Le piège démocratique empêche les mesures écologiques

Ainsi va la démocratie, incapable de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. En Australie le premier ministre, Tony Abbott, a honoré son « pacte de sang » électoral : conformément à sa principale promesse de campagne pour relancer la consommation, le Sénat a décidé la suppression de la taxe carbone par 39 voix contre 32, faisant de l’Australie le premier pays à revenir sur une telle mesure environnementale. Mise en place en 2012, cette taxe sanctionnant les pollueurs était devenue le symbole d’un échec tant sa mise en place avait été l’objet de tergiversations. Le parti travailliste s’était entre-déchiré pendant cinq ans pour déterminer ses modalités d’application.*

Un des meilleurs analystes de la crise écologique, Dennis Meadows, n’a pas beaucoup plus de considération sur le système démocratique quand il est interrogé par la revue Format.

FORMAT : Craignez-vous la fin de la démocratie ?

Meadows : Je vois deux tendances. D’un côté, la dissociation d’Etats en unités plus petites, comme des régions telle la Catalogne, et de l’autre une superpuissance forte et centralisée. Pas un Etat, mais une combinaison fasciste d’industrie, de police et d’armée. Peut-être y aura-t-il même les deux à l’avenir. La démocratie est en vérité une expérience sociopolitique très récente. Et elle n’existe pas véritablement actuellement. Elle n’a produit que des crises qu’elle ne sait pas résoudre. La démocratie n’apporte en ce moment rien à notre survie.

FORMAT : Vous parlez de la « tragédie des communs »

Meadows : C’est le problème fondamental. Si dans un village tout le monde fait brouter ses vaches sur le pré luxuriant – qu’en Angleterre on appelait « les communs » – le bénéfice de court terme va en premier lieu à ceux qui choisissent d’avoir davantage de vaches. Mais si cela continue trop longtemps, toute l’herbe meurt, et toutes les vaches.

FORMAT : Donc il faut un accord sur la meilleure manière d’utiliser le pré. La démocratie dans ses meilleurs jours peut y parvenir.

Meadows : Peut-être. Mais si le système démocratique ne peut résoudre ce problème au niveau mondial, il essaiera probablement une dictature. Après tout, il s’agit de problèmes comme le contrôle de la population mondiale. Nous sommes maintenant depuis 300 000 ans sur cette planète et nous avons gouverné de bien des manières différentes. La plus réussie et la plus efficace a été la tribu ou le clan, non les dictatures et les démocraties.**

Dans la revue des décroissants, le diagnostic sur la démocratie n’est pas beaucoup plus optimiste : « La démocratie est au mieux un fuyant mirage ; au pire, un leurre sans vergogne. L’expression de Churchill, le pire des règimes à l’exception de tous les autres, implique que les peuples ne pourront jamais espérer que le moindre mal… La démcocratie libérale est un trompe- l’oeil (libertés formelles, parlementarisme, droit de grève, etc.) permettant à un système inique de se maintenir sans sombrer dans la guerre civile… Supprimez l’échange marchand, les hiérarchies fondées sur la propriété privée, la concurrence, l’enrichissement et vous verrez que la démocratie n’est plus qu’une afaire de décence personnelle et de respect mutuel, c’est-à-dire un autre rapport à soi-même, aux autres et à l’environnement… »***

* http://sydney.blog.lemonde.fr/2014/07/17/laustralie-premier-pays-a-abandonner-sa-taxe-carbone/

** sur le site Le Noeud Gordien

*** La décroissance de juillet-août 2014, « Trompe l’oeil » d’Alain Accardo

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1 réflexion sur “Le piège démocratique empêche les mesures écologiques”

  1. déni de démocratie en Australie
    Des peines allant jusqu’à dix ans de prison pour les lanceurs d’alertes, c’est ce que prévoit un projet de loi déposé par le ministre de la justice australien, George Brandis, lorsque les révélations touchent à la sécurité nationale. Cela veut dire que tous ceux qui veulent dénoncer la détérioration de la planète de manière légale (mais risquée) doivent laisser toute la place à ces agents australiens qui bénéficient d’une immunité pour tout acte contraire à la loi qu’ils pourraient commettre !
    Pour certains, le qualificatif d’Homo « sapiens » est bien mal approprié !

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