La « sécurité nationale », un tournant répressif

La notion de « sécurité nationale » provient du champ américain : en 1947, le National Security Act a construit le dispositif actuel de sécurité, en créant le département de la défense, mais aussi le Conseil de sécurité nationale rattaché au président des Etats-Unis et à la CIA (l’agence de renseignement extérieur américaine). Introduite en France par une loi de programmation militaire de 2009, cette notion s’est progressivement substituée à celle de « défense nationale », datant de 1959.

Julien Fragnon : Dans le cadre de la discussion sur l’actualisation de la loi de programmation militaire, l’Assemblée nationale a adopté, le 19 mai 2026, un article créant un « état d’alerte de sécurité nationale ». Ce nouveau régime juridique vise à renforcer la protection des secteurs d’importance vitale et à faciliter le lancement de marchés publics en dérogeant à certaines normes environnementales ou d’urbanisme. Il ne viserait qu’à s’adapter à une nouvelle configuration des relations internationales, un espace hybride entre la guerre et la paix. En brouillant les frontières du militaire et du policier, elle fournit un cadre d’action qui pense la sécurité de manière globale – à l’intérieur et à l’extérieur d’un territoire – et dans des domaines très différents tels que l’économie, la santé, les risques industriels, le terrorisme, la criminalité organisée, les risques cyber…

Le point de vue des écologistes éco-anxieux

Parler de  sécurité est légèrement légitime dans un monde marqué par la multiplication des menaces hybrides qu’il s’agit de gérer et non plus seulement d’empêcher. Mais le risque est de créer un amalgame entre des menaces de nature différente ; la sécurité nationale demeure un ensemble relativement flou qui mêle indistinctement toutes formes d’actions sécuritaires de l’État.

A l’instar de l’évolution du système antiterroriste, l’utilisation croissante dans le droit de la notion de sécurité nationale conduit à éroder toujours plus le rapport entre sécurité et liberté et à fragiliser les garanties apportées par l’État de droit. Rien n’empêcherait qu’un gouvernement non républicain ne dévoie ce nouveau régime juridique contre toute opposition, sans même avoir à modifier la loi.

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) estimait dans son rapport du 8 janvier 2022 que l’insécurité n’est pas seulement liée aux questions économiques mais aussi à la pression de l’homme sur la nature. Et d’en conclure que le mode de développement actuel n’est satisfaisant ni pour les populations ni pour la planète.

Se polariser sur la « sécurité nationale » envisagée comme le simple renforcement des mesure de répression occulte l’insécurité profonde de notre société sur-développée qui saccage la planète. En conséquence l’insécurité alimentaire devient une constate de nos sociétés et l’éco-anxiété se propage.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Eco-anxiété, les jeunes à la peine (2023)

extraits : La crise environnementale est un parfait sujet d’anxiété. Il est potentiellement très grave, nous n’avons pas de prise directe, nous sentons le danger approcher… Il peut donc devenir envahissant, alimenter une sensibilité à la dépression, et priver les soignants de leviers pour remobiliser la personne, comme la projection dans l’avenir. » Les adolescents que reçoit la psychiatre Marion Robin ne se privent pas de lui faire savoir que« les adultes ont bousillé la planète….

Pour en savoir encore plus

Eco-anxiété, dépression verte, « solastalgie » (2019)

Écologie, la peur peut être bonne conseillère (2021)

L’écoanxiété a-t-elle besoin d’être soignée ? (2021)

La jeunesse s’inquiète des chocs écologiques (2022)

12 réflexions sur “La « sécurité nationale », un tournant répressif”

  1. Assurer la « sécurité » est un vaste programme !
    Le TFA est un « toxique pour la reproduction suspecté » et qu’il est, en outre, « très persistant et très mobile » dans l’environnement – « ce qui peut entraîner une contamination diffuse et très durable des ressources en eau » !
    L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a annoncé le 10 juin 2026 que son comité d’évaluation des risques s’était ainsi accordé sur la classification de l’acide trifluoroacétique (TFA) – le « polluant éternel » (aussi appelé PFAS, pour substance per- et polyfluoroalkylées) le plus fréquemment détecté dans l’eau, les sols et la chaîne alimentaire.

    1. Sécurité mentale... vaste programme !

      Le TFA (acide trifluoroacétique) ET tout le reste ! Nul besoin d’en faire la liste.
      Assurer la sécurité de notre santé («sécurité sanitaire») , notamment mentale, est un vaste programme !

  2. inquiet et heureux

    Tout est lié certes, mais je ne vois pas trop bien ce que les éco-anxieux viennent faire ici.
    Du moins ce qu’ils auraient de particulier ou de si important à nous dire. Que la planète brûle et que nous regardons ailleurs, ça c’est bon, tout le monde le sait. Et depuis un moment.
    Pas tous bien sûr… mais disons que les gens sont anxieux. Les jeunes et les moins jeunes, le temps ne fait rien à l’affaire. Quoique…
    Quoiqu’il en soit ils ont tous des raisons de l’être, ou de ne pas l’être, anxieux.
    Bref, bon nombre voient l’avenir moche, et d’autres le voient radieux.
    Un sondage IFOP en octobre 2018 nous révélait que désormais ON pouvait être, et en même temps… inquiet et heureux. (“Eco-anxiété, dépression verte, « solastalgie »” : 23 juin 2019 à 22:08 )
    (à suivre)

