L’écologie de guerre, une guerre à l’écologie

Vincent Rissier contre Pierre Charbonnier, l’affrontement

Youness Bousina

Quelques jours à peine après l’invasion russe, le philosophe Pierre Charbonnier proposait une nouvelle notion dans la revue de géopolitique Le Grand Continent : « l’écologie de guerre. L’espoir était de voir les intérêts stratégiques nés des conflits actuels s’aligner avec l’impératif écologique de décarbonation. En résumé, ne plus acheter de gaz russe fait autant de bien à la planète qu’aux Ukrainiens. Pierre Charbonnier a ensuite développé son hypothèse dans un livre, Vers l’écologie de guerre. Une histoire environnementale de la paix (La Découverte, 2024).

C’est à cette idée que s’attaque frontalement « Contre l’écologie de guerre » (La Dispute, 168 pages, 14 euros), du militant écologiste Vincent Rissier. Si l’armée a un rapport avec l’environnement, il est historiquement marqué par des actions destructrices pour les vivants comme pour les écosystèmes. « Lorsque il y a convergence entre militarisme et environnement, c’est invariablement sous le signe des meurtres de masse, de l’écocide et de la domination coloniale », explique Vincent Rissier. Les destructions actuelles menées par Israël sur le territoire de Gaza : « l’écologie de guerre n’a que faire, ou n’en parle qu’avec une incroyable légèreté » en évacuant la « matérialité écologique des conflits armés ».

Vincent Rissier achève son essai en revendiquant une approche anticapitaliste et, plus précisément, se réclame d’un « léninisme écologique ». Aux antipodes de Pierre Charbonnier, il oppose à l’écologie de guerre jugée élitiste une révolution s’appuyant sur la classe ouvrière, au service d’un « communisme du vivant » qui romprait radicalement avec la logique de puissance.

Le point de vue des écologistes résolument pacifistes

– Entre d’un côté les petits fours du Grand Continent et du très riche « fond Bruno Latour » (financé notamment par VINCI Autoroutes ) que dirige souverainement Monsieur Pierre Charbonnier à l’IEP-Paris, et d’un autre côté les « léninistes verts » de l’extrême gauche du NPA (Révolution permanente) de son adversaire, j’avoue ne pas avoir envie de choisir. Il existe plein d’autres « penses écologiques », moins médiatisées il est vrai.

– Si une révolution s’appuyant sur la classe ouvrière veut se faire de manière armée, on retombe dans les travers anti-écolo du colonialisme de conquête et du capitalisme acculé à faire aveuglement la guerre.

– L’environnement n’a jamais été épargné dans la longue histoire des peuples et de leurs affrontements. Des batailles menées par Darius contre les Scythes en – 513 av. J.-C. jusqu’aux puits de pétrole incendiés au Koweït par l’armée de Saddam Hussein en 1990, la stratégie de la terre brûlée et l’empoisonnement des sources se sont de tout temps révélés des armes redoutables ?

Les conflits de masse du XXe siècle ont franchi un palier. Les guerres industrielles, capables d’anéantir les populations, dévastent aussi durablement les écosystèmes.S ans compter l’arsenal atomique qui fait peser une menace écologique sans précédent dans l’histoire de l’humanité.  

– Entre 1961 et 1971, l’armée états-unienne déverse quelque soixante-dix millions de litres d’un puissant défoliant produit par la firme Monsanto, l’« agent orange », sur les forêts vietnamiennes. L’objectif est de dénuder les arbres afin de mettre l’ennemi à découvert, mais la dioxine contamine aussi durablement les populations et les écosystèmes.

La guerre change les systèmes de représentation. En même temps qu’on développe des produits chimiques visant à la fois les insectes et l’ennemi, on se met à penser une guerre sans limite contre d’autres hommes et une guerre sans limite contre la nature ».

– La guerre crée un état d’exception qui incite les Etats à placer les effets de long terme au second plan

– Les guerres sont sources d’une forme de désinhibition et entraînent la création de nouveaux cycles industriels.

