Le réchauffement climatique à l’épreuve du marché

Geneviève Férone-Creuzet l’avait déjà écrit en 2015*, l’avenir climatique se jouera sur les marchés financiers : « L’ONG 350.org met en garde les investisseurs contre un effet de bulle financière dans l’hypothèse où les États se décideraient à faire ce que les négociation climatiques attendent d’eux : contraindre le volume des émissions de GES (gaz à effet de serre). Au fil des ans, des sommes considérables sont investies pour découvrir et exploiter de nouveaux gisements. N’est-il pas absurde de poursuivre ces investissements dans une telle incertitude ? L’argent qui pourrait être injecté dans l’industrie des énergies fossiles, soit 6000 milliards de dollars, pourrait être ainsi purement et simplement perdu. Lors de l’assemblée générale des actionnaires de BP qui s’est tenu au printemps 2015, environ 98 % des actionnaires ont apporté leur soutien à une résolution en faveur d’une prise en compte du risque carbone dans les prévisions de rentabilité du groupe. »

Aujourd’hui ce sont les actionnaires d’ExxonMobil** qui s’inquiètent. L’assemblée générale du groupe s’est tenue le 25 mai. Dans une résolution, des banquiers, des assureurs et des gestionnaires de fonds de pension actionnaires ont demandé aux dirigeants d’ExxonMobil de publier chaque année une évaluation de l’impact financier des politiques de lutte contre le changement climatique. Pour faire simple : qu’avez-vous prévu pour tenir compte des conclusions de la Conférence mondiale sur le climat (COP21) réunie à Paris fin 2015 ? Mais la majorité de l’AG suit invariablement le double argumentaire sur lequel la compagnie s’arc-boute : le monde a besoin de plus d’énergie et le salut climatique viendra des percées technologiques. Avec 38 % d’avis favorables, les actionnaires « durables » et « responsables » ont quand même remporté une première victoire. Et les minoritaires ont obtenu la nomination d’un administrateur indépendant. Malheur ! Et si c’était un dangereux écologiste ?

L’agression la plus violente est venue de descendants de John D. Rockefeller, comme son arrière-petite fille Neva Rockefeller Goodwin. Exaspérée par le refus des dirigeants de reconnaître le péril climatique depuis quinze ans, elle vient de vendre ses actions. Elle est convaincue que ses titres se seraient démonétisés puisque, pour sauver la planète, il faudra laisser 80 % des énergies fossiles en terre. Et donc les actifs sur lesquels repose la valeur d’ExxonMobil.

* Le crépuscule fossile selon Geneviève Férone-Creuzet (Stock 2015, 250 pages pour 19 euros)

** LE MONDE du 29-30 mai 2016, C’est Rockefeller qu’on assassine !

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