L’écologie gangrène la haute fonction publique

« Nous, élèves de la haute fonction publique, demandons à devenir écolos. » De plus en plus de membres des grandes écoles ont pris conscience que notre société thermo-industrielle est au bord de la rupture, voici ce que nous en avions écrit antérieurement :

9 novembre 2017, Les Écoles d’ingénieurs au service des entreprises

Un ingénieur est un fantassin de l’industrie. Un soldat obéissant, capable de trouver des solutions aux équations les plus complexes au service d’entreprises aux dimensions planétaires. Mais depuis peu, un vent de mutinerie souffle sur les campus des grandes écoles françaises. Lire la suite…

21 avril 2019, Les ingénieurs doivent-ils renoncer à leur métier ?

Le développement de la technique dans les rouges de la société a été à l’origine de la création, à l’aube de la révolution industrielle, de nos célèbres écoles d’ingénieurs aux noms évocateurs, Ecole polytechnique, Arts et Manufactures, etc. Ces ingénieurs sont à un tournant de leur histoire, du moins faut-il l’espérer. Lire la suite

22 avril 2019, Les ingénieurs doivent démissionner (suite)

Discours de Clément Choisne lors de la remise de son diplôme (Centrale Nantes) le 30 novembre 2018 : « Comme bon nombre de mes camarades, alors que le GIEC pleure et que les êtres se meurent : je suis perdu, incapable de me reconnaître dans la promesse d’une vie de cadre supérieur, en rouage essentiel d’un système capitaliste de surconsommation. » Lire la suite

18 novembre 2020, Ingénieur et écologiste, c’est incompatible

Être ingénieur et écologiste est une nécessité, une nouvelle génération de jeunes s’engage dans les grandes écoles. Mais que peut-elle faire ? Lire la suite

Voici maintenant un résumé d’une tribune récente d’élèves des écoles de service public concernés par la création de l’Institut national du service public : « La transition écologique et solidaire doit être placée au centre de notre formation commune. Un environnement sain est l’infrastructure sans laquelle la possibilité même d’une société démocratique et juste est ébranlée : les conséquences des changements climatiques et des pertes de biodiversité compromettent dès à présent, de manière irréversible, notre capacité à assumer demain les missions du service public. Nous demandons trois changements  : D’abord le tronc commun de formation de l’INSP doit consacrer davantage de temps aux sujets environnementaux que la vingtaine d’heures prévue à ce jour. Nos formations doivent ancrer, chez les futurs hauts fonctionnaires, un « réflexe écologique » au quotidien. Deuxièmement, les politiques environnementales requièrent une conscience aiguë du temps long, qui dépasse celui des échéances électorales. La haute fonction publique se doit de réaffirmer son rôle de conseiller et non de courtisan. Enfin, il nous semble urgent de garantir que nos missions futures soient compatibles avec les ambitieux engagements internationaux de la France en matière de transition écologique. »

La liste des premiers signataires montrent que toutes les grandes écoles sont concernées. Adrien Aristide (Ecole nationale d’administration) ; Stéphanie Bailo (Institut national des études territoriales, ingénieur) ; Jacques Bourgeaux (corps des Mines)  ; Alexandrine Goncalves (Ecole des hautes études en santé publique) ; Joseph Halgand (Ecole nationale de la magistrature) ; Raphaël Lafrogne-Joussier (corps des administrateurs de l’Insee) ; Johanna Ouazzani (Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques) ; Charline Tenaud (Ecole nationale des services vétérinaires) ; Jean-Baptiste Turmel (corps des ingénieurs des Ponts, des Eaux et des Forêts)…

Conclusion : toutes ces personnes risquent fort dans un premier temps de ne pas être recrutés par les entreprises dont la vocation est de brûler directement ou indirectement du carbone. Dans un deuxième temps beaucoup plus lointain, ils et elles formeront la superstructure politique qui fera en sorte qu’une nouvelle technostructure nous dise comment réduire nos émissions de gaz à effet de serre (drastiquement), comment il faut se déplacer (avec grande modération ), comment manger (moins de viande), comment faire l’amour (sans faire d’enfants si possible), etc.

