La guerre tue les hommes… et la nature aussi

On sait depuis longtemps que tuer la nature, c’est oblitérer l’avenir. Au VIIe siècle avant notre ère, dans la même région, les rois assyriens se vantaient de l’arrachage des arbres fruitiers, de l’incendie des champs et de la stérilisation de la terre des peuples vaincus. Vingt-huit siècles plus tard, pas grand-chose n’a changé. La dimension écocidaire des conflits armés semble être de plus en plus assumée.

Stéphane Foucart : En Ukraine, à Gaza, au Liban ou en Iran, la destruction de l’environnement n’est pas seulement un effet collatéral des opérations militaires, mais une arme comme une autre. Elle est moins directement létale que l’artillerie ou les missiles balistiques, mais ses effets à long terme peuvent être considérables.

– En Ukraine, de nombreux dommages à l’environnement ont été délibérément commis par les forces russes, du bombardement de la centrale de Tchernobyl à la destruction du barrage de Kakhovka…

– En Iran, les frappes israéliennes sur les dépôts pétroliers de Téhéran, dans la nuit du 7 au 8 mars, ont exposé des millions de personnes à une atmosphère empoisonnée …

– Ces jours-ci, c’est l’armée israélienne qui pulvérise du glyphosate à haute concentration sur les champs du sud du Liban et de Syrie, dans une logique de stérilisation délibérée de la nature.

Les populations et les sociétés locales portent silencieusement ces fardeaux, longtemps après la fin des hostilités, tonnes d’herbicides sur les forêts du Vietnam, munitions à l’uranium appauvri par les forces américaines en Irak…

Le point de vue de Michel Sourrouille

Personnellement je suis et reste objecteur de conscience. Si chacun de nous était objecteur, refusant l’usage collectif des armes, il n’y aurait plus d’armée institutionnalisée, il n’y aurait plus de guerres généralisées. Mais je reste pragmatique et les contraintes écologiques peuvent avoir demain un impact beaucoup plus fort que les crises financières. En cas d’effondrement de notre civilisation, ce qui est une possibilité crédible, les militaires apparaîtront comme la force la mieux organisée de protection des populations.

C’est avec ce sentiment profond que j’ai accueilli le choix de mon fils de devenir officier dans la Marine nationale. Pendant plus de dix ans, il a servi au déminage en mer et sur terre, contrôlé avec les Anglais des bateaux de pêche pour éviter le pillage des ressources halieutiques, supervisé la navigation maritime au large de Cherbourg pour pallier tout accident. Il n’a rien fait de la fonction traditionnelle des armées, faites pour tuer. Il a toujours agi en temps de paix comme force de protection : l’armée du futur ? Qui voudrait faire la guerre s’il vivait en équilibre avec son écosystème ?

en savoir plus grâce à notre blog biosphere

guerres et environnement, la grande transition

extraits : En 1991 Nicolas Skrotzky avait écrit « Guerres, crimes écologiques ». En 2005, Claude-Marie Vadrot avait enfoncé le clou : « Guerres et environnement, panorama des paysages et des écosystèmes bouleversés ». Il est vrai qu’aucune guerre, interne, internationale, tribale ou « propre » ne laisse intact l’environnement. Quand les combattants sont réconciliés, la nature reste marquée, transformée. La guerre que nous avons menée contre la Terre depuis quasiment l’origine de l’homme a aujourd’hui atteint son maximum de puissance destructrice. Nous ne pouvons pas aller beaucoup plus loin, au risque d’un hiver nucléaire. Il y a dorénavant une conscience croissante que sécurité nationale et conservation écologique sont étroitement liés.L’insécurité écologique est principalement rattachée à la problématique énergétique, des rapports militaires récents de la Bundeswehr ou du Pentagone se préoccupent des troubles qui suivront le pic pétrolier….

