L’austérité qui libère contre l’austérité-gabegie

Pierre Thiesset, éditeur aux éditions «Le pas de côté, L’échappée», a non seulement coordonné un livre sur le progrés*, mais écrit lui-même un chapitre (Capitalisme vert vs austérité révolutionnaire) fort intéressant sur l’austérité dont voici quelques extraits :

« Le philosophe Olivier Rey expliquait que l’austérité ne devait pas être réduite au rigorisme, au sacrifice, à la mortification. Mais que ce terme recouvrait aussi des vertus, qu’il pouvait être salutaire à la sobriété, à l’entraide et au recentrage sur l’essentiel. Les plus éminents précurseurs de la décroissance (Epictète, Sénèque, Ivan Illich, Majid Rahnema…) défendent cette conception vertueuse de l’austérité. Pourtant toutes les manifestations actuelles défilent sous le mot d’ordre «non à l’austérité» avec une belle unanimité. Les Verts, les Rouges, les Bruns, la CGT, la CFDT, le NPA, le FN, LO, tous-ensemble-tous-ensemble-ouais-ouais, disent «non à l’austérité». Même les gouvernements qui sont accusés de mener des politiques d’austérité affirment qu’ils ne mènent pas des politiques d’austérité. L’austérité, c’est un mot condamné et insupportable dans une époque qui valorise la satisfaction immédiate de la moindre envie, le crédit et la consommation à perpétuité. Pour penser en dehors des sentiers battus de la croissance, nous avons besoin de nous écarter des idées dominantes. Au lieu de marcher vaguement «contre l’austérité» (donc pour la gabegie), désignons ce qu’elles sont : un programme libéral et inégalitaire de destruction sociale. Voici avec Serge Moscovici ce que nous proposons : «Non pas une austérité de privation, d’angoisse, de menace, celle que nous allons vraiment finir par connaître si nous continuons dans la même direction ; mais la privation qui consiste à ne pas utiliser ce dont on pourrait se passer, donc à préserver les possibilités d’abondance et à les répartir de manière plus équilibrés. L’austérité, cela signifie en réalité : consommer mieux, ne gaspiller aujourd’hui que ce qu’on recyclera demain, ne produire que ce qu’on reproduit.» Comme l’exposait René Dumont, «une société respectueuse de l’écologie exige une certaine austérité – par opposition au gaspillage -, et cette austérité n’est acceptable qu’avec une réduction marquée des inégalités».

Jacques Ellul considérait aussi que la frugalité commune, générale, volontaire et organisée, provenant d’un choix pour plus de liberté et moins de consommation de biens matériels, était ni plus ni moins que l’option décisive de notre société. Qui conduirait non pas à la rareté, mais à l’abondance : car c’est dans l’auto-limitation, dans la capacité à se contenter de peu, à satisfaire facilement ses besoins, sans courir après de nouvelles superfluités, que l’on atteint la plénitude ; certainement pas dans la consommation compulsive.

* «Le progrès m’a tuer», ouvrage collectif
(éditions Le pas de côté, 230 pages pour 20 euros)

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