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5 réflexions sur “L’écologie gangrène la haute fonction publique”

  1. Esprit critique

    Rappelons que les hauts fonctionnaires de la fonction publique sont principalement issus de l’École nationale de l’administration (ENA), de l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et de l’École polytechnique.
    Concernant l’ENA, on peut dire que Macron a déjà anticipé. Adieu l’ENA et bonjour l’Institut national du service public (INSP). On change l’étiquette et bien sûr on garde le contenu.
    Concernant Polytechnique, Albert Jacquard (qui était passé par là) nous a souvent raconté tout le «bien» qu’il en pensait. Ainsi que de ces dites «Grandes écoles» en général. (Sélection, compétition etc. )
    Déjà en 1994 il disait : « On est en train de sélectionner les gens les plus dangereux »
    ( vidéo disponible sur Youtube )

  2. L’écologie ne fait toujours pas partie du logiciel de la haute administration. Pourquoi ?
    – Les enjeux écologiques et les sciences du vivant sont quasiment absents des cursus des formations, le prisme économique prédomine.
    – Le fonctionnement de l’État est trop souvent cloisonné et l’écologie, par définition systémique, n’y trouve pas sa place.
    – Les ministères sont prisonniers des porteurs d’intérêts privés auxquels leur action est exclusivement dédiée : l’agriculture cogère avec la FNSEA ; le logement avec Bouygues ; les transportsaec s constructeurs automobiles ; l’énergie par le lobby nucléaire…
    – L’annualité des objectifs budgétaires empêchent de porter des politiques publiques sur le long terme.

    1. Probablement. Mais pour moi c’est tout simplement parce que la haute administration doit gérer tout et en même temps. Et qu’en politique l’écologie passe après l’économie. L’écologie n’intéresse les politiques et les entrepreneurs (et pas mal de monde finalement) uniquement parce qu’elle représente un business.
      Pour en revenir à la formation, rien n’empêche des étudiants (qui ne sont plus des gamins) à développer leur esprit critique parallèlement à leur bourrage de crâne. Et/ou d’étudier l’écologie (science). Certes il faut du temps, et surtout l’envie. Toutefois les étudiants de ce collectif semblent avoir un certain esprit critique, et probablement aussi des connaissances en écologie, sinon ils ne réclameraient pas cette réforme. Partant de là, soit ils continuent pour devenir de hauts fonctionnaires (et plus si affinités), soit ils changent de voie sans attendre. Finalement c’est leur problème.

  3. Déjà, ce n’est pas la première fois que des étudiants se font entendre de la sorte. Je pense notamment à ce collectif d’étudiants en économie (Les Éconoclastes), qui en 2000 ont vivement critiqué l’enseignement de l’économie. Le jugeant autiste, excessivement mathématisé etc. Il serait intéressant de voir ce qu’ils sont devenus aujourd’hui.
    («Les Éconoclastes. Petit bréviaire des idées reçues en économie. Édit. La Découverte. 2003)

    Ensuite, j’entends cette tribune comme un énième appel. Après les scientifiques, les stars du Showbiz etc. voilà donc les étudiants de la HFP. Peut-être verrons-nous demain l’écologie «gangrener» la prestigieuse École de guerre… Et lirons-nous alors une tribune dans laquelle les futurs officiers supérieurs feront de la propagande pour la Transition. On ne sait jamais.

    1. Ma conclusion sera donc différente de celle de Biosphère.
      Dans un premier temps ces jeunes demandeurs d’écologie … risquent fort d’être bien servis. Ils seront recrutés les bras ouverts par les entreprises qui se serviront d’eux pour verdir leur façade. Voir par exemple à quoi aura finalement servi Nicolas Hulot.
      Dans un second temps… si d’ici là ils n’ont pas tout planté pour aller planter des patates dans un coin de Lozère *… ils auront été récupérés et digérés par le Système. Voir par exemple ce que sont devenus nos «rebelles» de 68.

      * Si ces élèves de la HFP aspirent tant à devenir écolos… alors qu’ils ne perdent surtout pas de temps. Notamment à vouloir réformer un enseignement dont le seul but est de faire durer l’Ordre Établi. Tout ce qu’ils peuvent «gagner» c’est une brochette de réformettes (25h au lieu de 20 pour les sujets environnementaux) et un décervelage garanti.

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