    1. esprit critique

      (suite) Je disais alors que le mieux était de ne pas écouter les sondages, à la con. Quoique…
      – « La seconde statistique choc du sondage YouGov concerne l’attrait pour l’autoritarisme. En moyenne européenne, 21 % des jeunes se disent favorables à un régime autoritaire. La France est au﷓dessus de cette moyenne avec 23 % […]
      Le sondage Ipsos/Le Parisien de février 2024 apporte un éclairage complémentaire. Jordan Bardella est la personnalité politique préférée des 18‑24 ans, avec 35 % de citations. » (Staffan Ingemar Lindberg, politologue : « Le recul démocratique qui s’observe au niveau mondial est inédit » – france-jeunes.net 7 juin 2026)

      L’anxiété, éco ou autre, disons la peur, de tout et de rien, si ce n’est de n’importe quoi, ce qui revient au même… la fatigue, grosse fatigue, celle d’une civilisation en fin de course… la perte des repères, des valeurs, la Confusion, et le grand n’importe quoi… le recul démocratique, et l’attrait pour l’autoritarisme… bref, tout est lié et tout s’auto-alimente.

  3. Le 8 juin 2026, Léon XIV a exprimé devant le Parlement espagnol son inquiétude face au fait que « dans plusieurs régions du monde, et aussi en Europe, le réarmement soit de nouveau présenté comme une réponse presque inévitable à la fragilité de la situation internationale ». 
    Léon XIV a insisté sur le fait que « la paix exige du courage diplomatique ».

    1. Parti d'en rire

      Du courage, et de la … patience !
      N’empêche qu’il me plait bien ce Léon.
      Pas comme notre belle Delphine, mais bon.

  4. La réflexion, et les moyens...

    – « La politique de sécurité nationale ou stratégie de sécurité nationale est une politique publique qui consiste en la définition des objectifs à atteindre, des moyens à mettre en œuvre et des ressources à mobiliser par un État pour protéger sa population, son territoire et ses intérêts vitaux […] La sécurité nationale est un concept du domaine de la science politique dont il n’existe pas de définition unique reconnue, mais qui est très présente dans le droit international […]
    Le concept de sécurité nationale recouvre un champ plus vaste que celui de défense nationale, qui demeure toutefois celui qui mobilise le plus de réflexions et de moyens. […] »
    (Wikipédia : Politique de sécurité nationale)

    1. Je pense de suite à cet autre concept, tout aussi fumeux :
      – « La raison d’État est le principe politique en vertu duquel l’intérêt de l’État, conçu comme une préoccupation supérieure émanant de l’intérêt général, peut nécessiter de déroger à certaines règles juridiques ou morales, notamment dans des circonstances exceptionnelles. » (Wikipédia : Raison d’État)

      Sécurité nationale, raison d’État… et là je pense de suite à La Fontaine :
      – La raison du plus fort est toujours la meilleure

      Si tout ça vous semble clair comme du jus de boudin… alors dites-vous que c’est normal.
      Ben oui, puisque ça ne sert qu’à nous enfumer. Pour mieux nous manipuler.
      À l’insu de notre plein gré. Hi han hi-han !
      Bref, là encore il ne nous reste donc plus qu’à faire… avec.
      Dire amen, inch-Allah, TINA etc.
      (à suivre)

      1. Esprit critique

        (suite) Sauf que rien ne nous empêche de réfléchir.
        Si des fois ce mot veut encore dire quelque chose, à certains…
        Et d’essayer de voir quels pourraient bien être ces dits intérêts, vitaux… de l’État. e sa population, son territoire et blablabla. Ces intérêts qui, bien sûr, n’ont rien à voir avec ceux de l’Ordre Établi. La bonne blague !

        À force de répétitions (sic Goebbels), tous ces jeux de mots (façon de dire), toutes ces distorsions, de leur sens, nous amènent à prendre un cercle pour un carré. Le mensonge pour la vérité, l’esclavage pour la liberté, la droite à gauche, les vessies pour des lanternes, etc. etc. Bonjour la Grande confusion, et tout ce qui ne peut qu’aller avec !
        (à suivre)

      2. Et ça recommence ! Le robot modérateur refait des siennes.
        Je vous jure, il en faut de la patience ! 🙂

      3. (suite à TINA) L’épisode Covid, le porc du musc obligatoire, la chasse aux «écoterroristes» et j’en passe ! D’un côté ON dit OK OK (comme dans la chanson de Matthieu Côte), de l’autre ON pleurniche parce que la démocratie fout le camp. Comme s’il n’y avait que ça qui foutait le camp. Le boulot, le métro, les infos, les infox, les sondages, la Compétition… la Pression. Et en même temps les jeux du Cirque, la Publicité, les débilités, les distractions pour… décompresser.
        En fait, et comme par hasard, tout est là pour nous rendre fous. Fous de rage, fous de haine, contre ceux-ci et contre ceux-là, fous de joie, les Bleus ont gagné, fous d’espoir à l’idée de devenir millionnaire… peu importe. Un monde de tarés !
        Tout est bon pour nous faire peur, nous diviser, nous museler, nous faire marcher droit, bref pour nous empêcher de vraiment réfléchir. Un monde de ce que vous voulez !

        1. Tout ça pour dire...

          Il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir la direction que prend ce tournant répressif (titre Biosphère). Et sourd pour ne pas entendre les bruits de bottes.
          Et plus que con, pour penser qu’avec certain(e)s ça ne pourrait qu’aller mieux.
          Misère misère !

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