La merde, un de nos biens les plus précieux

Pour pousser, les plantes ont besoin de nutriments indispensables (azote, phosphore, potassium…), qui, après avoir été consommés, sont excrétés par le corps. Traditionnellement, les paysans avaient le souci d’utiliser les excrétions humaines et animales pour fertiliser les sols cultivés.

Fabien Esculier : Jusqu’au XIXᵉ siècle, l’évacuation des matières organiques hors des villes s’effectue souvent selon un principe symétrique à celui de leur approvisionnement alimentaire. Il y a vidange des excreta, utilisés comme engrais sur les terres avoisinantes. La densification des villes conduit à imaginer un système de stockage dans des fosses. Avec le développement de l’hygiénisme, l’arrivée progressive de l’eau courante dans les habitations s’accompagne de la généralisation des toilettes à chasse d’eau puis des systèmes d’égouts. Les excréments y disparaissent comme par magie, même si, en réalité, ils vont polluer les rivières. Mais c’est surtout au XXe siècle, avec l’apparition des engrais de synthèse, que s’opère le basculement. En 1913, le chimiste allemand Fritz Haber et l’industriel Carl Bosch développent un procédé industriel pour convertir l’azote de l’air en azote assimilable par les plantes. Après la seconde guerre mondiale, ce procédé se généralise en France, en même temps que l’agriculture industrielle.

Nous dépensons des sommes colossales à détruire l’azote de nos excrétions dans les stations d’épuration. Et nous consacrons autant d’énergie et d’argent à fabriquer la même quantité d’azote sous forme d’engrais pour nous nourrir. Or, les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont mis en lumière les effets catastrophiques des dépendances aux énergies fossiles sur notre autonomie alimentaire. Tant que nous serons dépendants des engrais d’origine fossile pour notre subsistance, notre souveraineté alimentaire sera un leurre. En outre, les conséquences environnementales de cette production sont catastrophiques. Elle contribue pour 2 % aux émissions de gaz à effet de serre et donc au réchauffement climatique, et aggrave les concentrations de nitrates dans notre eau potable.

NB : Fabien Esculier a fondé en 2014 le programme de recherche-action Ocapi (Organisation des cycles carbone, azote et phosphore dans les territoires) qui réinvente des pratiques millénaires, oubliées depuis cinquante ans. Dans Une autre histoire des excréments (Actes Sud, 304 p., 21 euros), il retrace le destin de ce trésor vital, devenu un déchet coûteux.

Le point de vue des écologistes avec toilettes sèches

– Dans son roman « La Terre », Zola parle d’une paysanne qui produisait et proposait plus beaux légumes du village, mais qui suscitaient une certaine défiance car elle était appelée « la Mère Caca »…

– Je vois déjà certains sortir les références fausses au Sri Lanka, les accusations de militantisme pour discréditer le chercheur (quand on aime pas le message, on attaque le messager)

– L’agronome et écologiste avant l’heure René Dumont expliquait qu’en Chine le vidangeur les récoltait les excréments et était l’homme le plus riche du village alors qu’en Inde c’était considéré comme indigne par les brahmanes, aux « intouchables » de s’en occuper !

– La solution peut être le re-développement de ceintures urbaines de production vivrières utilisant les excrétionss dans le cadre de circuits courts, ce qui existait encore au 19eme siècle comme à Paris.

– Intégrer dans les représentations que ce qui est considéré comme abject est en fait un or brun ne se fera pas sans résistances.

– Le prix des engrais augmente => le prix de la tonne de céréale augmente => le prix de la viande augmente. C’est comme cela que la consommation de produits carnés va se réguler.

– Reste plus qu’à séparer les produits sanitaire, le cadmium et les médicaments des eaux usées. Bon courage.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

toilettes sèches (2008)

extraits : Alors que dans les pays riches une frange d’expérimentateurs éclairés se lance dans la construction de toilettes sèches, il est vraiment bizarre que les pays pauvres n’utilisent pas les excréments humains qui peuvent faire un bon engrais. Il est bizarre qu’un article sur nos latrines insiste plutôt sur les maladies diarrhéiques, la contamination des eaux de surface, les bactéries, virus et autres parasites, sans aborder l’intérêt du nécessaire recyclage de toute matière par les décomposeurs. Nous n’avons pas à frémir ni fantasmer sur nos matières fécales : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme…

pisser dans la nature ou dans des toilettes ? (2012)

extraits : Il y a des commémorations pour tout, y compris pour les WC : journée mondiale des toilettes le 19 novembre ! Car ça urge : choléra, typhoïde, légionellose et autres maladies hydriques sont directement liés aux lacunes de l’assainissement. Or 1,1 milliard de personnes n’a d’autre choix que de déféquer dans un champ, au bord d’une rivière, en forêt ou sur un terrain vague… Pisser dans des toilettes « hygiéniques » avec le « tout-à-l’égout » n’est pas le meilleur service à rendre à l’humanité. Si le phosphore manque, la production agricole chutera !….