 Les guerres stimulent l’extractivisme, repoussant toujours plus loin la prospection des ressources naturelles

– Le prix écologique exorbitant des guerres est longtemps resté un angle mort de la réflexion politique. 

– A la convention de Genève, qui encadre depuis 1949 le droit humanitaire des conflits, sont ajoutés, en 1977, deux articles qui proscrivent les « méthodes ou moyens de guerre (…) conçus pour causer (…) des dommages étendus, durables et graves à l’environnement naturel » ainsi que les atteintes à l’environnement « à titre de représailles ».

Depuis l’entrée en fonction de la Cour pénale internationale (CPI) en 2002, l’atteinte grave à l’environnement est reconnue comme un crime de guerre.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

écologie de guerre, guerre à l’écologie

extraits : La guerre, une imbécillité inutile que pratiquent sans discontinuité les homo sapiens depuis sans doute l’origine de l’espèce. S’il n’y avait que des morts parmi cette lignée humaine, ce serait un moindre mal, mais les bandes armées sont également dévastatrices pour la nature et l’environnement. Les »polémo-paysages », paysages dévastés par la guerre, accompagnent les morts, les blessés et les destructions de tous ordres. La revue Green (Géopolitique, Environnement, Energie, Réseaux, Nature) veut penser la guerre et l’écologie sous tous ses aspects, notamment la notion d’« écologie de guerre ».

Lire, La nature est un champ de bataille de Razmig Keucheyan

Lire aussi : Le coût écologique exorbitant des guerres

3 réflexions sur “L’écologie de guerre, une guerre à l’écologie”

  1. camarade du Parti d'en rire

    – « Vincent Rissier achève son essai en revendiquant une approche anticapitaliste et, plus précisément, se réclame d’un « léninisme écologique ».
    Aux antipodes de Pierre Charbonnier, il oppose à l’écologie de guerre jugée élitiste une révolution s’appuyant sur la classe ouvrière, au service d’un « communisme du vivant » qui romprait radicalement avec la logique de puissance. »

    Je ne sais pas vous, mais à moi il me plait le « léninisme écologique » du camarade Rissier.
    Et mille fois plus que cette écologie à la con, l’ « écologie de guerre » de ce marchand de charbon.
    Mais le Top c’est quand même le « communisme du vivant ». D’ailleurs je me dis qu’il n’y a aucune raison que ça ne plaise pas au camarade Barthès.

  2. esprit critique

    Je pense qu’il n’est pas bien difficile de démonter « l’écologie de guerre », cette drôle de théorie que nous devons à ce drôle de penseur de l’écologie, Pierre Charbonnier. Penser que la guerre en Ukraine pouvait être une aubaine, une chance… pour entrer dans l’ère de la sobriété, et plus si affinités… pour un philosophe je trouve ça plutôt… comment dire… pas mal. D’autant plus qu’il n’y a pas si longtemps que ça, lors de cette terrible guerre contre un certain virus… là aussi de grands penseurs nous racontaient les mêmes… comment dire… conneries. Le retour aux vraies valeurs et patati et patata.

    1. – « […] Les plans aériens de forêts alternent avec un plan de tank. Un split screen met côte à côte des soldats en entrainement et un zoom sur un papillon. Un blockhaus est filmé avec la légende « cache pour les chauves-souris ». […] Ceux qui ont regardé le tour de France sont peut-être tombés sur ce spot[1], réalisé par le Museum d’histoire naturelle et diffusé en direct le 12 juillet 2025, lors de la huitième étape.
      L’effort de communication témoigne de l’enjeu pour l’armée de se doter d’un visage vert. Au fond, que l’armée fasse sa com’ n’a rien de surprenant. […] Ce qui est plus surprenant, c’est quand des secteurs de l’écologie se joignent au mouvement. [etc.] »

      ( Écologie de guerre. Le grand alignement militariste de l’écologie libérale
      Par Vincent Rissier 29 septembre 2025 – contretemps.eu )

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