La lettre encyclique MAGNIFICA HUMANITAS

Quelques extraits de la Lettre encyclique MAGNIFICA HUMANITAS du Saint-Père LÉON XIV pour promouvoir la paix (25 mai 2026)

sur la protection de la personne humaine

à l’ère de l’intelligence artificielle

banalisation de la guerre

189. En 1965, le cri de saint Paul VI résonnait avec force devant l’Assemblée Générale des Nations Unies : « jamais plus la guerre, jamais plus la guerre ! ». Nous devons reconnaître que, malgré les aspirations et les proclamations de paix, les soixante dernières années ont été marquées par des conflits d’une férocité impressionnante. Un tournant s’est produit après la Seconde Guerre mondiale : la paix avait été placée au centre de l’ordre international, comme en témoigne notamment la Charte des Nations Unies, qui se propose de « préserver les générations futures du fléau de la guerre » ; de nombreuses Constitutions nationales, dans le même esprit, avaient relégué le recours aux armes à des cas extrêmes et strictement délimités.

190. Aujourd’hui, en revanche, nous assistons à un véritable changement de paradigme dans le discours public et dans les choix en matière de réarmement, avec une réhabilitation inquiétante de la guerre en tant qu’instrument de politique internationale, tandis que les critères éthiques mêmes qui en avaient limité l’usage sont progressivement érodés. Des formes de conflit pour l’expansion territoriale que l’on croyait dépassées réapparaissent. L’opinion publique est progressivement orientée et habituée par des récits médiatiques polarisants, souvent amplifiés par des algorithmes qui valorisent la confrontation et l’opposition.

192. Ainsi, la guerre n’est pas seulement menée, mais aussi préparée culturellement à travers des récits simplistes, des logiques ami-ennemi, la désinformation et la peur. Lorsque la mémoire historique s’estompe et que les critères éthiques qui protègent les civils et les plus fragiles s’affaiblissent, il devient plus facile de présenter la violence comme nécessaire, inévitable, voire “propre”. C’est dans ce climat que l’humanité est en train de glisser vers une culture violente de la puissance, où la paix n’apparaît plus comme une tâche à assumer, mais comme un intervalle précaire entre les conflits.

Aujourd’hui plus que jamais, il est important de réaffirmer le dépassement de la théorie de la “guerre juste” trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict. La magnifique humanité dispose d’outils bien plus efficaces et capables de promouvoir la vie humaine pour faire face aux conflits, tels que le dialogue, la diplomatie, le pardon. Le recours à la force, à la violence et aux armes témoigne d’une pauvreté relationnelle qui a toujours des conséquences désastreuses sur les populations civiles.

La force sans limites

193. Un élément déterminant du paysage actuel est l’essor de l’industrie de guerre, devenue un secteur clé de l’économie de certains pays. Le lien étroit entre les intérêts économiques, les appareils militaires et les décisions politiques engendre une “nation armée” où la guerre apparaît presque comme le prolongement naturel de la politique et où le marché de l’armement devient un moteur autonome des choix belliqueux. En ce sens, il existe une logique économique qui contribue à alimenter les tensions dans différentes régions du monde.

194. Par le passé, la prise de conscience de la menace que représentent les armes capables de détruire l’humanité tout entière avait favorisé des voies de désescalade et de négociation en matière de désarmement. Nous sommes malheureusement sortis de cet horizon et l’évolution des arsenaux nucléaires – y compris la perspective d’utilisations tactiques, fait apparaître le recours à ces engins comme une possibilité de moins en moins lointaine.

Dans ce contexte, l’entrée en vigueur en 2021 du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, soutenu par plus de soixante-dix pays, constitue un signe important, mais risque de rester en grande partie symbolique, puisque les principales puissances nucléaires n’y adhèrent pas. C’est ainsi que s’est répandue la conviction, erronée, que la dissuasion nucléaire est une condition indispensable à la sécurité. Ceci a pour effet d’alimenter une nouvelle course aux armements difficilement contrôlable, accompagnée du démantèlement progressif des accords de réduction des armes nucléaires et du développement d’engins “miniaturisés”, qui facilitent leur utilisation comme une option viable.

195. On retrouve la même logique dans les conflits conventionnels : la puissance militaire, la faiblesse des initiatives diplomatiques et la complexité des intérêts en jeu favorisent des conflits qui ont tendance à s’enliser, avec un coût humain et environnemental extrêmement élevé. Il est bien plus facile de déclencher une guerre que d’y mettre fin, et pourtant, la réflexion sur la prévention des conflits reste dramatiquement marginale.

