abondante, sûre et décarbonée ». On croit au miracle du moment que cela attire les capitaux spéculatifs !

David Larousserie :« Nous rêvons de faire descendre le Soleil sur la Terre », une nuée d’entreprises décidées à concrétiser les attentes. Fusion Industry Association, Renaissance Fusion, Marvel Fusion, Pacific Fusion, Type One Energy, Proxima Fusion (l’étoile la plus proche de la Terre), Helion Energy. Elles tablent sur le premier électron de fusion dans le réseau électrique avant 2035. mais il faut pour y parvenir un mélange très chaud, près de 150 millions de degrés (dix fois plus que le Soleil), très dense et une interaction la plus longue possible.Au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), WEST a tenu une soupe chaude de particules aptes à fusionner pendant vingt-deux minutes. en décembre 2022, que le NIF (National Ignition Facility) a pour la première fois dégagé plus d’énergie qu’il n’en a absorbée (en faisant abstraction de l’énergie colossale nécessaire au fonctionnement du système). Les nouveaux entrants sont convaincus de leur succès après avoir simulé le design et le fonctionnement de leur technologie.

Or, des calculs à la réalité, l’écart peut être grand. Viennent deux problèmes majeurs, souvent trop rapidement écartés. Le premier concerne la maintenance et la gestion des matières radioactives. En effet, la plupart des concepts fusionnent des noyaux qui produisent des neutrons qui vont « activer » les parois des enceintes. Cela suppose donc de les remplacer et de les gérer, même s’il ne s’agit pas de déchets très radioactifs, ni à vie longue. Mais cela ajoute un coût opérationnel qui peut être rédhibitoire. Le second est encore plus minimisé, alors qu’il s’agit de fournir le combustible. Dans le cas du mélange deutérium-tritium, le plus proposé, le premier composant est abondant dans la nature, en mer par exemple, mais l’autre doit être fabriqué. Aujourd’hui, seules les puissances nucléaires produisent quelques dizaines de kilogrammes de tritium par an pour les bombes à hydrogène. Or, il en faudra plus d’une centaine par année de fonctionnement d’un réacteur. D’une manière générale, l’enthousiasme des start-up contraste avec la pondération des chercheurs.

Le point de vue des écologistes les pieds sur terre

Voris Bian : Curieux: le dernier article sur le sujet, en juillet 2024 ne parlait que d’Iter et aucunement de ces start-ups.
Et là on nous les présente comme ayant dépassé des obstacles auparavant considérés comme insurmontables avant des décennies… comment? Par qui? Pourquoi n’en parler que maintenant ? Je suis surpris…

Captain13 : Très étonné que des « start-uppers » puissent être sur le point de maîtriser la fusion, ce Graal que des milliers d’ingénieurs essaient en vain d’atteindre depuis la fin des des 80, à grand coup de centaines de milliards…

Jean-Claude Herrenschmidt : Le mirage de la finance ! On injecte des sous et. la lumière jaillit. La niaiserie et la crédulité des investisseurs sont sans limites. La réalité physique se fonde sur les faits.et comme chacun sait, les faits sont têtus.

Perplexity : Des investissements massifs ont été réalisés ces dernières années : près de 9,7 milliards de dollars y ont été consacrés jusqu’en juillet 2025, dont 2,64 milliards sur la seule dernière année. Le nombre d’entreprises travaillant sur la fusion a fortement augmenté, passant de 10 à 53 en quinze ans. Le projet international ITER vise à prouver, d’ici à 2050, que la fusion peut produire plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Cependant, la fusion n’est pas encore une solution immédiatement disponible : il reste à maîtriser la stabilité des plasmas sur de longues durées et à garantir la résistance des composants des réacteurs. La production industrielle d’électricité à partir de cette technologie n’est pas attendue avant plusieurs décennies.