Les missions militaires au service de la biodiversité de Sarah Brunel (2012)

extraits : Sarah s’appuie sur son expérience d’experte internationale en matière de protection des végétaux et de biosécurité. Les Nations Unies sont convaincues que l’environnement représente un levier pour reconstruire la paix, voire même pour prévenir les conflits. Cette orientation se traduit dans les faits par des évaluations environnementales post-conflits considérant les impacts sur la biodiversité, comme en Irak, au Kosovo, au Liban ou en Afghanistan. L’OTAN a inscrit la sécurité environnementale à son nouveau concept stratégique. De nombreuses recherches ont identifié des liens, au moins indirects, entre les mécanismes qui mènent à des conflits et l’environnement.

Sarah envisage même un devoir d’ingérence environnemental à l’image du droit d’ingérence humanitaire. Pourquoi les armées n’interviendraient-elles pas dans des pays étrangers pour en protéger les richesses biologiques, pour stopper la destruction d’une forêt primaire par exemple ? La question reste en suspens car l’écologie n’est pas encore la préoccupation première des forces armées. Sarah le reconnaît : « la protection de l’environnement par l’armée pourrait conduire à une utilisation de l’environnement pour des raisons de défense nationale… une appropriation dangereuse (p. 97) » ; « Beaucoup d’environnementalistes voient très peu d’avantages et des dangers considérables à « sécuriser » les problèmes écologiques (p. 99) » ; « Beaucoup de militaires ont des réticences quant à l’engagement de l’armée sur des sujets environnementaux, préserver la nature étant aux antipodes de la logique guerrière et sécuritaire p. 104) »

7 réflexions sur “La guerre tue les hommes… et la nature aussi”

  1. parti d'en rire

    – « Les deux décennies qui viennent vont sans doute marquer un tournant historique qui mettra fin à deux siècles d’une volonté de croissance préjudiciable aux autres espèces et même au climat de la Terre. La transition dite « écologique », qui constituera probablement un changement radical de civilisation, sera nécessairement l’occasion d’une intervention de l’armée. [etc.] »
    ( guerres et environnement, la grande transition – Biosphère 17 novembre 2012 – mis en lien )

    Cet article n’avait en 2012 récolté qu’ 1 seul commentaire… et encore pour ne pas dire grand chose.
    En 2012 je ne connaissais pas encore Biosphère.
    2026 … 14 ans déjà … où qu’il est ce tournant historique ? Oui bon, il nous reste encore 6 ans.
    Mais nom de dieu, où sont-ils les écologistes !!???

  2. esprit critique

    – « Pourquoi les armées n’interviendraient-elles pas dans des pays étrangers pour en protéger les richesses biologiques, pour stopper la destruction d’une forêt primaire par exemple ?
    La question reste en suspens car l’écologie n’est pas encore la préoccupation première des forces armées. [etc.] » (Sarah Brunel, 2012 : Les missions militaires au service de la biodiversité – Lien Biosphère)

    – « En cas d’effondrement de notre civilisation, ce qui est une possibilité crédible, les militaires apparaîtront comme la force la mieux organisée de protection des populations. » (Michel Sourrouille)

    Même si la Guerre est dans les gènes du Système (capitaliste), celui-ci a tout de même besoin de certaines conditions pour fonctionner. Le désordre, le chaos, à plus forte raison mondialisé, un environnement détruit, des populations en grande souffrance, et plus ou moins révoltées… tout ça ne va pas dans le sens de la bonne marche des affaires (l’Ordre Établi).
    (à suivre)

    1. esprit critique

      (suite) La protection des populations passe évidemment par la protection de l’environnement. Cependant, et de mon point de vue, si les militaires devaient intervenir pour protéger l’environnement (les forêts, les océans, la biodiversité etc.) ce serait avant tout pour préserver l’Ordre Établi. Pour ne pas dire Le Système. Ce qui finalement ne changerait pas grand chose à leur raison d’être. D’ailleurs les militaires interviennent déjà après des catastrophes naturelles. Et je trouve particulièrement intéressant de voir quels sont les pays les plus prompts à reconvertir (reconverdir ?) occasionnellement leurs guerriers en bons samaritains.
      – La France comme modèle: le rôle futur des armées nationales dans la réponse aux catastrophes climatiques (worldpolicyhub.com)