Armes et IA

197. À ce contexte s’ajoute le développement incessant des systèmes d’armes, en particulier des armes liées à l’IA. La facilité croissante avec laquelle les systèmes d’armes à autonomie opérationnelle peuvent être utilisés rend la guerre moins soumise au contrôle humain, ce qui va à l’encontre du principe selon lequel l’usage de la force armée ne doit intervenir qu’en dernier recours. C’est pourquoi le développement et l’utilisation de l’IA dans le domaine militaire doivent être soumis aux contraintes éthiques les plus rigoureuses en évitant une course aux armements.

198. Il n’est donc pas acceptable de confier à des systèmes artificiels des décisions mortelles. Il n’existe aucun algorithme capable de rendre la guerre moralement acceptable. L’IA nous habitue à l’idée que la violence est inévitable et qu’il suffit de l’optimiser. Il est donc primordial d’inculquer des valeurs dans la programmation des systèmes artificiels que nous construisons.

199. Lorsque la décision de frapper devient automatique ou opaque, le risque de déresponsabilisation augmente. C’est pourquoi la chaîne des responsabilités doit rester identifiable et vérifiable. Le deuxième critère concerne le délai du jugement moral. L’IA tend à raccourcir les délais de décision ; mais, en temps de guerre, les décisions irréversibles ne peuvent avoir pour critères suprêmes la rapidité et l’efficacité. Le troisième critère est l’identification et la protection des civils. Toute technologie qui facilite le fait de frapper sans voir le visage de l’autre abaisse le seuil moral du conflit. La sélection des cibles et l’usage de la force ne peuvent confondre combattants et non-combattants, ni ignorer l’impact sur les populations sans défense.

205. Derrière tout cela se cache un faux “réalisme”, fondé sur une conviction culturelle et anthropologique, comme si la guerre faisait inévitablement partie de la nature humaine. Il en a toujours été ainsi, dit-on, à l’exception de brèves parenthèses, et il en sera toujours ainsi ! Le problème n’est donc plus la paix, perdue comme référence dans le paysage international, mais comment et quand agir militairement, tout en affirmant qu’il serait irresponsable de ne pas se préparer à l’affrontement. Au contraire, ce qui est vraiment irresponsable, c’est la Realpolitik, cette forme de “réalisme” politique qui sème dans les consciences comme dans la culture la résignation face à une guerre inéluctable, et qui considère la paix et le dialogue comme des positions utopiques ou irrationnelles. Au contraire, la paix n’est pas un espoir naïf ni une simple absence de guerre : elle est le fruit, toujours possible, de la justice et de la charité.

208. Dans les pays marqués par de graves tensions sociales, nous ne pouvons pas exclure que certains finissent par considérer le conflit armé comme un moyen efficace de détourner l’attention des problèmes internes et comme un instrument de gestion cynique des difficultés.

Désarmer les mots

214. La première contribution que nous pouvons apporter à une civilisation plus humaine est de prêter attention à nos paroles. « Désarmons les mots et nous contribuerons à désarmer la Terre ». Le pouvoir des mots est immense et nous en faisons l’expérience dans notre communication quotidienne, lorsque quelqu’un nous dit quelque chose qui modifie notre état d’esprit, en bien ou en mal. « La paix commence par chacun de nous : par la manière dont nous regardons les autres, dont nous les écoutons, dont nous parlons d’eux ; et, en ce sens, la manière dont nous communiquons est d’une importance fondamentale : nous devons dire “non” à la guerre des mots et des images ». Nous devons donc tous faire un examen de conscience sur les mots que nous utilisons, sur les préjugés dont ils sont chargés et sur l’agressivité, ouverte ou latente, qui les habite.

Nous avons une réelle possibilité de contribuer au bien chaque fois que nous disons la vérité, que nous donnons un conseil avisé, que nous soutenons ceux qui ont besoin de réconfort, que nous dénonçons une injustice, et que nous donnons la parole à ceux qui ne l’ont pas.

221. Sur le plan politique, il est urgent de passer de la “culture de la puissance” à une véritable “culture de la négociation” dans laquelle le dialogue et les relations diplomatiques deviennent une voie habituelle pour gérer les conflits, comme le souhaitait Giorgio La Pira : « Il faudra remplacer la méthode de la guerre par la méthode de la paix : la méthode de la négociation, de la rencontre, de la convergence ». La conscience d’un destin commun des peuples exige que la “culture de la négociation” devienne de plus en plus un engagement partagé, politique et culturel, capable d’éloigner progressivement l’humanité de la spirale de la violence.