JE44 : C’est dommage que l’article ne mentionne pas quelques chiffres clefs pour mieux donner le contexte de la science de la fusion thermonucléaire :
– Sur le soleil les atomes fusionnent naturellement grâce à la gravité qui est 25 fois plus forte que sur la terre. Cet état est impossible à reproduire sur terre.
– Le tritium est indispensable à la fusion. Il y en a en tout et pour tout environ une trentaine de kilos sur toute la terre. Ça ne permettrait pas de produire plus d’énergie qu’un gros générateur. L’auto production du tritium dans le réacteur et peu réaliste.
– Pour créer la fusion sans la gravité on chauffe les atomes à …150 millions de degrés. Sauf que pour atteindre cette température il faut avoir déjà consommé tellement d’énergie que ça n’est pas rentable énergétiquement parlant.
Et tout cela sans évoquer le problème des neutrons qui vont venir percuter et altérer les matériaux du réacteur sans que l’or sache à ce stade à quel point ça pourrait les endommager.

Nico71 : C’est super le capitalisme. Alors qu’on manque de pognon pour sortir les gens de la rue, on va cramer des milliards pour un rêve d’enfant,

Achtungbaby : L’énergie abondante. La plus mauvaise nouvelle qui soit. On va continuer à tout saccager.

Veeny : Mais bon, l’humanité n’a pas encore compris. La seule trajectoire possible à long terme, ce n’est pas de produire plus, mais de consommer moins…

Michel Sourrouille : Lancé il y a près de vingt ans, le projet pharaonique de Réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) accuse un nouveau retard. La date de première production de plasma, indispensable à la fusion, initialement prévue pour 2025, est reportée à au moins 2033.Notez que pour faire exploser une bombe à hydrogène, il faut d’abord faire sauter une bombe à fission qui sert de déclencheur. Et même si la fusion maîtrisée devenait possible, l’humanité se jettera dans l’hubris d’une énergie sans limite qui signera la catastrophe tant elle lui donnera un pouvoir sans limite de destruction de la nature… Les humains s’autodétruisent déjà de façon suicidaire avec l’énergie fossile .. alors avec l’énergie du soleil à domicile !

Krakatoe : Même si cela fonctionnait, pas sûr que cela soit une bénédiction. L’énergie ne remplace pas la matière, ne dépollue pas, ne résout pas les inégalités. Or, des technologies aussi avancées, donc dans les mains d’élites, mises au service des mentalités d’aujourd’hui, ce serait probablement davantage encore de techno capitalisme colonial. Je crois que dans les rêves les plus grands de certains gourous du techno capitalisme néo libéral, le concept même de nature n’existe plus : tout devient modelable, colonisable sans limite.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Fusion nucléaire : l’ITER sans avenir

extraits : ITER n’est qu’un prototype, qui a pour objectif de faire ses preuves, ce qui est très très loin d’être réalisé. Il utilise une technologie, celle du Tokamak (chambre toroïdale avec bobines magnétiques), qui rencontre deux problèmes sérieux, non résolus et possiblement insolubles : l’instabilité MHD du plasma et la maîtrise des flux de neutrons. Dommage pour le rêve d’une énergie abondante à volonté mais les lois de la physique y sont insensibles….

15 réflexions sur “La fusion nucléaire, rêverie de start-up”

  1. On peut prédire que cette technologie en fusion n’échappera pas à la malédiction de l’effet rebond, qui fait que les gains d’efficacité permis par une technologie s’accompagnent d’une surconsommation de celle-ci, effaçant ces gains. En faisant miroiter un futur proche quasi paradisiaque, la fusion peut ralentir ou paralyser les politiques en faveur de la transition énergétique. Les discours de sobriété ou de frugalité seraient inaudibles.

  2. Les meilleures machines à confinement magnétique, ITER par exemple, n’ont pu obtenir qu’un rendement inférieur à un (soit moins d’énergie émise qu’apportée au combustible).
    La technique des lasers a montré en laboratoire qu’en fusionnant des noyaux un gain d’énergie est possible, entre ce qui est apporté au combustible et ce qui en sort. Un exploit réussi pendant quelques nanosecondes et reproduit ensuite seulement une fois par an. Et si l’on se réfère non pas à l’énergie fournie par le faisceau laser à la sortie mais à l’énergie apportée à l’entrée de ce laser, le bilan est nettement inférieur à 1.

  3. – « Ce qui est nouveau, c’est que depuis une dizaine d’années une flopée de startupeurs, anciens chercheurs et ingénieurs en physique nucléaire ont senti le bon filon de la fusion […] »
    ( Un soleil au cœur des Alpes – La Décroissance N° 220 – sept-oct 2025 pages 28-29 )

  4. La Fusion c’est comme les voyages sur Mars et la colonisation des étoiles.
    Là encore, ça fait combien de temps qu’ON en parle, de ce(s) rêve(s) de fous ?

