L’affaire Vincent Lambert, l’euthanasie en suspens

Euthanasie en suspens, il y a des décisions qu’on n’arrive pas à prendre. Appelé à se prononcer pour la seconde fois sur le cas de Vincent Lambert, le Conseil d’Etat a jugé, mercredi 24 avril, que la décision d’arrêt des traitements prise le 9 avril 2018 à l’issue d’une procédure collégiale portée par le docteur Vincent Sanchez, le chef de l’unité de patients cérébrolésés du CHU de Reims (Marne), était conforme à la loi.* Sur ce blog biosphere, nous avons suivi les pérégrinations de la loi :

10 mai 2018, Le purgatoire à perpétuité pour Vincent Lambert

8 juin 2015, Affaire Vincent Lambert : la loi européenne tranche

7 juin 2015, Vincent Lambert et le droit de mourir dans la dignité

16 janvier 2014, Vincent Lambert, qui peut décider de sa fin de vie ?

Pour complément d’analyse, donnons la parole aux commentateurs sur lemonde.fr, tous unanimes pour condamner l’acharnement thérapeutique :

jjdr : Ça c’est de l’agonie de professionnel, bravo ! Au passage on dirait que les lois Léonetti ne servent à rien juste à leurrer les gogos !

Ac : Ce qui est le plus tragique dans cette histoire, c’est l’hypocrisie de nos lois. Les médecins vont arrêter les traitements et laisser « la nature suivre son cours ». Donc, laisser M. Lambert mourir de faim et de soif (surtout de soif) jusqu’à ce que son cœur lâche. Car ils n’ont pas le droit (et pour certains pas l’envie) d’agir autrement. Chaque dose de morphine administrée est surveillée, documentée. Quand on est en fin de vie, mieux vaut ne pas avoir le cœur trop solide (ni un pacemaker).

Sur : Une sédation profonde et continue empêche toute ressenti de douleur, d’etouffement, de faim ou de soif ou …, et aboutit rapidement à un décès. C’est certain.

Olivier : Le CHU mobilise combien de personnes pour s’occuper de lui ? Et combien de personnes bien vivantes sont elles négligées, subissent elles des retards de prise en charge ? C’est une aberration de notre système. Aux USA ils auraient déjà été mis dehors pour non paiement, idem en Inde ou en Chine. C’est à cause de tels excès que notre système est fragilisé. C’est inhumain mais tellement divin. Je me demande qui paie leurs divers actions en justice, et quand leur sera envoyée la facture du CHU !

advitem eternam : Ces parents sont ignobles, ils empêchent leur belle fille de refaire sa vie, usent et abusent de la générosité de leurs concitoyens (qui financent la sécu), maintiennent artificiellement leur fils (qui n’aurait pas souhaité cela) et n’assument aucun frais de justice. Mais Dieu observe et pour tout cela il les enverra en enfer, la justice humaine et divine passera.

Domnick : Des parents qui préfèrent une idéologie à leur fils sont immatures et dangereux. Quel acharnement, quelle cruauté au nom de grands principes. Là et ailleurs, l’intégrisme n’a pas un beau visage.

Pognon dingue : Si on faisait payer aux parents la journée de soins intensifs ils changeraient d’avis

Bibi de Bordeaux : Qu’en est-il réellement de l’intérêt de ce pauvre garçon, pris en orage par des jusqu’au-boutistes ? Plus généralement, une immense majorité de français est favorable à une loi reconnaissant le droit de mourir dans la dignité et le suicide assisté. Par quelle lâcheté des hommes politiques sommes-nous pris en otage ?

Maï : Même si la loi sur la fin de vie n’est pas parfaite, mieux vaut que tout adulte dès 18 ans exprime ses directives personnelles de fin de vie et désigne sa-es personne-s de confiance chargée-s de faire appliquer les dites directives au cas où il ne pourrait plus s’exprimer.

Enkidou : Quand on voit les conséquences humaines et le coût pour la collectivité engendrés par l’obstination déraisonnable de ces gens, difficile d’admettre que la loi française ne doive pas être modifiée. Il est incompréhensible et inadmissible que, s’agissant d’une personne majeure au moment de l’accident, les parents de la victime aient ce droit de tourment perpétuel, au détriment, en l’occurrence, de son épouse. Cf. Genèse 2:24 : l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme …

Pierre HUBU : Puisque les parents sont cathos tradis, je ne comprends pas pourquoi ils ne laissent pas leur fils bien aimé s’envoler loin de cette vallée de larmes pour rejoindre un monde meilleur où des angelots à ailes blanches lui chanteront de jolies chansons en attendant le Résurrection. Pendant ce temps là, il ne coûtera plus rien à la Sécu dont l’argent pourra être mieux employé à soigner les vivants plutôt que de maintenir les quasi morts en une vie artificielle..

Épilogue de cette histoire sans fin : Dans un communiqué publié peu après l’annonce de la décision du Conseil d’Etat, Pierre et Viviane Lambert, proches des catholiques intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, ont annoncé via leurs avocats le dépôt de deux recours au fond, « sur des fondements différents », devant la CEDH et devant le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies. « La décision du Conseil d’Etat n’est donc pas définitive et la décision de provoquer la mort de Vincent Lambert ne peut pas être exécutée », écrivent-ils.