222. À ceux qui ont l’honneur et la responsabilité de gouverner, je voudrais répéter quelques paroles que j’ai prononcées au début de mon Pontificat :

« Les peuples veulent la paix et je dis aux responsables des peuples : rencontrons-nous, dialoguons, négocions ! La guerre n’est jamais inévitable, les armes peuvent et doivent se taire, car elles ne résolvent pas les problèmes, elles les aggravent ; ce sont ceux qui sèment la paix qui passeront à la postérité, pas ceux qui font des victimes ; les autres ne sont pas d’abord des ennemis, mais des êtres humains avec qui parler. Fuyons les visions manichéennes typiques des récits violents qui divisent le monde entre bons et méchants ».

223. En rejetant la logique de la violence, le dialogue interreligieux joue un rôle décisif, car au cœur des grands itinéraires spirituels se trouve un message de paix. Ceux qui utilisent le nom de Dieu pour légitimer le terrorisme, la violence ou la guerre en trahissent le visage : combattre au nom de la religion revient, en réalité, à porter atteinte à la religion elle-même. Les croyants peuvent puiser à nouveau aux sources les plus authentiques de leurs traditions spirituelles, où il n’y a pas de place pour la haine sacralisée.

226. Les organisations internationales, en particulier l’ONU, restent des instruments essentiels pour promouvoir une civilisation de l’amour, en soutenant le dialogue entre les nations, le règlement pacifique des conflits, le développement intégral des peuples, la protection des personnes les plus vulnérables, le désarmement et la sauvegarde de la création. À travers ces instances, la communauté internationale peut chercher à libérer les ressources destinées à l’armement pour les affecter à la promotion humaine et à la protection de la Maison commune. La faiblesse actuelle de l’ONU et du système politique international révèle la nécessité de réformes profondes. Il ne s’agit pas seulement d’ajustements techniques, puisque la crise des convictions et des valeurs touche également les fondements éthiques de la vie des nations.

LÉON PP. XIV, Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 15 mai de l’année 2026, la deuxième de mon Pontificat.

Cf. L’intégrale de l’encyclique

https://static.bayard.io/la-croix.com/cue/download/Lettre-encyclique-MAGNIFICA-HUMANITAS-du-Saint-Pere-Leon-XIV.pdf

11 réflexions sur “La lettre encyclique MAGNIFICA HUMANITAS”

  1. Nos démocraties réagissent davantage qu’elles n’agissent. Elles courent derrière les événements. Elles gèrent des urgences successives. Elles peinent à inscrire leurs décisions dans le temps long. La politique semble parfois condamnée à commenter les transformations du monde plutôt qu’à les orienter. Derrière les débats technologiques sur l’IA, Léon XIV s’inquiète d’un monde où le rapport de force tend à devenir l’argument ultime, où la puissance est de plus en plus souvent présentée comme une vertu en soi. Là où prospère la logique du « moi d’abord », Léon XIV rappelle inlassablement que les sociétés humaines sont interdépendantes. Là où certains célèbrent le rapport de force, il réhabilite le droit. Là où l’on cherche des adversaires à désigner, il oppose la concorde comme horizon politique.

  2. Le retour du fait militaire se déploie aussi dans une autre arène, celle des mots. Si les Etats occupent la guerre des récits, c’est parce qu’ils ont conscience que l’interprétation des faits conditionne leur acceptation. Que disent alors les Etats pour justifier leur recours à la force ? Derrière cette prolifération de récits, parfois absurdes, se cachent quatre familles d’arguments. Les premiers mobilisent l’histoire. Sa traduction principale constitue en un hold-up du principe de souveraineté populaire qui tend à être remplacé par celui d’un supposé droit « historique ». « Ce territoire m’appartient car il m’a appartenu, mon utilisation de la force vise à rétablir un passé. » Ce type de récit se retrouve dans la justification russe de la guerre en Ukraine, dans les narrations israélienne et palestinienne, dans le discours de l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh ou encore dans celui de la Chine sur Taïwan. (à suivre)

    1. (suite) Une deuxième famille relève d’une approche conséquentialiste : la guerre est présentée comme nécessaire à la défense d’intérêts vitaux, la raison d’Etat se devant de triompher sur toute considération morale. Les vues de Donald Trump sur le Groenland s’inscrivent dans cette approche. Les deux autres registres, qui correspondent aux grands récits libéraux, apparaissent aujourd’hui fragilisés : l’un invoque la légalité du recours à la force et cherche la sanction d’instances internationales telle qu’un mandat des Nations unies ou une demande d’alliés, comme l’intervention française au Mali ; l’autre met en avant la défense de valeurs universelles telle que la responsabilité de protéger, comme ce fut le cas pour justifier l’intervention en Libye. (à suivre)

      1. (suite et fin) L’individu évolue dans l’incertitude et devient un consommateur de récits. Le risque tient donc à la multiplication des discours et au doute quant à la possibilité même d’établir une vérité partagée. Certes l’encyclique de Léon XIV est bienvenue, elle adresse à 1,4 milliards de chrétiens et à tous les pacifistes quels que soient leurs religions. Malheureusement même une encyclique n’arrive pas à gagner la guerre des mots. Qui se rappelle encore l’encyclique sur le réchauffement climatique du pape François en 2015, Laudato Si (loué sois-tu, sur la sauvegarde de la maison commune) ?

