La genèse de la stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) est une saga sans queue ni tête. La Snanc, plus personne n’y croit. La loi climat de 2021 disposait que ce texte devait être publié au plus tard le 1er juillet 2023, on attend toujours.
Stéphane Foucart : Les exigences de l’industrie agroalimentaire l’ont emporté sur l’intérêt général. Jeudi 27 novembre 2025, un briefing téléphonique est accordé aux journalistes et un déplacement de trois ministres (agriculture, écologie et santé) est annoncé pour le lendemain afin de présenter la Snanc. Quelques heures plus tard, le déplacement ministériel est annulé sans explications. Le lendemain matin, Radio France révèle que le texte que s’apprête à publier le gouvernement a été expurgé d’un objectif visant à « limiter les aliments ultratransformés » – une suppression demandée de longue date par l’Association nationale des industries agroalimentaires (ANIA). Explication d’un représentant du ministère de l’agriculture : « Le terme d’aliment ultratransformé ne dispose actuellement pas de définition, ni scientifique ni réglementaire. » C’est la reprise, à l’identique, des éléments de langage de l’ANIA.
Matignon dit n’avoir rien arbitré. Résultat : on attend toujours la Snanc, et la farce peut continuer. Jamais dans la Ve République la porosité entre les grandes entreprises et le service de l’Etat n’avait été aussi ouvertement assumée. Parmi les ministres et les secrétaires d’Etat qui se sont succédé au gouvernement depuis 2017, on compte des hauts cadres d’Areva, de Danone, de Saint-Gobain, d’Axa, de Carrefour, de Safran, de Veolia ou de TotalEnergies. Selon un décompte réalisé à l’été 2023 par l’Observatoire des multinationales, « 34 % des ministres et secrétaires d’Etat des quinquennats d’Emmanuel Macron venaient du monde des grandes entreprises, et 51 % de ceux qui avaient quitté le gouvernement avaient rejoint le secteur privé ». Le directeur de la communication de l’ANIA a rejoint le cabinet du premier ministre le 22 novembre 2025.
Le point de vue des écologistes
Macron ne fait pas exception, au plus haut niveau les politiciens sont noyautés par les grandes firmes. A la commssion envionnemnt du parti socialiste, l’écologiste infiltré Michel Sourrouille avait d’un côté un membre du CEA et de l’autre l’introducteur des OGM en France. Il n’est donc pas étonnant qu’arrivés au pouvoir, Hollande et son ministre Ayrault on très vite licencié la ministre socialiste de l’écologie Delhine Batho qui voulait résister au lobbying.
Lire, Insoumise de Delphine Batho (livre de 2014)
Si les grandes firmes ont le pouvoir, c’est parce que les consommateurs se font avoir par les prix bas et la facilité d’usage : les aliment ultratransformés par exemple sont plébiscités. Un consommtateur, c’est aussi un électeur, les politicients sont dans le court terme de la prochaine élection. Et le système macro-industriel est dans le court terme du profit.
Lire, Nocivité des aliments ultratransformés (AUT)
Enfin les médias, y compris LE MONDE, reste dans le court terme de l’événementiel.. sinon le lecteur ferait faux bond.
Lire, L’impuissance actuelle du journalisme environnemental (26 mars 2013)
extraits : L’association JNE avait organisé un petit déjeuner de presse à Paris le 18 mars 2013. Les deux intervenants étaient de poids. D’un côté Stéphane Foucart, journaliste scientifique au MONDE, qui publie ce mois-ci « La fabrique du mensonge ». De l’autre côté Guillaume Malaurie, journaliste au Nouvel Observateur, qui a couvert dans ce cadre l’affaire Séralini. la question suivante a été posée à Stéphane et Guillaume : « Quand on compare les surfaces médiatiques des médias, il apparaît que les intérêts commerciaux, soutenus par l’expertise « scientifique », domine le journalisme d’investigation et les préoccupations environnementales. Quelle est la place qu’on vous donne dans vos journaux respectifs, est-ce satisfaisant ? »
Stéphane Foucart a été sincère : LE MONDE est un quotidien, par définition le long terme ne vaut rien par rapport au court terme. Stéphane Foucart estime que son groupe de presse lui donne toute liberté ; mais non seulement le temps lui manque pour approfondir les débats, mais la couverture médiatique est faussée. Il prend le cas du déclin mondial des pollinisateurs sauvages. Son article sur la question ne faisait qu’une fraction de page, il aurait du être l’élément essentiel de l’actualité ce jour-là dans son journal.
De son côté, Guillaume Malaurie est resté absolument muet sur l’enjeu de ce petit-déjeuner de presse, à savoir les rapports de pouvoir entre la sphère médiatique et les intérêts financiers. Il s’était contenté tout au cours des débats de relativiser la question écologique.
Quelques réactions sur lemonde.fr
François Xavier : Combien d’excellentes chroniques de Stéphane Foucart faudra-t-il encore pour que la très conservatrice macronie cesse de pratiquer le go and stop en matière de santé et d’environnement, avec le soutien zélé de la droite radicale et de l’extrême droite ? Quand tiendra-t-on compte effectivement de la science environnementale ? Quand demandera-t-on enfin à Mme Genevard de démissionner du fait de son extrême collusion avec la Fnsea et l’agro-business ? Quand le Sénat sera-t-il enfin reformé du fait pour que les indispensables réformes écologiques puissent voir le jour ?
Phylis : On se souvient que Nicolas Hulot avait boycotté les États généraux de l’alimentation, en raison d’un déséquilibre flagrant de représentation en faveur de l’industrie agroalimentaire, avant de démissionner en dénonçant le poids des lobbys dans les cercles du pouvoir…
Bernard l. : Si l’on demandait à ces entreprises agroalimentaires de rembourser à la sécurité sociale l’ensemble des coûts de santé liés à la consommation de leurs produits le prix de ces produits deviendrait probablement vite dissuasif. Malheureusement c’est encore et toujours la collectivité qui paye, et on se plaint de l’augmentation des coûts de santé…

– « Si les grandes firmes ont le pouvoir, c’est parce que les consommateurs se font avoir par les prix bas et la facilité d’usage : les aliment ultratransformés par exemple sont plébiscités. Un consommateur, c’est aussi un électeur, les politiciens sont dans le court terme de la prochaine élection. Et le système macro-industriel est dans le court terme du profit. » (Delphine Batho ?)
Si les grandes firmes ont le pouvoir… autrement si le Capitalisme règne en maître… c’est évidemment parce qu’ON laisse faire ce « joli » monde. Soit parce qu’ON est con, et qu’ON ne veut pas comprendre qu’ON en crève, soit tout connement parce qu’ON y trouve notre compte. Tant que ça dure.
ON c’est bien sûr le con-sot-mateur-électeur. Celui qui bouffe et qui pense comme il vote.
Et comme les politicards, et les industriels, lui aussi reste prisonnier du court terme.
Sur un point, qui me tient à cœur. Vu que 2025 est quasiment finie, je ne vois pas bien l’intérêt de mettre ça aujourd’hui dans ce machin (Snanc). La loi AGEC, pondue en 2020, vise, entre autre, la réduction du gaspillage alimentaire de moitié en 2025 dans la distribution et la restauration collective. Et en 2030 pour les autres secteurs.
Là encore, ne con fondons pas objectif et obligation. On essaie et puis ON verra.
Mais bon, faisons déjà un premier point en cette fin d’ânée de gaspillage. ON en fera un second dans un mois, après la gabegie finale. ON saura alors combien de tonnes de dindes, de foie gras, d’huîtres etc. ont fini à la Poubelle. Ou dans les chiottes.
– « Avec 19 kilos de nourriture jetés chaque année par habitant, le gaspillage alimentaire recule, mais il reste encore beaucoup d’efforts à faire (france3-regions.franceinfo.fr 29/09/2025 )
Conclusion, à la con : Le gaspillage c’est comme pour natalité. ON peut et ON doit mieux faire !
De la stratégie nationale alimentation, nutrition et climat (Snanc), le cabinet de François Bayrou, quelques jours avant sa chute, avait arbitré pour retirer toute mention sur la réduction de la consommation de viande, au profit d’un terme vague de « consommation de viande équilibrée ». La version actuelle revient à une formulation consensuelle mais peu engageante appelant à « limiter la consommation de viande et de charcuterie » puisque les filières d’élevage ne veulent pas entendre parler d’un appel à « réduire » la consommation de viande. L’urgence est là : l’alimentation est responsable d’environ un quart de l’empreinte carbone de la France. Mais le lobby agro-industriel a force de loi actuellement.
Remarquez que c’est souvent, voire généralement, sur des mots qu’ON chipote.
D’un côté c’est normal, vu que les mots ont un sens. Et qu’il est hélas facile de leur faire dire autre chose, voire le contraire, de ce qu’ils sont sensés vouloir dire. Un cercle un carré, la guerre c’est la paix etc. etc. Et après c’est la Grande Confusion. Alors pour éviter le grand n’importe quoi, mieux vaut toujours faire attention à ce qu’ON dit, et écrit. Et donc prendre son temps. Et ce n’est donc que pour ça qu’il aura fallu attendre si longtemps pour qu’ON nous ponde cette fumeuse Snanc. (à suivre)
(suite) Heureusement…, quand ON sait ce qu’ON veut, et surtout ce qu’ON ne veut pas, là ça va plus vite. Là ON a les formules toutes prêtes, à l’emploi.
Par exemple, quand il n’est absolument pas question d’interdire… là ON dit qu’ON va encadrer. Voire limiter. La Pub à la Télé par exemple, limitée à 10 petites minutes tous les quarts d’heure. Et quand il n’est même pas question de réduire, là ON dit qu’ON va faire… autrement.
Autrement, c’est à dire mieux ! Manger mieux, boire mieux, voyager mieux, plus sainement, plus équilibré, plus durablement et patati et patata.
Mieux… ON dit aussi qu’ON va… potentialiser. Et autres conneries du genre.
Conclusion : L’enfumage c’est tout un art !