Le ventilateur de poche, à boycotter

Le journal La décroissance nous offre entre autres merveilles d’analyse sa rubrique traditionnelle « la saloperie que nous n’achèterons pas ». Nous en avions dressé en 2011 une liste non exhaustive, la bombe nucléaire, l’ascenseur, l’appareil photo, le vélo électrique, le chewing-gum, etc. Dans LE MONDE du 8 août 2025, un écrivain s’attaque au ventilateur de poche.

Thomas Clerc : L’objet le plus con… s’appelle le ventilateur électrique de poche. N’y avait-il pas, jadis, un objet beaucoup plus smart, qui s’appelait « éventail » ? Il se faisait fort de lutter contre la chaleur par des moyens à la fois fonctionnels, simples et d’une élégance très écolo. Le ventilateur de poche est tout le contraire, il est nuisible et moche, à l’image du monde dans lequel nous sommes précipités par le libéralisme technologique le plus absurde. Le capitalisme techno ne supporte pas la permanence des choses ; il modifie toute la camelote qu’il produit par un renouvellement constant, raison de son succès planétaire auprès de ceux qui croient être dans le vent alors qu’ils vont dans le mur. L’industrie des pollueurs plastiques a de beaux jours devant elle, qui est sans cesse en train d’inventer de quoi rendre le monde irrespirable. Il paraît qu’il se vend des millions de ventilateurs électriques de poche : ses promoteurs peuvent remercier le réchauffement climatique, un business juteux ; Encore un effort pour être plus com… pétitif, plus com… plice, plus con… sumériste, si vous voulez qu’on évite les gros mots. Mais qu’est-ce qu’un gros mot à côté d’un objet qui dissimule sous son apparente fraîcheur sa nocivité parfaite ?

Le point de vue des écologistes anti-consumérisme

Ce ventilateur n’est qu’un simple exemple des multitudes de gadgets qui fonctionnent à l’électricité. La porte s’ouvre toute seule devant toi, tu n’as pas à bouger sur l’escalator, tu fais de la trottinette ou de la bagnole électrique, et même tu te brosses les dents sans rien avoir à faire. Cet impérialisme du tout électrique formate nos structures, même les plus indispensables : trains et caténaires, caisses enregistreuses, comptabilité des entreprises, usage de l’ordinateur ou du smartphone sans parler de l’appel à l’Intelligence Artificielle devenue indispensable aux élèves et aux profs. Sans électricité, tu n’es plus rien, sans électricité tout s’arrête comme lors de la panne géante qu’il y a eu récemment en Espagne. Notre société est devenue ultra-dépendante aux réseaux électriques, donc d’autant plus fragile. Or l’électricité, il faut la fabriquer, la distribuer, la stocker…

Boris Vian : complainte du progrès (1956)

Ah, Gudule viens m’embrasser Et je te donnerai

Un frigidaire Un joli scooter Un atomixer Et du Dunlopillo
Une cuisinière Avec un four en verre Une tourniquette Pour faire la vinaigrette
Un bel aérateur Pour bouffer les odeurs Des draps qui chauffent Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux Et nous serons heureux…..

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novembre 2009. saloperie de parfum

extraits : Il y a la saloperie que nous n’achèterons pas ce mois-ci (mensuel La Décroissance, journal de la joie de vivre, novembre 2009) : « Quand une personne achète un parfum, avant d’acheter une odeur, elle achète une image : celle que livre la publicité. On est un homme « Dior » ou une femme « Samsara ». Quand on achète un parfum, on achète à 90 % de la pub. Et c’est cher ! Le parfum pousse à son paroxysme la logique consumériste : on achète les moyens de son endoctrinement. »

juillet 2011. liste des saloperies à ne pas acheter

extraits tirés du journal La décroissance, entre 2004 et 2011

le gros équipement superflu : la bombe nucléaire ; le yacht  ; la résidence secondaire ; le pavillon ; le TGV ; l’hélico ; la moto  ; le quad ;  la mini-moto…

les équipement inutiles : le « Home Cinema » ; l’ascenseur ; l’escalator ; l’aspirateur ; la tondeuse à gazon ; le climatiseur ; la fontaine à eau…

les appareils électroniques à jeter : l’appareil photo numérique ; l’ordinateur ; le Ipod ; le cadre-photo numérique…

les trucs électriques dont on peut se passer : le vélo électrique ; la radio ; la chaîne stéréo ; la machine à pain ;  la machine à expresso ; moulins à sel et à poivre électrique ; la brosse à dents électrique ; le cornet à glace motorisé…

les gadgets attrapes-couillons : le chien ; le chewing-gum ; le jus de fruit Unicef ; le chocolat ; le pot de Nutella  ; le stylo à bille ; le costard ; la cravate ; la montre…

