Le procès « Bure », politiquement manipulé

A l’ouverture du procès au tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, les débats ont été complètement éclipsés par le rassemblement festif des opposants à l’installation par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) d’un centre industriel de stockage géologique de déchets radioactifs (Cigéo) à Bure. Dans une ambiance de kermesse, les prévenus, le poing levé, ont été ovationnés par les militants antinucléaires massés sur la place Saint-Pierre, où des stands étaient dressés. Vêtue de violet, la couleur des opposants au projet Cigéo, la foule a dénoncé « l’Etat policier » et réclamé « la fin du nucléaire ». Le 1er juin 2021, le président du tribunal correctionnel de Bar-le-Duc a suspendu l’audience alors que les sept prévenus étaient partis manifester dans les rues du centre-ville avec plusieurs centaines de membres du mouvement de contestation antinucléaire.

Les sept opposants sont poursuivis pour « association de malfaiteurs » et « détention de substances ou produits incendiaires ou explosifs en bande organisée ». Ce n’est qu’un prétexte, un des militants relate : « Un représentant de l’État m’a dit un jour : “On n’a pas droit de lutter en France contre le nucléaire, s’attaquer au nucléaire, c’est s’attaquer à l’Etat” ». Tout est dit, il n’y a pas d’approche démocratique un système nucléaire qui a été imposé dès son origine par l’État , et les centrales nucléaire civiles sont des espaces militarisés.

« Ce procès est celui de la criminalisation des opposants au nucléaire, considèrent Mes Alexandre Faro, Raphaël Kempf et Matteo Bonaglia, membres du collectif d’avocats des prévenus. Pendant trois ans, des militants ont été sous contrôle judiciaire strict et n’ont donc pas pu s’organiser et agir politiquement. C’est pourtant le procureur de Bar-le-Duc qui politise à outrance cette affaire depuis le début de l’instruction, se faisant ainsi le relais des exigences de l’industrie nucléaire. Utiliser la justice pour empêcher des gens d’exercer des droits démocratiques fondamentaux est grave dans un Etat de droit. » Pour illustrer la disproportion des forces en présence, lors de la manifestation du 15 août 2017, les forces de l’ordre ont utilisé « 320 grenades lacrymogènes, 37 grenades GLI-F4, 21 cartouches de lanceurs de balles de défense et cinq grenades de désencerclement ». Et l’appareil judiciaire s’efforce de faire passer les anti-nucléaires pour des terroristes alors que ces lanceurs d’alerte n’ont qu’une obsession : protéger les générations futures…

Pour tout savoir sur Bure, poubelle nucléaire :

14 novembre 2018, Déchets nucléaires : ça commence à cogner à Bure

31 mars 2018, Bure et la considération du long terme

17 mars 2018, Pour une alternative à l’enfouissement à Bure

23 février 2018, Les Zadistes à Bure, c’est un combat perdu d’avance

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5 réflexions sur “Le procès « Bure », politiquement manipulé”

  1. Une peine de douze mois de prison ferme a été requise, jeudi 3 juin, contre l’un des opposants au projet Cigéo d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure (Meuse) et dix à dix-huit mois avec sursis pour les six autres prévenus.
    En gros c’est légal de contaminer Bure pour des centaines de milliers d’années avec des déchets radioactifs, car la mafia du tout nucléaire pilote comme elle veut cette politique depuis 70 ans, en prenant dans nos poches pour se payer tout ce qu’elle veut : des centrales surfacturées et dangereuses, des subventions aux élus, un état policier et une justice docile…

  2. Esprit critique

    – « l’appareil judiciaire s’efforce de faire passer les anti-nucléaires pour des terroristes alors que ces lanceurs d’alerte n’ont qu’une obsession : protéger les générations futures… »
    Je pense que ça va encore plus loin que ça. Ce ne sont pas seulement les anti-nucléaires qu’on cherche à faire passer pour de dangereux terroristes, mais les écologistes jugés trop radicaux. C’est à dire ces écologistes qui réfléchissent plus loin que ce que nous sert la Voix de son Maître (Transition, Croissance Verte etc.) et qui voient clairement le problème dans le Système. Et qui parfois osent marcher hors des clous, et même pisser sur la statue du Maréchal de France.

    1. Esprit critique

      Porter atteinte au Système, à ses institutions, à commencer par l’État, a toujours été sévèrement puni par la Loi. Même s’ils étaient opposés à certaines méthodes, ceux qui disaient «À bas l’Etat !» étaient jugés dangereux. Aujourd’hui c’est toujours pareil, même s’il ne reste plus grand monde pour se dire anarchiste. Mais au train où vont les choses, demain le simple fait de se demander s’il faut brûler des SUV suffira à faire de vous un anarchiste. Ou un affreux ultra-gauchiste, bref un dangereux terroriste.
      En 2001 Jeffrey Luers a été condamné à 22 ans de prison pour avoir brûlé trois SUV en Orégon, il a toutefois été libéré au bout de 10 ans, merci la Justice. En attendant, faut quand même reconnaître que ça donne à réfléchir.

  3. S’attaquer à l’Ordre Établi fait de vous un terroriste de facto. Qu’on se le dise !
    Souvenons-nous du «groupe de Tarnac», présenté pendant des années comme de dangereux «terroristes d’ultra-gauche» voulant ressusciter Action Directe et renverser l’État (oh mon dieu non pas ça !)
    Dégrader quelques centaines de mètres de caténaires ne fait évidemment pas dérailler un TGV. Seulement c’est s’en prendre à la SNCF et donc à l’État, garant comme il se doit de l’Ordre Établi.
    Aujourd’hui 13 ans plus tard on voit clairement comment et pourquoi les merdias se sont appliqués à nous abuser avec cette affaire dite de Tarnac.

    1. La Police, l’Armée si besoin, les Merdias, tout ce joli monde se doit d’être au service. Dans ce genre d’affaire la Justice se retrouve tout «naturellement» sous influence politique, d’autant plus quand on a affaire à un pouvoir politique réactionnaire.
      Dans cette affaire dite de Tarnac, ce n’est qu’en janvier 2017 après 9 ans de batailles judiciaires et le dessaisissement du juge chargé de l’enquête, que la Cour de cassation a définitivement abandonné la qualification de terroriste.
      Aujourd’hui l’histoire se répète avec le procès de ces «terroristes» anti-nucléaires.

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