      Reste à voir si Le Système ne porterait pas en lui le gène de son autodestruction… 😉

      1. La guerre propre, verte et durable

        – « Le ministère lance sa nouvelle stratégie défense durable à horizon 2030 »
        (Stratégie de défense durable : Les armées passent au vert… fncv.com/2024/)

        – « L’armée de Terre s’engage dans la protection de l’environnement et la mise en valeur des espaces naturels qu’elle occupe. Cette mission n’est pas une contrainte mais une opportunité permettant de protéger nos espaces mais aussi d’améliorer notre préparation opérationnelle. » (L’environnement – defense.gouv.fr)

        – « Les Armées sont un acteur-clé de la préservation et de la protection de l’environnement en raison de l’ampleur et de la variété de leurs activités au cœur des territoires. [et blablabla] » (RESSOURCES PÉDAGOGIQUES L’ACTION NATIONALE ET INTERNATIONALE DES ARMEES POUR LA PRESERVATION ET LA PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT – cheminsdememoire.gouv.fr )

  3. esprit critique

    – « Par un après-midi de début février, Sami Abu Amr, un agriculteur de 61 ans, se promène sur son terrain d’environ trois acres situé à l’est du quartier de Shuja’iyya, dans la ville de Gaza, où il entretenait autrefois des oliviers et cultivait des légumes de saison, notamment des concombres, des tomates et des pommes de terre. [etc. etc.] »
    (La guerre israélienne a réduit à néant l’agriculture et l’élevage de Gaza – france-palestine.org)

    Et après ça certains osent chipoter au sujet du mot génocide. Alors parler d’ écocide …
    Que voulez-vous… aujourd’hui les mots ne veulent plus rien dire.

    – À Gaza, l’écocide s’ajoute au génocide : «Cultiver, c’est aussi un symbole de notre résilience»
    (vert.eco 01/10/2025)
    – Écocide à Gaza : “c’est tout le vivant qui a été annihilé” – entretien avec William Mina
    (agencemediapalestine.fr/blog/2026/03/31/)

    Mais Gaza ça ne suffit pas, c’est tout le Moyen-Orient que ces grands malades veulent annihiler.

  4. – « … la destruction de l’environnement n’est pas seulement un effet collatéral des opérations militaires, mais une arme comme une autre. » (Stéphane Foucart)

    Je dirais plutôt qu’il s’agit là d’une stratégie, comme une autre. Et vieille comme le monde.
    C’est ni plus ni moins que la politique de la terre brûlée (voir Wikipédia).
    Sur votre moteur de recherche tapez «Trump et la politique de la terre brûlée » …
    De même avec «Netanyahu et la politique de la terre brûlée ».
    Ainsi que «Poutine et la politique de la terre brûlée ».
    Et comptez le nombre d’articles. Ce qui devrait déjà vous donner une idée…
    Par contre, en tapant «Zelensky et la politique de la terre brûlée »… je n’ai rien trouvé.

    1. Esprit critique

      Ces jours-ci, l’armée israélienne pulvérise du glyphosate à haute concentration sur les champs du sud du Liban et de Syrie… Ce qui n’est pas sans rappeler les épandages massifs de ce défoliant que les Américains répandaient durant la guerre du Viêt Nam.
      – L’agent Orange, le poison américain qui tue encore au Vietnam, 50 ans après la guerre
      (geo.fr 27 avril 2025)
      Comme par hasard, le Glyphosate et l’Agent Orange ont un point commun : Monsanto.
      Comme par hasard, la Guerre et le Pognon sont toujours liés.
      Pour les plus gros salopards que la Terre puisse porter… la Guerre sera toujours une belle occasion pour se faire un max de blé. Bref, pour moi il n’y a pas de mots assez forts pour qualifier de tels crimes. Et de tels criminels.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *