La valorisation du luxe crée un mauvais ethos social

La journaliste Nicole Vulser n’est pas très écolo dans la conclusion de son article* : « On se croirait revenu aux temps où le luxe était considéré comme très proche de la débauche… (mais) l’engouement pour les griffes (les marques) est si ardent qu’il prouve que la thèse des ascètes et des moralistes n’a pas encore trouvé d’adeptes en Chine. »

Nicole Vulser minimise la politique chinoise qui, si elle se confirmait, serait pourtant une bonne nouvelle pour la planète : « Les médias chinois vont devoir cesser de diffuser des publicités en faveur de cadeaux précieux… Ces publicités ont promu des valeurs inconvenantes et contribué à fabriquer un mauvais ethos socialLa radio et la télévision doivent pleinement exercer leur rôle d’éducateurs du peuple. »

Nicole Vulser n’a pas lu le livre** de son confrère du MONDE Hervé Kempf :  « La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d’énergie, c’est que la consommation matérielle, donc le revenu, de l’oligarchie soit sévèrement réduite. En soi pour des raisons d’équité, et plus encore, en suivant la leçon de Veblen, pour changer les standards culturels de la consommation ostentatoire. Puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de consommation diminuera. Nous consommerons moins, la planète ira mieux, et nous serons moins frustrés par le manque de ce que nous n’avons pas. (p.90-91) »

Que ce soit en Chine ou en France, la phrase du publicitaire  Jacques Séguéla « Si on n’a pas de Rolex à 50 ans, on a raté sa vie » devrait être frappée d’infamie.

* LE MONDE du 9 février 2013, A Pékin, le luxe crée un « mauvais ethos social »

** Comment les riches détruisent la planète d’Hervé Kempf (Seuil, 2007)

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5 réflexions sur “La valorisation du luxe crée un mauvais ethos social”

  1. Bonjour Cendrine,
    je crois que nous nous trompons en essayant d’en appeler à la Raison. La pub, elle, a tout compris, qui s’appuie sur les pulsions. La désintoxication, si elle n’est pas forcée par une pénurie de shoot, passera nécessairement par une « analyse » collective.

  2. Vous l’avez très bien démontré oui, avec Hervé Kempf et d’autres, comme Latouche, que je lis depuis 2009 (et je vais continuer par la lecture de « L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie »)… J’abonde dans votre sens mais je me pose des questions concernant la massification de la volonté de luxe, concernant notre vision du monde qui nous entoure.

    Je suis ce que vous écrivez ici avec grande joie, je me sens moins seule en vous lisant, ainsi que certains des commentaires. Mais là il me semble qu’on ne peut pas faire l’économie de la pensée sur ces sujets qui sont centraux parce qu’ils concernent les raisons mêmes de notre déraison.

    Il est très anthropocentrique de penser que c’est à l’homme de décider de ce qui est beau ou non. Et la question de l’utilité est très complexe. Même inutile, comme une pierre précieuse, ou comme un éclat d’or, n’est ce pas une utile beauté naturelle qui nous dit qu’il y a peut-être un autre rapport au monde à avoir que celui de la pure utilité. Cela me fait peur de savoir qu’une chose n’est précieuse que parce qu’elle est utile. Il est question de rapport au monde. Il me semble que tous les peuples ayant une relation difficile à la beauté et aux images n’ont jamais manqué de détruire les sources mêmes de la beauté (que ce soit des mosquées en terre comme dans certains pays ou des forêts, comme en Amazonie).

    Et puis, à un autre niveau de réflexion, n’est ce pas la massification des envies, notamment envers des produits non fondamentaux, qui nous mène à notre perte ? Il est bien clair qu’il a bien trop de « nababs », mais il me semble qu’il y a aussi bien trop de population sur notre planète, et particulièrement trop de ceux qui veulent trop. Trop de vitesse, trop de bien inutiles et hideux, trop de tout.

  3. Je suis d’accord avec vous au sujet de l’indispensable réduction de l’hubris, il nous faut apprendre les limites !

    Mais cette question du luxe est plus complexe : n’est-ce pas le luxe de masse qui est le plus prédateur ? Celui qui fait croire au dernier des clampins qu’il peut se mesurer à Karl Lagerfeld parce qu’il se paie un parfum Chanel ? Celui qui fait faussement péter dans la soie celle qui s’offre un foulard Hermès ? Et quid de toutes ces pompes coûtant un bras estampillées de grandes marques pourtant fabriquées au lance-pierre par des enfants crevant la dalle ?

    Cette question du luxe m’intéresse à plus d’un titre, notamment parce que, du fait de mon travail, je côtoie de temps à autres des personnages aussi luxueux qu’authentiques et qu’ils me semblent -mais peut-être est-ce parce que justement ils appartiennent à la sphère de l’art (non stardandisé, si possible)- cohérents, et très loin des préoccupations du clampin cliquant vorace.

    Cette société de la fausse faim perpétuelle est abreuvée par des gens qui ignorent ce que beauté veut dire. Je vois la beauté autant dans la rareté (par exemple un sublime collier de pierres précieuses) que dans la profusion naturelle et naturante (par exemple un bosquet de bouleaux rutilants d’argent sous la pluie et le soleil). En tant qu’ardente amoureuse de la vie ici bas, peut me chaut de savoir qu’un rarissime nabab se ballade en l’une des uniques Rolls-Royce, du moment que j’ai accès aux bouleaux et à l’imagination que me procure la vision du passage devant moi de cette somptueuse voiture.

    Imagination, l’un des derniers bastions du dernier luxe.

    1. Bonjour Cendrine
      Il y a beauté inutile et beauté nécessaire. Un sublime collier de pierres précieuses n’a de beauté que d’un point de vue anthropocentrique. Pour la biosphère, pour le vivant, ce collier n’est qu’un objet de (lente) décomposition, pas plus. Pour le vivant, un bosquet de bouleaux, c’est un petit paradis. Accéder aux bouleaux, c’est donc bien autre chose qu’être le spectateur de l’étalage du luxe des puissants. D’autant plus que les nababs contribuent à la détérioration de la biosphère et de sa beauté.
      C’est ce que nous avions cru démontrer avec Hervé Kempf dans notre post …

  4. Ahhh.. La si saine et si desirable politique chinoise… Et apres vous vous demandez pourquoi donc on vous traite de Kmer Vert.. Les gens sont si mechants….

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