Mars 2025. Court de tennis, la saloperie que nous n’achèterons pas

En ce mois de mars 2015, La décroissance s’attaque au court de tennis. En résumé…

juillet-août 2025. La saloperie que nous n’achèterons pas, la musique amplifiée

extraits de La Décroissance, juillet août 2025. Quel râleur ce Raoul ! Voilà qu’il s’en prend à une de nos petites joies estivales, les festivals ! Un concert de musique amplifiée, saloperie à ne pas acheter ? Eh, tu ne serais pas un petit peu vieux jeu ? Vous n’avez pas tort, je vieillis, je supporte de moins en moins ces rassemblements festifs, cette foule qui exulte devant ces groupes adulés, entraînés par une musique endiablée. Alors que j’aimais ça dans ma prime jeunesse ! Mais je me suis livré à une introspection : « Dis-moi, toi qui te prétends partisan de la décroissance, qu’est-ce que tu fais là » ? C’était lors d’un concert de Patti Smith à la fête de l’Huma. Lors d’un Printemps de Bourges, je me suis retrouvé sous un chapiteau en compagnie d’une dizaine de milliers de congénères, j’ai enfin compris : nous étions dans une usine à décibels sous perfusion électrique, nous consommions la production standardisé de l’industrie du divertissement…

4 réflexions sur “Le ventilateur de poche, à boycotter”

  1. vieil écotartufe

    Quant à la musique amplifiée… c’est un peu comme la chien. Quel râleur ce Raoul !
    Et ce n’est pas parce qu’il vieillit, non, le temps ne fait rien à l’affaire. Tiens moi, par exemple, qui suis vieux jeu dans bien des domaines, eh ben je préfère mille fois entendre Smoke on the Water à l’électrique plutôt qu’à la sèche. Et l’intro à donf SVP !
    Et puis que serait une manif (pour sauver la Planète, la Sécu ou la Retraite peu importe) sans sono, sans mégaphone… hein dites-moi ! Oui je sais, comme Raoul je ne suis qu’un vieil écotartufe. En attendant, comme lui il y a longtemps que je ne me bouzille plus les oreilles (d’âne) dans ces grands concerts. Et dans les manifs pas trop non plus.

  2. Ça oui c’est un article qui nous change, et donc comme je les aime. 🙂
    Fidèle lecteur de La Décroissance, depuis ses débuts, je me souviens particulièrement de deux de ces saloperies que nous n’achèterons pas. La première c’est le chien.
    Je me souviens des réactions… un tollé ! Ce jour là le journal de la joie de vivre a failli perdre les trois quarts de ses ouailles, dont moi, qui était alors à la limite de la rupture. Mais bon, j’ai vite compris que c’était pour rigoler.
    La seconde, saloperie, c’est ce truc ridicule que je n’ai jamais acheté, dont je n’ai même jamais su faire le nœud, faut dire que je n’y jamais mis la moindre bonne volonté, ce truc complètement con, que je trouve plutôt moche, qui ne sert absolument à rien, qui trempe dans la soupe, qu’ON est obligé de dénouer voire d’enlever pour respirer, lorsqu’ON étouffe. Notamment quand il fait chaud, comme en ce moment. La cravate. (à suivre)

    1. (suite) Ceci dit, le Top de la Connerie, c’est effectivement le ventilateur électrique de poche. Entre autre, il vous permet de garder la cravate bien nouée, bien alignée, bien propre et tout et tout. Thomas Clerc préfère l’éventail, et il le dit sans mâcher les (gros) mots.
      C’est vrai qu’il en existe des jolis. Justement ces jours-ci j’étais à une réunion, dans un bureau, heureusement climatisé. Et là en face de moi, une dame, pas particulièrement jolie, mais toutefois élégante… qui agitait son éventail. Dont elle semblait très fière, faut dire qu’il était vert. L’éventail c’est bien, c’est classe, mais encore faut-il avoir une main dispo pour le faire marcher. Par exemple en voiture ou en vélo c’est pas conseillé. Quand ON mange c’est pas très pratique non plus. Et quand ON boit je vous dis pas. Essayez donc de coordonner ces deux mouvements et vous verrez le résultat, sur la cravate. (à suivre)

      1. Professeur gadget

        Non, pour moi le Mega-Top c’est la casquette-ventilateur, ça oui c’est vraiment génial ! Comme avec le KMLT (kit main libre téléphone), que vous pouvez utiliser et en même temps, vous gardez donc vos mains libres. Moi c’est la canne dans une et la bière dans l’autre. Ce qui fait que vous n’avez pas besoin de poche, ni même de fringues.
        Le Top je l’avoue quand il fait chaud. Et avec ça vous pouvez même garder la cravate.
        Bien nouée, bien alignée, bien propre et tout et tout.
        ON peut alors dire que la casquette-ventilateur c’est le Mega-Top de l’élégance.

        – La Décroissance doit-elle être élégante ? (juillet-août 2025 p.30)

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