Abraham, Jésus, Mahomet, Dieu, que des figure masculines. Comment aller au-delà d’un «Dieu monarque, transcendant, Père» ? Comment nommer le divin pour se défaire du carcan patriarcal ? L’écoféminisme s’oppose aux monothéismes, plus particulièrement au christianisme, à cause de sa culture patriarcale et dualiste. Pourtant, un dialogue entre l’écoféminisme et le christianisme serait possible. C’est ce que défendent Charlotte Luyckx, docteure en philosophie et Michel Maxime Egger, théologien.
Leur livre : Gaïa et Dieu.e, pour l’écoféminisme
L’intuition profonde au sein de l’écoféminisme chrétien est qu’il existe «des interrelations profondes… entre l’oppression de la nature et celle des femmes» (p. 16). Toutes deux procèdent d’un même système de domination. Le «cadre patriarcal et dualiste» en serait la cause première, généré à travers «plusieurs processus qui ont masculinisé et extériorisé Dieu.e, domestiqué, féminisé et désenchanté la nature, naturalisé et infériorisé les femmes» (p. 19). La vision patriarcale finit par inférioriser la nature par rapport à la culture et à aliéner les femmes en les réduisant à certaines tâches considérées comme «naturelles» (p. 21). De nombreux questionnements «critiques» ne manqueront pas de crisper certains lecteurs et lectrices: «libérer la Trinité de ses œillères androcentriques», «Dieu.e comme mère», «le monde, corps de Dieu.e», etc. Comme toute approche novatrice, l’écoféminisme chrétien suscite un exigent travail de réinterprétation créative de la foi biblique, ce qui ne va pas sans revisiter les interprétations traditionnelles de la Bible et des dogmes.
Le chapitre 2 est intitulé Dieu.e au-delà des genres? «Dieu est à la fois masculin et féminin, Rosemary Radford Ruether (1936-2022), mais en même temps il n’est ni masculin ni féminin.» La manière féministe de comprendre l’écologie, le cosmos, la création appelle «une nouvelle manière de penser Dieu» (Ivone Gebara), de reconsidérer la dogmatique (Trinité, Création et Salut, Eglise et Sacrements, Eschatologie…). Et par suite, de repenser l’anthropologie et l’engagement éthico-politique.
Le défi auquel nous convoque l’écoféminisme chrétien ne peut être relevé sans omettre que Dieu est «au-delà de tout». Nos manières de l’appréhender seront toujours inaptes à le concevoir exhaustivement. Sa révélation christique ne décerne pas un point final aux formulations dogmatiques.
Le point de vue des écologistes agnostiques
Nos controverses sur le patriarcat, l’écoféminisme et Dieu.e ne sont que jeux de mots. Les religions du livre ne nous ont pas donnés de règles et de conseils pour vivre en harmonie avec Gaïa. En vérité la foi en dieu.e, la confiance dans notre technique ou notre engagement en faveur du développement durable passe à côté d’une réalité fondamentale : notre dépendance envers le milieu qui nous fait vivre. S
i nous ne prenons pas soin de la Terre, elle le fera elle-même en nous rendant indésirables. Les croyants, hommes ou femmes, feraient bien de porter un regard neuf sur notre demeure terrestre et y voir un lieu saint, partie intégrante de la Création, mais que nous avons désacralisé.
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Françoise d’Eaubonne, une icône de l’écoféminisme
extraits : Ecoféminisme (terme créé en 1974 par Françoise d’Eaubonne) : « Quand en 1978 j’ai fondé le mouvement de réflexion Ecologie-féminisme qui estimait utile de confier les soins du sauvetage planétaire au courant de libération des femmes – non en vertu de « valeurs féminines » plus ou moins imaginaires, mais de la part spécifique que la patriarcat réserve au deuxième sexe -, j’ai bien pris soin dans mon livre Écologie/féminisme de distinguer cette analyse et cet appel de tout idéalisme philosophique, essentialisme ou naturalisme, et en soulignant que la mutation est le but final de toute révolution. »….