  3. La guerre menée ou non par L’ IA est une horreur sans aucun doute mais l’ Eglise s’ inscrit dans une longue tradition de déculottage et de mentalité du fusil brisé où elle voit toute personne comme dénuée de malignité .
    N’ oublions pas la fameuse joue droite à présenter lorsque la joue gauche a été souffletée
    Dans la vie normale , pour toute gifle reçue on en rend au moins le double .
    La mise au chomdu des agents merdiatiques par l’ avènement de l’ IA me réjouit au plus haut point un peu comme le jour où des gauchos façon Robespienchon seront pendus à des crocs de boucher ou des grues (une vision d’ anthologie que ces gauchos suspendus)😁😁

    1. – “ Nous avons la chance en France d’être dans un pays qui favorise la libre expression “ (modération à Marcel 21 mai 2026)

      La liberté d’expression c’est comme la démocratie, en théorie c’est bien.
      Sauf que l’accorder à certains, c’est comme donner de la confiture aux cochons.

      1. Vous avez raison , monsieur le moralisateur, on ne devrait pas l’ accorder aux gauchistes qui eux aiment interdire tout ce qui ne va pas dans leur sens : Staline, Lénine, Pol Pot, Castro, Che guevara, stalinenchon en sont de parfaits exEmples , les gauchistes ont la dictature dans le sang , c’est plus fort qu’ eux .

        modération @ Marcel
        nous sommes ici très très loin de l’article proposé sur une encyclique.
        Nous rappelons que tout commentaire hors sujet peut être supprimé.

    2. Marcel, vous êtes incorrigible, menacer de mort même sous forme de plaisanterie est absolument déplaisant… Faire justice implique le principe de proportionnalité, qui a tué peut être tué, qui est giflé peut intenter un procès, mais il ne doit pas être question d’en rajouter, sinon c’est l’escalade de la violence !

  4. « 13 départements de l’Ouest placés en vigilance orange » en gros titre ce jour sur lemonde.fr, « Les motos secrètement débridées de KTM », « Sigourney Weaver, actrice « badass » et fada de sagas », « EN DIRECT, Roland-Garros 2026 : Loïs Boisson et Corentin Moutet déjà éliminés »…
    il faut chercher, bien en bas de la page de présentation du monde.fr, l’éditorial sur Magnifica Humanitas ! alors que cela devrait faire l’essentiel de la page !
    Ainsi va l’affaiblissement de l’intelligence collective par les merdias, l’essentiel étant noyé par les informations dont normalement on n’a rien à foutre…

    1. – Le pape Léon XIV appelle à « désarmer l’intelligence artificielle », alors que « le pouvoir technologique prend un visage inédit » (Sarah Belouezzane , Le MONDE 26 mai 2026)

      Maintenant si le con-sot-mateur de niouses (dont normalement ON n’a rien à foot) veut en savoir plus sur MAGNIFICA HUMANITAS, je lui conseillerai plutôt La Croix. Il pourra ainsi découvrir (entre autres) pourquoi Léon XIV cite « Le Seigneur des anneaux » de Tolkien dans son encyclique « Magnifica humanitas » .

      – « Désarmons les mots et nous contribuerons à désarmer la Terre » (Léon)
      Ce passage est remarquable. Tout autant que le reste, certes, et que l’ensemble (tout est lié), mais pour moi il est d’une importance capitale.

      1. – « 205. Derrière tout cela se cache un faux “réalisme”, fondé sur une conviction culturelle et anthropologique, comme si la guerre faisait inévitablement partie de la nature humaine.
        Il en a toujours été ainsi, dit-on, à l’exception de brèves parenthèses, et il en sera toujours ainsi ! [pour des siècles et des siècles, amen] »
        J’aimais beaucoup le précédent, paix à son âme, mais ce Léon a tout pour me plaire.
        Je parierai que lui aussi il est de gauche. Peut-être même anar, eh va savoir … 🙂

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