Merci la Terre, nous sommes tous écologistes (2013)

extraits : La chasse d’eau fut inventée par un Anglais, en 1775. Ce système, qui est synonyme d’hygiène et de civilisation moderne, n’est cependant pas généralisable, pour deux raisons. D’une part, il coûte trop cher, aucun pays du tiers-monde ne peut l’envisager, sauf pour le centre de sa capitale. D’autre part, il n’y a pas assez d’eau. Toute l’eau de l’Himalaya ne suffirait pas à emplir les chasses d’eau d’un milliard de Chinois…

815 millions d’affamés et cela ne peut qu’augmenter (2017)

extraits : On a combattu depuis le XIXe siècle la loi des rendements décroissants en agriculture par plus d’engrais et d’énergie, les sols ont été dopés artificiellement, ils sont en bout de course aujourd’hui, et les ressources fossiles sont bientôt inaccessibles. Autant il est facile dans de petites communautés de recycler les déjections humaines, autant cela devient impossible quand une population s’accumule sur un territoire restreint. La chasse d’eau est une invention du diable qui n’est pas généralisable. Il n’y a pas de problème dont la solution ne soit facilitée par la maîtrise de la fécondité humaine….

19 novembre, la journée mondiale des WC (2020)

extraits : Chaque jour il nous faut uriner et déféquer, bref c’est un besoin vital. Souvent le lieu importe peu, c’est n’importe où, mais quand on est des milliards à se soulager, ça craint… C’est pourquoi l’Organisation des Nations unies (ONU) a choisi le 19 novembre pour marquer la Journée mondiale des toilettes. Faire pipi-caca, c’est en effet le moyen d’aborder de nombreuses problématiques : comment économiser l’eau en tirant la chasse ? Comment récupérer l’urine qui peut faire un bon engrais ?….

Toilettes, dis-moi comment tu défèques (2022)

extraits : Le développement des toilettes était l’un des objectifs du millénaire, défini ainsi en l’an 2000 par les Nations unies : diminuer par deux le nombre de personnes n’ayant pas accès à des sanitaires d’ici à 2015. Mais dans le monde de demain, le principal souci ne sera pas la douce chaleur du lieu où on défèque car nous serons plutôt préoccupés par le nécessaire recyclage de notre urine et de nos merdes. J’ai rencontré pour la première fois en 2014 des WC séparant l’urine et les selles dans un village de yourte près de Totnes, ville modèle des communautés en transition. Mais si la population augmente trop vite, on ne pourra que polluer toujours plus…

Absence de WC en Afrique, à qui la faute ? (2023)

extraits : En 2011 la Fondation Bill et Melinda Gates a lancé le concours international Reinvent the Toilet pour inventer les toilettes du futur sans eau ni électricité tout en valorisant les déchets humains. Cela existe, les toilettes sèches. Mais même cela paraît inaccessible à un continent africain de 1,26 milliard d’habitants, à la croissance démographique exponentielle. Un demi-milliard de personnes dans le monde pratiquent ce que les Nations unies nomment « défécation à l’air libre », véritable arme de destruction massive d’eaux vives : rivières, lacs et littoraux sont pollués….

Toilettes, dis-moi comment tu défèques, je te dirais où tu vas (2026)

Étudiant dans les années 1970 en faculté de sciences économiques, j’aurais aimé qu’on nous parle un peu plus de la gestion de nos déchets plutôt que des grandes théories du marché et du libre échange. J’ai connu l’installation à la dure de WC chez mes grands-parents, dans une cabane au fond du jardin, les fesses assises sur un trou au milieu des planches, on se soulageait directement sur une fosse où grouillaient les vers blancs. Pour la vider, on portait nos seaux directement sur le compost. (Michel Sourrouille)

10 réflexions sur “La merde, un de nos biens les plus précieux”

  1. Quand vous aurez fini avec vos conneries, jetez un œil sur ma page : Utilisation des excreta

    L’image sur laquelle vous pouvez comparer deux choux parle d’elle même.
    Entre ce superbe chou cabus cultivé dans un compost à base d’excréments (à gauche) et ce pauvre chou rikiki (à droite), y’a pas photo !

  2. ce que je ne comprends pas , c’est que c’est bon , riche, excellent d’un côté (le terrien) et de l’autre (l’aquatique) ça pollue ?
    dans la mer ça fait quoi ?

    1. Parti d'en rire

      Comment ça ça pollue !? Ma chère Roseline, où croyez-vous que les baleines font caca ? Et puis je vous dis pas le volume ni le poids d’un caca de baleine.
      Ni celui de tous les dauphins, phoques et poissons. Eh ben tout ça ça nourrit le plancton. Qui à son tour nourrit les poissons et ainsi de suite.
      Par contre dans une piscine, alors ça non, faut pas le faire ! Et pas seulement parce que ça bouche les filtres. Un petit pipi à la rigueur, mais pas plus.