Le combat démographique analysé par une écoféministe
extraits : La fameuse loi de 1920 votée par la Chambre bleu horizon contre l’avortement et la contraception porte, jusque dans son excès nataliste, la marque de l’idéologie patriarcale ; la seule contraception totalement interdite est la féminine. Les préservatifs restent en vente libre, sous la restriction hypocrite de publicité défendue, ce qui était aisément tourné par la métaphore « d’articles d’hygiène ». En 1953 la loi Bleu horizon a été incorporée dans le Code de la santé publique, avec l’appui enthousiaste du très pétainiste Ordre des Médecins. En 1962, le général de Gaulle revenu au pouvoir souhaitait que la population française atteigne 100 millions. L’année suivante, c’est Michel Debré qui invoquait la compétition démographique en reprochant à la France ses pauvres petits 48 millions d’habitants, à côté des 50,5 de l’Italie et des 55,5 de l‘Allemagne de l’Ouest…. (Françoise d’Eaubonne, « Écologie et féminisme, première édition en 1978)
Julien Bayou, victime d’un féminisme victimaire
extraits : L’instrumentalisation d’une affaire familiale à des fins politiques de bas étage n’est avec l’affaire Bayou qu’un exemple d’une longue série. Les abus et exagérations dans cet ultra-féminisme auront causé de larges fractures dans notre société et ont facilité des postures extrémistes. Le retour de bâton du féminisme misandre. Les procédés choisis laissent pantois ; il s’agit d’essentialiser des comportements dits genrés (en fait masculins) afin de s’affubler en tant que femme du statut de victime éternelle. Cela ne pourrait être que délibérations devant des juges, c’est devenu une arme à l’intérieur d’un parti qui en a perdu sa fonction d’« écologiste »….
« énergie masculine » et guerre des sexes
extraits : Mark Zuckerberg a été féministe autrefois, il était satisfait d’avoir deux filles comme enfants, maintenant il est masculiniste parce que c’est dans l’ère du temps… et des élections américaines. Aux outrances du patriarcat avait succédé d’autres outrances, condamnation d’une masculinité qui serait toxique. Il y a à nouveau un retour de balancier, aux outrances du wokisme répondent une autre outrance ; c’est le principe action => réaction. Finalement qu’attendre d’autres de ce type qui a créé Facebook pour classer les filles de Harvard aux yeux des mecs ?….

Rappel : « Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez en comprendre, ce que vous voulez comprendre, et ce que vous comprenez [etc. etc.] » (Bernard Werber)
– « Nos controverses sur le patriarcat, l’écoféminisme et Dieu.e ne sont que jeux de mots.
Les religions du livre ne nous ont pas donnés de règles et de conseils pour vivre en harmonie avec Gaïa. En vérité [je vous le dis, et blablabla] » (Le point de vue des écologistes agnostiques)
Que ce soit sur le patriarcat, les femmes, l’écologie ou n’importe quoi… les « jeux de mots » sont toujours au cœur des controverses. Disons plutôt des polémiques.
Comme des plaisanteries. Écoutez donc les Fabulous Trobadors (Claude Sicre) et leurs Duels de tchatche… et autres trucs du folklore toulousain (2003)… ça ne peut vous faire que du bien. 🙂
(à suivre)
– « La controverse est une discussion argumentée qui permet de faire émerger les aspects contradictoires d’un sujet. Dans le champ intellectuel elle offre un débat d’idées sur la place publique et permet souvent de trancher un conflit ou des divisions. Elle est très présente par exemple dans le champ scientifique, en mathématiques ou en médecine. […] La polémique, elle, vient du grec polémos – la guerre -, elle envahit nos vies et nos esprits. Employée à tout bout’champ, elle offre un paradoxe permanent […] »
(La polémique, est-ce un concept qui nous empoisonne ? – radiofrance.fr 24 mai 2026)
Comme ON a pu l’entendre, et s’en délecter, la controverse est donc très présente (aussi) dans les duels de tcahtche. Et pas qu’avec les Fabulous bien entendu. Bref, jouer avec les mots, leur faire dire ce qui nous arrange, polémiquer, blablater, tourner en rond… est un passe temps comme un autre.
– Rire pour réfléchir, au risque de provoquer (Biosphère 31 juillet 2024)
(à suivre)
(suite et fin) Tiens, prenons la Bible, par exemple*. Certains diront qu’elle ne contient aucun enseignement (leçon) d’écologie, et d’autres diront le contraire. Alors, qui dit vrai ?
Mais d’abord, qui sont les mieux placés pour en parler, et donc répondre à cette question ? Les curés, bof… les théologiens, peut-être… mais pas moi en tous cas. La Bible dont dispose le pékin moyen (croyant, athée ou agnostique peu importe) est une traduction de traductions, truffée de mots qui n’ont plus rien à voir avec leur sens actuel, de paraboles etc. Résultat, chacun peut l’interpréter comme ça l’arrange. C’est formidable ! Et donc lui faire dire ce qu’il veut. Ou presque.
– 4 leçons sur l’écologie tirées de la Bible (lafamilleverte.fr)
– Bible et écologie – Protection de l’environnement et responsabilité chrétienne (larevuereformee.net)
* Bien que sa traduction soit nettement moins sujette à controverses… comme autre exemple j’aurais pu également prendre Marx. 🙂