l’avenir du PS

Le socialiste est un intellectuel qui ne pense pas. Le dossier du Monde (15 novembre) sur le Congrès du Parti socialiste enfonce le clou : « Un PS fracturé par le référendum européen de 2005 (…) Un PS gazeux, sans armature idéologique forte, ni base sociale marquée, ni socle militant puissant (…) Faute d’un affrontement sur les idées, on assiste à un affrontement hystérique sur les personnes (…) Un PS en panne d’idées parce qu’il est en panne d’une compréhension du monde. » J’en passe et des meilleures. Mais l’atonie du Parti socialiste est-elle due au fait que les intellectuels sont écoutés par les dirigeants du parti, mais pas entendus, ou l’atonie cérébrale vient-elle des intellectuels eux-mêmes, à commencer par les experts omnipotents qu’on nomme économistes ?

Prenons un exemple. La posture plus-à-gauche dans le parti socialiste (motion C de Benoît Hamon) est un regard vers notre passé, pas vers notre avenir. Ainsi l’indépendance de la banque centrale européenne (BCE) est critiquée. Cette gauche-là voudrait pouvoir relancer l’économie avec une baisse des taux d’intérêt. Non seulement une telle politique perpétue la vie à crédit (politique keynésienne de la Fed) qui a entraîné pour grande partie le tsunami financier, mais cela risque aussi de relancer l’inflation, donc de diminuer le pouvoir d’achat. Plus fondamentalement, toute politique de relance est artificielle et soutient un système économique qui vit déjà au-dessus des possibilités de la planète. C’est donc une erreur fondamentale car il n’y a pas là de vision d’avenir, seulement une gestion du système financier qui ne se démarque pas de celle de Sarkozy, cette droite adepte de la  relance économique et opposée à l’autonomie de la BCE. 

Aller vers l’idéal, comprendre le réel ? Il ne suffit pas de comprendre le monde tel qu’il fonctionne aujourd’hui, il faut porter un grand récit pour un avenir positif de l’humanité. Seuls les partisans d’une décroissance positive, alliant écologie et social, esquissent actuellement cette société durable. Ce n’est pas parce que le social-écolo René Dumont a obtenu seulement 1,32 % des voix en 1974 et le pôle écologique du PS pas beaucoup plus (1,58 % aujourd’hui pour la motion B), que l’utopie ne peut pas devenir une réalité : la planète œuvre aux côtés des objecteurs de croissance car les forces de la Biosphère s’épuisent et rendent obsolète chaque jour d’avantage l’idéologie croissanciste.