    – « C’est un petit pas pour l’Homme, un grand pas pour l’humanité » (Neil Armstrong 21 juillet 1969)
    Que ce soit un petit pas pour l’Homme OU un petit pas pour UN homme (voir l’«affaire » que ce petit problème de communication a généré) n’y change rien. Et un grand pas ou un pas de géant c’est pareil, ce ne sont là que des détails.
    Cette célèbre phrase ne fait que révéler cette folie des hommes (certains hommes) qui les pousse à prendre leurs rêves pour des réalités. (à suivre)

    1. (suite) Comme cette autre, tout aussi célèbre, qui servit de pub ou de slogan à une tout aussi célèbre agence spatiale française, ou européenne peu importe.
      – « Tout ce qu’un homme peut imaginer, un jour d’autres hommes le réaliseront. » (Jules Verne)

      Ben voyons. Un jour donc, la Téléportation. Et le voyage dans le Temps.
      Et là finis tous nos problèmes, exit tous nos tracas. Trop chaud… un claquement de doigts et hop en Alaska ! Trop froid… hop au Sahara. Trop de monde… et hop au paléolithique, avec les mammouths, le bon vieux temps. Adieu la Surpop, la Bagnole, les pannes, retards, péages, parkings, embouteillages et autres emmerdements.
      En attendant, que ce soit vers Mars ou vers la Fusion, ON avance ON avance. (à suivre)

      1. parti d’en rire

        (et fin) Tiens la Preuve, l’autre avec sa mégafusée révolutionnaire qui dépasse même pas la stratosphère, et revient se poser en douceur sur Terre, pas toujours mais bon.
        Et là encore ON a envie ou besoin d’y croire :
        – Le vol réussi du Starship de SpaceX relance l’espoir de vols habités vers la Lune et Mars (Le MONDE 27 août 2025 )
        Ah que c’est beau l’espoir…
        En attendant, quand je vois certaines réussites… je suis fier d’avoir échoué.
        Sauts de puces ou pas géants… ON dira alors que c’est pareil.
        Et c’est là qu’ON se trompe. Ou trumpe c’est pareil.
        – « Ce qui distingue l’imagination saine de l’imagination folle est l’acceptation par l’une de la critique, son refus par l’autre. » (Albert Jacquard)

  5. J’ai comme l’impression… que ce David Larousserie, l’auteur de cet article (La fusion nucléaire, promesse d’une énergie abondante et décarbonée, au cœur d’une bataille entre start-up), ainsi que de l’autre (Le mégaprojet ITER avance lentement mais sûrement) a besoin d’y croire…
    à la Poupée qui tousse et au Progrès qui progresse. Mais bon, ce n’est là qu’une impression.

    – « plus d’une cinquantaine de start-up se livrent à une farouche compétition pour contrôler, enfin, cette énergie. »
    J’adooore le «enfin». Tout autant que la Compétition.

    – « Cette fois, les promesses d’une source d’énergie abondante, sûre, décarbonée et à prix raisonnable semblent se rapprocher. »
    Cette fois, comme toujours, méfiez-vous des apparences.
    (à suivre)

    1. – « les physiciens et les ingénieurs ont rivalisé d’imagination pour contrôler cette énergie depuis plus de soixante-dix ans. Et ont promis tous les dix ans… que le Graal serait atteint dans les dix ans. La donne change avec une nuée d’entreprises décidées à concrétiser les attentes. »
      Plus ON est décidé, et plus ON est de décidés… mieux, plus ON est de Shadocks, tout plein tout plein d’imagination… bien plus que ces pauvres physiciens et ingénieurs qui depuis plus de70 ans ont échoué… et plus ON a de chances de réussir.