* LE MONDE du 25 avril 2019, Affaire Vincent Lambert : le Conseil d’Etat valide la décision d’arrêt des traitements

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4 réflexions sur “L’affaire Vincent Lambert, l’euthanasie en suspens”

  1. Rarement la Cour de cassation aura tranché une question aussi rapidement. La cour suprême de l’ordre judiciaire a décidé, vendredi 28 juin 2019, de lever le blocage à l’arrêt des traitements de Vincent Lambert. Aujourd’hui âgé de 42 ans, il est dans un état végétatif irréversible depuis un accident de la route en 2008. Dans son arrêt, la Cour de cassation estime tout bonnement que la cour d’appel n’avait pas à statuer sur cette affaire. Cette décision devrait permettre à l’équipe médicale du centre hospitalier universitaire (CHU) de Reims de reprendre le protocole qu’elle avait enclenché le 20 mai.

  2. @ Biosphère.
    D’abord sur l’ineptie des commentaires, de quoi parlons-nous ? S’il s’agit de ces 11 commentaires que vous reprenez, je n’ai pas dit qu’ils étaient tous les 11 ineptes. Par exemple les 3 premiers ne sont pas dénués d’intérêt, seulement ils ne nous apprennent rien que nous ne sachions déjà. Quant à tous ceux qui ne font que déplorer ce que coûte (en pognon) de maintenir artificiellement en vie ce pauvre Vincent Lambert, ceux-là feraient mieux de ne rien dire.

    Ensuite, vous voudriez savoir pourquoi j’évite de discuter sur l’acharnement thérapeutique etc. Réponse : 1) Parce que j’ai déjà eu l’occasion d’exprimer ici ce que j’en pensais. J’ai dit que tout ce qui touchait à la vie et à la mort était une affaire strictement personnelle, et qu’il fallait laisser le temps au temps pour que les mentalités évoluent. Je sais, nous n’avons pas beaucoup de temps … 2) Parce qu’ici ça ne sert à rien de discuter. D’ailleurs ici sur Biosphère il n’y a pas de débat (échange). Il n’y a que des exposés de points de vues qui généralement restent sans suite. Et quand il y a une suite (ce commentaire aura t-il un suite ?) l’argumentation est soit absente, soit réduite à une misère (grand n’importe quoi), soit elle ne sert à rien. Nous entrons alors dans une sorte de partie de ping-pong, ou de match de boxe où pratiquement tous les coups sont permis. Bref, ce n’est donc pas ça que j’appelle un débat. Et pour moi ce n’est pas avec ça qu’on pourrait avancer. Je vous rassure, ce n’est pas mieux ailleurs, rares sont les gens avec qui on peut réellement discuter, échanger. Je sais bien que ça non plus ce n’est pas nouveau, il me semble pourtant que ce n’est pas en train de s’arranger, au contraire.

    Pour en revenir à la « directive anticipée », vous devez savoir qu’elle n’a pas de valeur contraignante. Ce qui veut dire que selon son appréciation, le médecin fera ce qu’il juge bon de faire, ou de ne pas faire. On peut toujours essayer d’améliorer ça, d’en rajouter à la législation, je pense que ça ne changera pas grand chose. En attendant j’espère vous avoir montré que je n’étais pas fermé au dialogue.

  3. Pourquoi nous reparler de Vincent Lambert ? Je me demande en quoi cette affaire pourrait faire avancer les choses. C’est là le genre de sujet (de marronnier) qui ne peut que réveiller les passions et diviser encore plus les uns et les autres. En aucun cas cette sinistre affaire peut participer à élever le niveau de réflexion actuel.
    Ceci dit je veux bien essayer d’analyser l’analyse qu’en fait Biosphère.
    –  » Pour complément d’analyse, donnons la parole aux commentateurs sur lemonde.fr, tous unanimes pour condamner l’acharnement thérapeutique : »
    Tous unanimes … pour condamner … ? Ben oui, finalement comme pour tout, quoi. Pour con damner tout et n’importe quoi, là il y a du monde. Pour agir, là c’est autre chose. Mais peut-être aussi qu’il existe des lecteurs du Monde qui ne jugent pas utile de commenter cette affaire. Quoi qu’il en soit, de quoi les commentateurs sur le monde.fr sont-ils représentatifs ? Réponse : De rien du tout. Ou presque. Partant de là, ce qu’ils racontent de cette affaire ne nous apporte absolument rien de réellement intéressant. Plus exactement, digne d’intérêt.

    1. Michel C, nous voudrions comprendre en quoi votre commentaire sur l’ineptie des commentaires élève le niveau de réflexion… Pourquoi évitez-vous de discuter au fond, par exemple sur l’acharnement thérapeutique, l’euthanasie active ou passive, le rôle de l’idéologie, le refus de la mort ? Avez-vous rédigé vos directives anticipée ? L’action d’adhérer à l’ADMD ne vous tente pas ?

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