  3. Didier BARTHES

    On peut déjà améliorer les choses à moindre coût, pour ceux qui ont un jardin ou une pelouse : faite pipi dans le jardin ou sur la pelouse, (cachez vous les voisins vous dénonceraient alors que vous faites le bien).
    Dans les maisons on pourrait aussi avoir des urinoirs, pour la moitié de la population se serait utile, ça consomme bien moins d’eau et ça salit moins

    1. Parti d'en rire

      Pisser sur la pelouse, moi je ne le fais pas. Parce que ça crame l’herbe. Peut-être que c’est à cause de l’alcool… je n’en sais trop rien. Par contre je pisse dans le compost. Du coup j’économise de l’eau, que je préfère garder pour le Ricard.
      Ma femme non, elle n’économise pas. En plus elle boit. Comme je bricole un peu, j’ai envisagé d’équiper notre composteur d’une planche avec un gros trou.
      Sauf que ma femme n’est pas d’accord. Je lui ai alors proposé le luxe d’y mettre une superbe lunette, comme celle que nous avons sur le vase en céramique, je lui ai promis que c’est elle qui choisirait la couleur, etc. Rien à faire, elle ne veut rien entendre. Mon dieu que c’est dur de vivre avec une bourgeoise !

      1. Je me pisse dessus !

        C’est fou comme quoi ON peut s’enrichir à partir de n’importe quoi.
        Ne serait-ce qu’un peu c’est déjà ça. Intellectuellement, j’entends.
        Monsieur Barthès nous invite à faire pipi sur la pelouse… et voilà que je suis pris d’une envie pressante. Envie de savoir… si c’est à cause du Ricard ou pas ?
        – L’urine humaine tue-t-elle l’herbe ? (habitats-durables.org)

        Ouf, me voilà donc rassuré. N’empêche que, et je le disais récemment, ma curiosité est un véritable fléau pour la planète. Eh oui, toutes ces conneries ça pèse aussi sur mon Empreinte. Mais heureusement je compense…

  4. Avec tout ce qu’ON produit, comme merde(s), je me dis que nous sommes alors très riches.
    En tous cas c’est ma première réflexion, en lisant le titre.
    Et puis en lisant plus loin je me rends compte que c’est comme pour tout, et n’importe quoi.
    Toutes les merdes ne se valent pas, loin de là, il y a merde ET merde.
    Tous ceux qui, comme moi, ont grandi sur un tas de fumier, et connu la cabane au fond du jardin, le savent. Celle dont il est donc question ici est un trésor.
    C’est elle qui nous donne les plus belles bonnes grosses tomates. Et bio par-dessus le Marché.
    À condition bien sûr que le chieur ou la chieuse soit sain, ou sainte. Autrement dit pas trop gavé(e) d’antibiotiques et autres merdes chimiques. N’empêche, je vous laisse imaginer les tonnes et les tonnes de belles tomates, de bonnes carottes et de gros navets, plus tout le reste, qu’ON pourrait faire pousser avec nos quelques 8 milliards de bons et beaux cacas quotidiens. (à suivre)

    1. Le Père Caca

      Mais non, imaginer ça c’est pas possible. C’est inimaginable !
      Et puis autant de merde c’est ingérable, c’est pas comme autrefois, et patati et patata.
      Et donc, pour en finir, ON préfère évacuer tout ça en tirant la chasse. Hop, ni vu ni connu.
      ON va pas non plus s’emmerder avec ça !

    2. Didier BARTHES

      Puis-je vous faire remarquer que si l’on était un milliard, il y aurait 7 milliards de cacas quotidiens de moins ?
      Cela réglerait les sept huitièmes du problème, ce serait déjà bien.

      1. Parti d'en rire

        Oui c’est vrai, ON aurait alors 7 milliards de cacas quotidiens de moins. Et en même temps je ne sais combien de tonnes de bonnes tomates en moins.
        Mais puisqu’ON en est là, à débattre de ça… puis-je vous faire remarquer que tous les cacas ne se valent pas ? C’est comme pour tout, et n’importe quoi, ça été dit plus haut, il y a caca ET caca !
        Cette fois c’est comme avec le chasseur ou le cholestérol, il y a le bon ET le mauvais. C’est tout simple, ce qui facilite donc la compréhension.
        Et c’est là que vous fais donc remarquer… et vous ne pourrez pas me dire le contraire… qu’avec tout ce qu’il s’empiffre, le caca du Ricain est bien plus gros que celui de l’Ethiopien. Maintenant, dites-moi lequel des deux est le plus riche…

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