  6. La fusion rêverie de start up et de nos politiciens UmPs ! Nos politiciens la seule science qu’ils connaissent c’est la science politique une soit disant science où l’on peut mentir et tricher, et du coup nos politiciens croient que l’on peut aussi tricher en science physique pour obtenir les résultats qu’on souhaite, hélas ce n’est pas comme ça que ça se passe ! La réalité qui fait qu’on ne pourra jamais produire d’électricité par la fusion, ce n’est que ça ne sera jamais rentable à cause des DISRUPTIONS ! En effet, les disruptions sont des apparitions imprévisibles et brutales d’instabilités magnétohydrodynamiques dans la chambre de confinement, autrement dit c’est comparables à des coups de foudre qui endommagent les parois de la chambre de confinement .

    1. Voici de que dit Wikipedia en tapant disruption Iter wiki, je cite :
      « Les disruptions sont des phénomènes connus depuis la réalisation des premiers tokamaks.
      « Elles peuvent provoquer des dégâts considérables sur les structures des machines, par des dépôts thermiques localisés, des forces de Laplace dans les structures et par la génération d’électrons de haute énergie dits découplés pouvant perforer les éléments internes » d’un tokamak[1].  »

      Nous y voilà, en vérité, le champ magnétique n’arrête pas les disruptions ! Donc la fameuse bouteille censée garder le soleil confiné est percée comme une passoire ! En comparaison le soleil ne chauffe qu’à une température de 20 millions de degrés Celsius et la distance Terre Soleil est de 150 millions de kilomètres, pourtant le soleil parvient toujours à percer le champ magnétique terrestre, et le champ magnétique de notre planète est beaucoup plus puissant que celui de la centrale Iter !

    2. Et là Iter est censée chauffer à 100 millions de degrés C pour commencer à être rentable, soit 5 fois plus chaud que le soleil ! Et les structures de la machine ne sont pas situées à 150 millions de km de l’émanation de fusion, mais juste de quelques mètres, rien à voir avec la distance Terre-Soleil, et tout ça avec un champ magnétique ridicule en comparaison à celui de notre planète.
      Conclusion, il est irrémédiable de contrer les disruptions, c’est insoluble ! Et on ne va pas changer les éléments de la structure de la centrale Iter tous les ans parce qu’elle serait trop endommagée ! (et encore changer 1 fois par an je suis gentil).

    3. D’autant qu’il faut fabriquer des pièces sur mesure ce qui prend plusieurs mois, nettoyer les particules qui prend un temps fou aussi, et surtout les soudures de la structure qui prennent plusieurs mois aussi ! Bref, il faudrait faire fonctionner la centrale 1 an, puis la réparer pendant 1 an, et alterner de cette façon ad vitae æternam. On aurait de l’électricité 1 année sur 2 dans le meilleur des cas (et là je vous fournis une estimation optimiste; car les réparations risquent de durer plus qu’un an).

  7. ON avance ON avance !

    Tiens, ça aussi, la Fusion. Combien de temps qu’ON en parle, de la Fusion ?
    Vingt ans… pas plus ?
    – « En 1934, Ernest Rutherford réalise la première réaction de fusion en laboratoire (entre atomes de deutérium) » (Wikipédia)
    Et aujourd’hui, quasiment un siècle plus tard… où en est-ON ?
    – Le mégaprojet ITER avance lentement mais sûrement (Le MONDE 22 septembre 2025)

    1. Les scientifiques et techniciens qui travaillent sur Iter savent très bien que la fusion n’aboutira jamais ! (voir mes commentaires plus hauts) Mais ils ne le diront jamais, car sinon ils se retrouvent au chômage ! Alors ils répètent en boucle le slogan marketing que la fusion donnera de l’énergie illimitée et gratuite pour continuer d’obtenir l’approbation des électeurs et surtout de traire le pognon des contribuables pour financer ce projet ! Bref, les électeurs ne râlent pas et se laissent racketter sans broncher dès lors qu’ils ont entendu le slogan UmPs illimité et gratuit…

    2. D’ailleurs en imaginant qu’ils parviennent à produire de l’électricité avec Iter, je serais curieux de savoir si je recevrai des factures de 0 euro quelque soit ma consommation ? Beaucoup le croit mais pas moi ! Mince alors, qu’en est il des mots illimité et gratuit ? Lire article sur les Echos intitulé « Fusion nucléaire : la facture d’Iter glisse vers les 25 milliards d’euros » –> dans l’article est mentionné 5 milliards d’euros en pièces défectueuses alors que la centrale n’a pas encore produit 1 électron aux domiciles des français !

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